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12 janvier 1673 : réception de Racine et de Fléchier à l'Académie française - Histoire de France et Patrimoine


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12 janvier 1673 : réception de Racine
et de Fléchier à l’Académie française
Publié / Mis à jour le jeudi 19 novembre 2009, par LA RÉDACTION

 

Fléchier et Racine furent reçus à l’Académie française le même jour. Fléchier parla le premier, et obtint de si grands applaudissements, que l’auteur d’Andromaque et de Britannicus désespéra de pouvoir atteindre au même succès.

Esprit Fléchier
Esprit Fléchier

Le grand poète fut tellement intimidé et déconcerté, en présence de ce public qui l’avait couronné tant de fois au théâtre, qu’il ne fit que balbutier en prononçant son discours ; on l’entendit à peine, et on le jugea néanmoins comme si on l’avait entendu. Sa chute plus marquée encore par le succès de Fléchier, lui parut à lui-même si complète et si irréparable, que l’amour-propre d’auteur n’eut pas même en cette occasion la ressource ordinaire d’espérer à l’impression plus de justice : il supprima, sans regret et sans murmure cette production infortunée.

Racine se dédommagea quelques années après à la réception de Thomas Corneille, qu’il fut chargé de recevoir, à la place du grand Corneille son frère aîné (Racine était alors directeur de l’Académie française). L’auteur de Phèdre, plus aguerri en présence du public, parut alors tout ce qu’il était. Le discours qu’il fit est un des plus beaux qui aient été prononcés dans l’Académie. On le lit encore tous les jours, et on ne lit plus celui de Fléchier, qui est tombé dans l’oubli, comme tous les ouvrages qui n’ont que le mérite local et passager du moment et de l’à-propos. La citation suivante fera voir en quoi consistait cet à-propos :

« Quel heureux changement dans la fortune des gens de lettres ! Autrefois ils révéraient de loin la grandeur et la majesté des rois, qu’ils ne connaissaient que sur la foi de la renommée ; à peine le son de leur voix arrivait-il jusqu’aux oreilles de ceux dont ils chantaient les victoires ; ils entraient quelquefois dans le cabinet de quelque mécène ; mais ils n’approchaient presque jamais du palais d’Auguste ; et, soit par un mépris généreux des vaines grandeurs, soit par une juste indignation contre l’ignorance de leur siècle, ils vivaient dans leurs solitudes, enveloppés dans leur propre vertu, et s’éloignaient de la cour des rois, où le faste l’emportait sur la modestie, et où la fortune était presque toujours plus honorée que la sagesse.

« Il était réservé au plus grand des rois de rétablir l’honneur des lettres en votre faveur, de vous ouvrir son propre palais, de vous faire trouver dans le Louvre même toutes les douceurs de la retraite, de vous donner un noble repos à l’ombre de son trône, de se faire, au milieu de cette cour superbe et tumultueuse, comme une cour paisible et modeste, où règne une honnête émulation, et où des âmes tranquilles et désintéressées travaillent à s’enrichir des biens de l’esprit, et cherchent une gloire plus pure que celle des âmes vulgaires. Que si vous trouvez tant de gloire dans la grâce qu’il vous a faite, vous n’en trouverez pas moins dans votre propre reconnaissance, puisqu’en louant votre auguste protecteur, vous pouvez mériter vous-mêmes des louanges immortelles.

« Il n’est rien de si commun que de faire l’éloge des princes ; mais il n’est rien aussi de si difficile. Comme on ne trouve pas toujours en ce qu’ils font ce qu’ils doivent faire, on est souvent réduit à louer en eux, non pas ce qu’on y voit, mais ce qu’on y souhaite, et à laisser la vérité pour la bienséance. Il faut se jeter adroitement sur leur naissance et sur la gloire de leurs ancêtres ; et pour trouver en eux quelque chose de grand, il faut souvent le chercher hors d’eux-mêmes.

« Mais ici le prince est au dessus de sa dignité : sa vie fournit assez pour son éloge, sans s’arrêter à sa fortune. Comme sa naissance l’a rendu le plus grand des rois, ses sentiments et ses actions le rendent le plus grand des hommes. »

L’abbé Gallois fut reçu à l’Académie le même jour que Racine et Fléchier.




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