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L'épée : affectionnée par les Français

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Coutumes, Traditions
Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres
L’épée : affectionnée par les Français
(D’après « Le Monde illustré », paru en 1911)
Publié / Mis à jour le lundi 14 juin 2021, par LA RÉDACTION
 
 
 
Nulle nation, mieux que la nôtre, ne contribua au renom de l’épée — arme évoquant le courage, l’art de la guerre, la défense et l’amour de la patrie —, puisque celle-ci fut à la fois, chez nous, l’instrument des grandes prouesses et le symbole de la dignité et de l’honneur, la dimension belliqueuse du noble accessoire étant dès le XIVe siècle et parmi la bourgeoisie doublée d’une dimension « pacifique »

On retrouve dans l’image conférée à l’épée l’influence de l’antiquité gréco-latine, dont se sont toujours pénétrés nos Français d’autrefois et d’aujourd’hui. Athènes et Rome nous ont apporté le grand souffle patriotique et militaire ; et l’on peut dire que la religion de l’épée est un des legs les moins contestés de l’admirable civilisation latine et méditerranéenne.

On a contesté aux Anciens un sentiment de l’honneur aussi vibrant, aussi précis que celui qui domine dans nos sociétés contemporaines. Qui oserait, toutefois, nier qu’en matière de courage — de servitude et de grandeur militaires, dirait Alfred de Vigny —, ils étaient bons juges et connaisseurs ? Les Grecs décernaient des couronnes aux stratèges victorieux, mais Alexandre accentua fortement ce genre d’hommage le jour où il donna des boucliers d’argent aux soldats de sa garde, devenus les Argyraspides. Ce jour-là, l’illustre Macédonien créa, du même coup, le premier ordre de chevalerie militaire et l’institution des « armes d’honneur » — institution que la République française renouvela, vingt siècles plus tard, le 4 nivôse an VIII.

Le connétable Anne de Montmorency (1493-1567) arborant l'épée. Gravure de 1846 d'Allais réalisée d'après un dessin de Charles Abraham Chasselat (1782–1843) et publiée dans Le Plutarque français (1846)
Le connétable Anne de Montmorency (1493-1567) arborant l’épée.
Gravure de 1846 d’Allais réalisée d’après un dessin
de Charles Abraham Chasselat (1782–1843) et publiée dans Le Plutarque français (1846)

Les Romains récompensaient d’un glaive d’honneur les plus braves ; presque toute la légion Fulminatrix et, plus tard, la légion gauloise de l’Alouette le portaient. Ils eurent aussi une espèce de « médaille militaire », la phalère — plaque d’or, d’argent ou de fer, dont le nombre augmentait en raison des actions d’éclat. De vieux centurions portaient jusqu’à sept phalères disposées en collier.

Nos ancêtres gaulois, dans leurs luttes contre César, empruntèrent à leurs ennemis l’usage de l’épée d’honneur en faveur du plus brave et du plus digne. Vercingétorix en eut une, offerte par les villes confédérées de la Gaule. C’est certainement le plus ancien exemple de souscription publique pour l’offre d’une épée d’honneur.

L’épée a donc une valeur morale et symbolique en dehors de son rôle militaire. On s’explique aisément que, dans nos temps modernes, où l’esprit d’examen guide et domine l’homme, l’épée soit devenue par excellence l’arme d’honneur, celle qui doit récompenser bravoure et patriotisme.

Si, maintenant, vous voulez connaître une des plus belles et, en tout cas, la plus ancienne épée d’honneur qu’on ait conservée en France, allez au Louvre. Vous y trouverez l’épée de sacre de nos rois. Forgée vers 1180, probablement à Reims, qui possédait alors notre meilleure fabrique d’armes, elle a été portée pour la première fois, croit-on, par Philippe Auguste.

