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Roger Agache : père de l'archéologie aérienne

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Personnages : biographies
Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)
Roger Agache :
père de l’archéologie aérienne
(Source : France 3 Hauts-de-France)
Publié / Mis à jour le samedi 23 avril 2022, par LA RÉDACTION
 
 
 
Roger Agache est un Picard à la géniale intuition : s’élever donne une vision globale... Ainsi, en survolant la région à bord d’un avion, armé de son appareil photographique, il va révéler l’existence de milliers de sites gallo-romains restés inconnus jusqu’alors.

Il voit le jour un 16 août 1926 à Amiens et mourra 85 ans plus tard dans cette même ville, le 17 septembre 2011. Ses parents travaillent à la Société nationale des Chemins de Fer. De santé fragile, Roger Agache est souvent envoyé au bon air de la campagne, chez ses grand-parents, à Prouzel, non loin d’Amiens. Il s’émerveille de la campagne et son grand-père l’initie à l’observation fine de ce qui l’entoure. C’est au cours de ces séjours qu’il acquiert ce goût pour la nature et un sens aigu de l’indépendance. Il pensera même un moment, devenir garde-champêtre !

Un instituteur de campagne à l’intuition géniale
Au début de sa vie professionnelle, Roger Agache est instituteur à Béthencourt-sur-Mer, dans la Somme. Il consacre ses loisirs à la recherche de silex taillés, et décide de s’inscrire à l’École Pratique des Hautes Études, spécialisée dans les sciences de la vie et de la terre, à Paris.

Roger Agache
Roger Agache

Très vite, ses recherches le poussent vers la Préhistoire. Et à la fin des années 50, il a une intuition, géniale : il comprend que le survol des terres, qu’il pratique d’abord pour le plaisir de voir depuis le ciel sa chère campagne, peut offrir aux chercheurs une information globale là où elle n’est que partielle au sol.

À bord d’un avion d’aéro-club, avec ses clichés pris du ciel, il va révolutionner l’archéologie aérienne. Pour être tout à fait honnête, la méthode n’est pas nouvelle. Les Anglais pratiquent déjà un peu la photographie aérienne, mais ils préfèrent l’été, pour observer les anomalies de végétation. Roger Agache, lui, capte ces mystérieux hiéroglyphes en toutes saisons, y compris en hiver, à bord d’un biplan, stable, pas trop rapide, à basse altitude.

Au début, ces prospections aériennes suscitent scepticisme et ironie. Et même, sa méthode est contestée. Mais Roger Agache n’en a cure, et il persévère, affine sa méthode... Toute sa vie, le précurseur de l’archéologie aérienne l’affirme avec force : il faut confronter les vues du ciel avec des fouilles ou des sondages au sol. Un sol qui révèle des fossés, les fondations des villas romaines ou des fermes gauloises, les traces des temples, des théâtres, des thermes.

Un passé pluriséculaire qui se révèle à nous par le biais d’anomalies parfois fugitives, selon les aléas météo, de résurgences de pierres calcaires, qui forment des lignes blanches, ou une ligne de végétation plus claire dans un champ, car moins bien nourrie, dans un sol gorgé encore de vestiges. Les labours aussi, vus du ciel, révèlent et donnent à voir sur ce qui fut.

30 années de prospections aériennes révélant l’immense richesse archéologique de la Picardie
« En 1978, Roger Agache publie un ouvrage de référence : La Somme pré-romaine et romaine, dans lequel il livre sa vision, clichés photographiques aériens à l’appui, de l’occupation du territoire de l’âge de fer jusqu’à la fin de la présence romaine. Soit six siècles d’histoire, de moins trois à plus trois siècles après J.-C. C’est un travail magistral, encore aujourd’hui utilisé comme source d’information, nous précise Gilles Prilaux, archéologue à Somme Patrimoine, émanation du conseil Départemental. Il a fait faire un bond en avant à la recherche. Il n’est toujours pas contredit à ce jour. Depuis le ciel, il a donné du sens aux vestiges et une clé de lecture sur l’organisation du terroir à l’époque gallo-romaine. D’un loisir pratiqué par les Anglais, il a fait une méthode scientifique. »

Son axe de prédilection, lors de ses innombrables vols, c’est l’axe Abbeville-Amiens. « Je me souviens, dans les années 90, jeune archéologue, je fouillais une ferme gauloise spécialisée dans la production de sel, à Saint-Rémy, près d’Abbeville. Et Roger Agache, qui avait bien sûr détecté le site lors d’un survol aérien, est venu nous voir. Je débutais ma carrière de responsable de fouilles. Quelle émotion, rencontrer le grand Roger Agache ! Déjà une sommité européenne à l’époque », ajoute encore Gilles Prilaux.

