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L'élite contre le peuple. Éditorial du 1er juin 2026

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Éditorial
Éditorial de Valéry Vigan, directeur de La France pittoresque, site Internet consacré aux richesses de France depuis 1999
L’élite contre le peuple
(Éditorial du 1er juin 2026)
Publié / Mis à jour le lundi 1er juin 2026, par Redaction
 
 
Temps de lecture estimé : 3 mn
 
 
 
Derrière les indignations officielles suscitées par les récentes violences urbaines se dévoile le même théâtre usé : celui d’une caste condamnant en paroles ce qu’elle organise en actes. Quand l’inacceptable devient doctrine de gouvernement, la sécession populaire cesse d’être une option : elle devient vitale.

Il y eut donc, une fois encore, des « scènes de violences inacceptables ». Le mot tomba d’en haut, grave, officiel, amidonné, comme une goutte d’eau bénite sur un charnier administratif. Inacceptables. Le beau mot ! Le mot-éponge. Le mot-serpillière. Celui dont la classe politique se sert pour essuyer le sang, les gravats, les vitrines éventrées, les voitures flambées, les vies ruinées, avant de retourner déjeuner entre gens responsables.

Tout est inacceptable dans ce pays. Les violences sont inacceptables. Les dégradations sont inacceptables. L’insécurité est inacceptable. L’effondrement scolaire est inacceptable. La dette est inacceptable. Le déclassement est inacceptable. L’impuissance publique est inacceptable. Et pourtant tout est accepté. Mieux : tout est organisé, entériné, reconduit, financé, sacralisé, applaudi en commission, validé en Conseil, emballé dans du papier tricolore et vendu au peuple comme une fatalité moderne.

Ils dénoncent « avec la plus grande fermeté » ce qu’ils ont enfanté avec la plus grande constance.

Qu’on ne vienne donc pas nous jouer la comédie de l’indignation républicaine au lendemain d’une rencontre footballistique transformée en défouloir tribal. Les incendiaires sont connus. Ils n’ont pas toujours une torche à la main ; parfois ils portent costume bleu, cravate discrète, sourire technocratique et carte d’élu. Ils siègent, pérorent, arbitrent, condamnent, compatissent. Ils nomment « crise » ce qui est une conséquence. Ils appellent « accident » ce qui procède d’une volonté. Ils disent « dérapage » quand le véhicule suit exactement la route qu’ils ont tracée.

L’élite contre le peuple

Car l’inacceptable accepté ne se limite pas aux rues saccagées après un match. Il est partout.

Il est dans l’immigration de masse amorcée voici quelques décennies et appelée par un patronat rêvant d’une main-d’œuvre abondante, docile et bon marché.

Il est dans le référendum de 2005, lorsque le peuple dit non, et que trois ans plus tard députés et sénateurs réunis en Congrès trouvèrent le moyen de traduire ce non en oui.

Il est dans ce marché européen de l’électricité où la France, assise sur son parc nucléaire, se retrouve à payer sa propre force au prix de sa propre dépossession, ainsi que dans l’abandon d’une filière stratégique sacrifiée aux caprices de petits Torquemada verts, écologistes de salon, ascètes subventionnés, contempteurs du progrès dès lors qu’il est français.

Il est également dans la marchandisation du corps des femmes, cyniquement rebaptisée progrès sociétal lorsque la « gestation pour autrui », dont la désignation par le sigle GPA permet d’en invisibiliser la charge émotionnelle et biologique pour l’assimiler à une simple procédure administrative, transforme la maternité en prestation, l’enfant en objet de contrat, et la misère humaine en marché pour consciences repues.

Il est dans l’abandon de notre souveraineté alimentaire, bradée par des traités léonins livrant nos agriculteurs à une concurrence déloyale en leur interdisant ici de produire dans des conditions que l’on accepte ailleurs, avant d’importer les produits de pays auxquels on accorde ce que l’on refuse aux nôtres. Ainsi meurt une paysannerie : étranglée par ceux qui feignent de la défendre.

Il est dans cette aide massive à l’Ukraine, engagée sans véritable consultation parlementaire ni assentiment populaire, au profit d’un pays dont nul n’ignore le degré de corruption, cependant que notre patrimoine tombe en ruine et que l’on intime aux Français d’accepter l’austérité pour financer des fidélités géopolitiques qu’ils n’ont jamais consenties.

Il est encore dans la dette, cette prédation différée, cet impôt sur les berceaux, cette hypothèque posée sur des enfants qui n’ont pas voté, et sur des générations qui ne sont même pas nées. Admirable démocratie que celle qui prétend fonder l’impôt sur le consentement, puis organise méthodiquement la ponction de ceux qui ne peuvent ni consentir ni refuser.

On nous parle de souveraineté populaire, mais on gouverne contre le peuple. On nous parle de représentation, mais on représente surtout des intérêts, des réseaux, des carrières, des ambitions, des servitudes extérieures. On nous parle de République, mais ce n’est plus qu’une machine à blanchir l’inacceptable.

Et pendant ce temps, la caste flotte au-dessus du désastre. Elle ne vit pas dans la France qu’elle fabrique. Elle n’habite pas les cages d’escalier qu’elle abandonne, ne prend pas les transports qu’elle rend invivables, ne fréquente pas les écoles qu’elle démolit, ne paie pas au même prix l’électricité dont elle truque les règles, ne tremble pas devant les violences qu’elle explique doctement. Elle est ailleurs. Dans la bulle. Dans l’entre-soi. Dans l’assurance tranquille de ceux qui savent que le chaos est toujours plus supportable vu d’un salon capitonné.

Qu’importe alors l’étiquette ? Droite, gauche, centre, extrême, modéré, raisonnable, progressiste, conservateur : autant de costumes pendus dans la même loge. Le balancier démocratique les amuse. Il les rassure même. Aujourd’hui les uns, demain les autres, après-demain les mêmes sous un autre sigle. Le peuple croit punir ; il reconduit. Il croit chasser ; il remplace un geôlier par son cousin. Il croit choisir ; il légitime.

Voilà le cœur de la farce. Le vote n’est plus l’instrument de la souveraineté populaire ; il est le certificat de conformité remis périodiquement aux maîtres du désastre. Une absolution civique. Une indulgence laïque. On glisse son bulletin dans l’urne comme on jetterait une pelletée de terre sur sa propre liberté.

La seule terreur véritable de cette classe n’est pas l’émeute, qu’elle sait récupérer ; ni la colère, qu’elle sait canaliser ; ni l’alternance, qu’elle a prévue. Sa peur, c’est le refus froid. L’abstention massive. Le silence des urnes. La grève des électeurs, évoquée en une du Figaro du 28 novembre 1888 par un certain Octave Mirbeau, pamphlétaire au verbe incendiaire qui fustigeait déjà le marché de dupes des institutions : non pas paresse civique, mais insoumission lucide ; non pas retrait, mais destitution morale.

Car l’inacceptable ne tombera que le jour où les Français cesseront de l’avaliser. Le jour où ils comprendront que leur bulletin, loin de renverser la table, sert trop souvent à remettre la nappe. Alors seulement la caste perdra son alibi. Alors seulement ses sermons sonneront creux. Alors seulement l’inacceptable cessera d’être accepté.

Valéry VIGAN
Directeur de la publication
La France pittoresque

 
 
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