À la fin du XIXe siècle, à la suite d’une étrange erreur, on mentionnait cette épée comme étant celle de Charlemagne ; et les visiteurs la contemplaient avec attendrissement, croyant avoir sous les yeux la tueuse de l’« empereur à la barbe florie », la fameuse Joyeuse chantée par nos poètes, de Théroulde à Victor Hugo. On lui a rendu depuis sa véritable attribution. Sans quitter le Louvre, vous la verrez figurer dans le portrait de Louis XIV, peint par Rigaud en 1705, et vous la retrouverez à Versailles dans les portraits de Louis XV enfant, de Louis XVI et de Charles X.

Louis XV jeune. Gravure réalisée d'après le portrait exécuté par Michel Vanloo et publiée dans XVIIIe siècle. Institutions, usages et costumes, édition de 1878
Louis XV jeune. Gravure réalisée d’après le portrait exécuté par Michel Vanloo et publiée
dans XVIIIe siècle. Institutions, usages et costumes, édition de 1878

Aussi longtemps que l’état de troubles et de guerre fut presque l’état normal, tous les hommes libres portèrent l’épée, ou en eurent une en leur logis. On arriva à considérer l’épée comme la principale pièce de l’armement d’honneur. Elle était ordinairement le prix décerné aux vainqueurs, dans les tournois. Au XIVe siècle, le « bon fer de Bordeaux » faisait rechercher les épées forgées dans cette ville. À la même époque, les fournisseurs de Tolède étaient célèbres par les magnifiques armes qui sortaient de leurs ateliers.

La vogue des épées « de paix » remonte à la même date. L’habillement bourgeois et l’épée s’unirent — alliance qui dura jusqu’en 1789, année ou fut créée la garde nationale. Les magistrats civils de l’Ancien Régime — baillis, sénéchaux, prévôt de Paris, prévôt des marchands, etc. —, complétaient par l’épée leur costume professionnel. Les gentilshommes et gens de bonne bourgeoisie les imitèrent. Sous Charles VII, l’épée est inséparable du costume civil, et l’on porte devant le roi, aux entrées solennelles dans les villes, une épée dite de « parement » ou de « cérémonie ».

François Ier adopte l’épée longue, à la milanaise. La sienne était à la fois de guerre et de cour. Au siècle suivant, on peut considérer comme une véritable épée d’honneur celle que lord Southampton donna à Shakespeare, devenu gentilhomme, et qui fut léguée à Thomas Combe en 1616.

Les épées d’honneur et d’apparat ne disparurent ni avec la monarchie française, ni avec la suppression des ordres de chevalerie en 1792. L’an d’après, les Conventionnels en mission aux armées eurent une épée, dont le modèle fut dessiné par leur collègue David. La poignée de cette épée se composait d’un coq chantant, en cuivre. D’ailleurs, David et Biennais fournirent le dessin ou créèrent l’ornementation des épées et sabres d’honneur portés jusqu’en 1815. La plupart de ces armes provenaient de la manufacture de Versailles, alors dirigée par un véritable artiste, le célèbre Boutet.

Tulle et Charleville fabriquèrent « les armes d’honneur » que Bonaparte fit décerner aux plus braves soldats, en compensation des croix qui n’existaient plus. Un arrêté consulaire de 1800 attribue, en effet, aux officiers ayant accompli une action d’éclat un sabre et aux sous-officiers, caporaux, brigadiers et soldats un fusil d’honneur. Les ornements étant d’argent, on appela ces fusils des « fusils d’argent ». Le grenadier Jean-Roch Cogniet — ce Quinte-Curce du bivouac — eut le sien pour avoir pris un canon autrichien, à Marengo.

Sabre de récompense offert au général Victor (1764-1841) après la victoire de Marengo
Sabre de récompense offert au général Victor (1764-1841) après la victoire de Marengo

Les tambours recevaient des baguettes d’honneur. Ce fut le cas de l’héroïque tapin d’Arcole, André Estienne, que David d’Angers a fait figurer au fronton du Panthéon, et que Mistral a chanté dans ses Isclo d’or. Heureux tambour ! Les cavaliers obtenaient la carabine ; les gendarmes, le mousqueton d’honneur. On décernait même aux artilleurs des « grenades d’honneur ».