Ribemont-sur-Ancre, site majeur recouvrant six siècles d’histoire, découvert grâce à Roger Agache
Ce travail de prospection photographique aérienne mené par le Picard va mettre au jour des milliers de sites. L’un des plus importants, avec celui de Vendeuil-Caply dans l’Oise, est celui de Ribemont-sur-Ancre à une demi-heure de route d’Amiens, au creux de la vallée de l’Ancre, un affluent de la Somme. « Il s’amusera toute sa vie à rappeler cette anecdote qu’à l’hiver 1962-1963, lors du survol, il pense d’abord à un établissement agricole assez vaste, type villa. Un site plutôt mineur donc, nous dit Gilles Prilaux, attaché au centre archéologique de Ribemont. En fait, il ne prendra conscience que plus tard qu’il vient de détecter un ensemble d’une ampleur considérable, de 70 à 100 hectares ».

Photographie aérienne d'une villa gallo-romaine à Mézières-en-Santerre dans la Somme
Photographie aérienne d’une villa gallo-romaine à Mézières-en-Santerre dans la Somme.
© Crédit photo : Roger Agache / Ministère de la culture

« Ribemont-sur-Ancre, c’est en fait une ville gallo-romaine, centrée sur des temples. En quelque sorte, le Lourdes de l’époque romaine », nous explique Gilles Prilaux. Les vues aériennes révèlent en effet un théâtre d’au moins 3000 places, des thermes, chauffées par le sol. Un temple, dédié au dieu Mercure, dont on évalue les murs à 35 mètres de long et qui fait l’objet de pèlerinages. Un site occupé jusqu’au IIIe siècle.

« Mais avec la christianisation de l’Empire, les sanctuaires polythéistes disparaissent. Rome n’est plus la capitale, les frontières cèdent à l’est sous les coups de boutoir des envahisseurs. Les habitants transforment les ruines romaines en matériaux de construction. Et puis l’agriculture extensive va achever l’œuvre de recouvrement des vestiges gallo-romains ».

Mais l’histoire du site, qui sera fouillé pendant plus de 30 ans, n’est pas tout à fait terminée. En 1982, des fouilles mettent au jour un amoncellement d’ossements humains et de chevaux. Les corps, probablement des guerriers, n’ont plus de têtes. « Les archéologues venaient de découvrir un trophée militaire celte qui date de 250 ans avant J.-C., unique en Europe, précise Gilles Prilaux. Probablement une bataille entre les Belges et les Normands, marquée par la victoire des Belges. Ils donneront naissance à la tribu des Ambiani ou Ambiens, dont le chef-lieu est Samarobriva, l’actuelle ville d’Amiens. Ce trophée sera ensuite recouvert progressivement par les constructions datant de l’occupation romaine et repérées par Roger Agache au début des années 1960 ».

Roger Agache, un héritage inestimable pour l’archéologie
« Son apport est fondamental, confirme Tahar Ben Redjeb, ingénieur d’études à la DRAC Picardie et responsable du Festival du film d’archéologie d’Amiens. Lorsqu’il a commencé ses prises de vues aériennes, on ne connaissait que 300 ou 400 sites. Il a porté ce chiffre à plusieurs milliers ».

À Verberie dans l'Oise, une maison gauloise apparaissant dans le blé mûr avant la fouille
À Verberie dans l’Oise, une maison gauloise apparaissant dans le blé mûr avant la fouille.
© Crédit photo : Roger Agache / Ministère de la culture

De son vivant, l’ancien instituteur s’est taillé une réputation internationale. Auteur de 300 publications, décoré de nombreux grands prix, il sera directeur des Antiquités Préhistoriques du Nord-Pas-de-Calais et de la Picardie de 1963 à 1985. Considérée avec scepticisme à l’origine, l’archéologie aérienne est aujourd’hui couramment pratiquée.

Mais la méthode a évolué, elle est désormais technologique et démocratique. De nos jours, ce sont les drones et les satellites qui fournissent les précieux clichés des sites enfouis ou de leurs fondations, et chacun peut accéder librement à Google Earth ou Bing Maps. Mais Roger Agache, chercheur inspiré, avait ce talent particulier, unique : déchiffrer les empreintes du passé et leur donner le sens de l’histoire.

Yolande Malgras
France 3 Hauts-de-France

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