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Coutumes et traditions : courses et rondes à Montagnac (Hérault) - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Courses et rondes à Montagnac (Hérault)
(D’après « Montagnac et ses environs », paru en 1843)
Publié / Mis à jour le jeudi 15 novembre 2012, par LA RÉDACTION

 

Il existait à Montagnac divers usages ; nous ne parlerons que des principaux. Le plus ancien de tous est celui qu’on appelle La Gerbe au Clocher. On pratiquait cet usage de la manière suivante. Le cultivateur qui avait le bonheur de recueillir la première gerbe de grains nouveaux en formait un trophée de gratitude envers la providence, et il croyait qu’a cet acte religieux était attaché un avenir de félicité pour le reste de l’année. Le clocher de la première église n’étant pas très élevé, c’est là que l’on attacha d’abord la première gerbe. Cet usage religieux s’éteignit en 1789 à Montagnac, mais se perpétua dans les montagnes voisines.

L'église de Montagnac
L’église de Montagnac

Cette habitude donna naissance à un jeu appelé la Course de la gerbe. Le dernier jour de l’enlèvement de la récolte, le propriétaire d’un domaine choisissait une pièce de terre très longue, on plaçait sur une perche, au point le plus éloigné, un fagot de gerbes tel qu’une femme robuste avait de la peine à le porter ; les femmes, les filles et les enfants qui étaient seuls admis à la course, se rendaient à l’extrémité opposée du champ. Le propriétaire donnait le signal du départ en frappant trois coups dans sa main ; au dernier, tous les concurrents s’élançaient vers le but si désiré, employant la force ou la ruse pour écarter leurs compétiteurs, et le premier qui arrivait à la gerbe en devenait propriétaire en récompense de son agilité.

C’était un spectacle vraiment curieux que celui de voir ces femmes courant en même temps et cherchant à renverser celles qui les approchaient de trop près pour leur arracher le prix de la victoire. Le prix obtenu, chacun se retirait avec calme, le vainqueur couvert d’applaudissements et les vaincus l’oreille basse.

Un autre usage fort ancien est celui de nommer le chef de la jeunesse, Capdéjhoubén, caput juventutis. La fête locale était célébrée le jour de la St-André, c’est-à-dire le dernier jour de chaque année. Un mois avant, le jour de la Toussaint, dans l’après-midi, les jeunes gens allaient dans la maison du bourgeois le plus âgé de la ville et lui disaient : nous venons vous rendre les honneurs qui vous sont dus en vous priant de nommer vous-même le chef de la jeunesse. Alors ce respectable vieillard, escorté de la jeunesse se rendait au lieu de l’assemblée, sous l’ancien quai, près la porte Malirat. Il se plaçait sur le haut du parapet d’où il dominait le peuple ; de là il examinait attentivement les groupes des jeunes gens, fixait son choix et nommait sans appel le chef de la jeunesse et deux souteneurs qui lui étaient adjoints. Après une allocution toute paternelle, ce vieillard était reconduit chez lui avec les plus grandes démonstrations de respect. Cet usage de nommer un chef de la jeunesse est très ancien ; l’on trouve dans l’histoire que cette dignité était briguée même par les fils des empereurs romains.

Un dernier usage qui s’est évanoui comme tous les autres avait lieu le jour de l’épiphanie ou fête des Rois. Dans la distribution du gâteau que l’on partageait alors comme aujourd’hui, on avait l’habitude de mettre de côté une portion réservée aux pauvres. Le curé allait les recueillir dans les maisons et il emportait ces portions de gâteaux dans lesquelles les chefs de maison avaient eu le soin de cacher, soit des pièces d’or, soit des pièces d’argent ou d’autres monnaies, suivant la fortune de chacun, et cette offrande, légère en apparence, était souvent très considérable et servait au soulagement des malheureux.

Les danses publiques s’exécutaient sous l’ormeau de Sully ; Ce sont la Sauterelle, la Farandole, la Rodo et le Soufflet. La Sauterelle ne s’exécute qu’entre les jeunes gens du sexe masculin, elle a pris son nom d’un amusement des enfants appelé en patois Saoutarel et en français jeu du bâtonnet ; sorte de petit bâton aminci des deux bouts que l’on frappe avec un autre bâton et qui, à ce choc, s’élève vivement dans l’air. Dans la Romagne le même jeu est appelé Las Saltarellas.

La Farandole est une sorte de course mesurée, exécutée par une longue file de personnes des deux sexes en se tenant par la main, au son du hautbois et du tambourin. Cette danse est entremêlée de la Ronde, ou Rodo, et a lieu sur les places et carrefours, et qui consiste à former un grand cercle de danseurs autour des joueurs d’instruments. Ces danses sont communes à tout le midi ; mais la suivante est particulière à notre ville et n’a lieu que le jour de la fête locale.

Le dernier jour de cette fête, les instruments payés, les jeunes gens ayant à leur tête le Capdéjhoubén et les Souteneurs, armés chacun d’un vieux soufflet, dansent à queue leu leu et en cadense sur l’air expressif d’une chanson très ancienne. Dans ce moment chaque danseur se met en position de recevoir un clystère, après quoi ils frappent tous en mesure sur leur soufflet qu’ils lancent ensuite sur les toits. Cette danse dont on ignore l’origine est très amusante.

Les danses à couvert avaient lieu jadis dans des salles appelées Salles au patard, parce que les danseurs payaient aux joueurs d’instruments un patard, monnaie du Pape qui avait cours dans le comtat Venaissin ; au moyen de cette faible rétribution on pouvait danser un menuet, un rigaudon, une bourrée, danse d’Auvergne, un passe-pied, danse bretonne trois temps plus vifs que le menuet ; danse dont Mme de Sévigné raffolait. On exécute en plein vent la danse des Treilles et celle du Chevalet, imitée des Centaures. On y a joint celle de la Chèvre.

Dans toutes ces fêtes on promène le Poulain, énorme mannequin qui représente un cheval grossièrement fait, sur le dos duquel sont deux mannequins représentant un homme et une femme appelés Estiennet et Estiennetto.

 
 

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