Les sabres d’honneur valaient aux officiers la double solde. Les armes d’honneur attribuées aux hommes de troupe comportaient une haute paye de cinq centimes par jour. Mais, le 19 mai 1802, quand le Premier Consul institua l’ordre national de la Légion d’honneur, tout officier titulaire d’une arme d’honneur devint de droit officier du nouvel ordre, et tout sous-officier ou soldat remplissant les mêmes conditions fut de droit membre — on ne disait pas encore : chevalier — de la Légion d’honneur.

La République et l’Empire sont la belle époque des sabres et des épées d’honneur, pour ne pas dire la seule époque. Le Directoire décernait des sabres aux généraux Abbattucci, Murat et Masséna. Napoléon donnait à Desaix le propre yatagan de Mourad-bey. Un sabre d’honneur, avec fourreau en cristal de roche, fut adjugé à Caulaincourt. Macdonald eut un sabre oriental. Oudinot, Hardy, Drouot, Labassée, le commandant Sainglant, du 3e dragons, le caporal Léon Aune, de la 32e demi-brigade, que Bonaparte appelait son camarade, Bessières, futur duc d’Istrie, eurent des sabres. C’est sur le champ de bataille des Pyramides, sous le feu de l’ennemi, que Caffarelli du Falga reçut le sien, arraché à un mameluk.

Temps héroïques ! Le nom français brillait d’un tel éclat, que des villes étrangères n’hésitaient pas à conférer des épées d’honneur à la Grande Armée. Neuchâtel décerna une épée, à fusée de lapis, rehaussée de diamants, au maréchal Oudinot. Les grognards l’appelaient familièrement « l’Écumoire », à cause de ses nombreuses blessures. Amsterdam donna une épée en or à ce même maréchal. La Ligurie offrit pareil hommage à Masséna, en souvenir du siège de Gênes.

Une ville française, Marseille, avait ouvert la voie en votant un sabre d’honneur à Bonaparte, à son retour d’Égypte. La fusée était en pierre dure d’Orient ; le pommeau, d’or massif, représentait le Temps, dont les ailes s’arc-boutaient sur une coquille montrant en bas-relief la bataille des Pyramides. Le quillon se terminait par une tête de dromadaire. Ce sabre, merveille de ciselure, figura au Musée des souverains jusqu’en 1872, puis il appartint à la princesse Mathilde.

Sabre d'officier supérieur des grenadiers à cheval de la Garde des Consuls du maréchal Bessières
Sabre d’officier supérieur des grenadiers à cheval de la Garde des Consuls du maréchal Bessières

Cette époque fut l’âge d’or, on peut le dire, des fourbisseurs, des graveurs, des fabricants de sabres et d’épées. Et quelle profusion, quelle variété d’armes ! Les membres du Directoire portaient un glaive de cérémonie, sans compter les épées de grande et de petite tenue. Les élèves de l’École de Mars ont un glaive romain. Les maréchaux de l’Empire ne possèdent pas moins de cinq armes d’ordonnance : le glaive, avec montures d’or et de nacre, l’épée de cour, l’épée de service, le sabre de parade, le sabre de campagne — sans parler des pistolets, qui sont de véritables objets d’art.

Murat portait cinq épées et huit sabres. Les généraux de division avaient deux épées, mais point de glaive, à l’exception de Duroc, grand-maréchal du palais. L’Institut de France et l’Institut d’Égypte portaient chacun une épée de forme différente. Les régiments souscrivaient des sabres d’honneur à leurs colonels promus généraux. De camarade à camarade, on s’offrait aussi des sabres d’honneur ; exemple : Murat à Soult, le 10 juin 1807, après le combat d’Heilsberg. Lassalle, le paladin de la cavalerie légère, reçut le même jour de son ancien régiment, le 7e hussards, un sabre et une pipe d’honneur ! Il les « culotta » tous deux antre Iéna et Wagram.

 
 
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