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Fête des mères : origine d'une institution centenaire

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Coutumes, Traditions
Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres
Fête des mères :
origine d’une institution centenaire
(D’après « Le Dauphiné mystérieux et légendaire » (par Gilbert Coffano)
paru en 1999, « Le Journal » du 28 avril 1918, « Journal des débats
politiques et littéraires » du 6 juillet 1918, « L’OEuvre » du 31 mai 1926,
« Le Petit Parisien » du 31 mai 1926 et « La Liberté » du 28 mai 1932)
Publié / Mis à jour le samedi 6 juin 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Si de nos jours cette fête annuelle est largement répandue en France et dans de nombreux pays du monde, c’est en 1906 qu’une première cérémonie de ce type se déroule dans une commune de l’Isère, mais c’est l’avènement en 1918, notamment à Lyon et sur le modèle du Mother’s Day américain, d’un concours de « La plus Grande Famille », qui donne le coup d’envoi de célébrations instaurées sur tout le territoire en 1926

Contrairement à ce que l’on a pu lire çà et là, la Fête des mères française ne viendrait pas d’une tradition américaine datant de 1914, ni même de l’initiative d’un Alsacien qui fit une proposition en 1928 au président Doumergue, et encore moins de la période de Vichy. Elle serait en réalité d’origine dauphinoise et née en 1906, les Artésiens — habitants de la commune d’Artas — étant en droit de la revendiquer.

C’est très précisément le 10 juin 1906 à Artas, petit village (de mille trois cents habitants environ) de l’arrondissement de Saint-Jean-de-Bournay en Isère, que fut créée la première fête des Mères. Tout commence avec Prosper Roche, un instituteur du pays, père de sept enfants. Engagé volontaire en 1870, cet enseignant, vraisemblablement inspiré par l’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française, fonde l’Union fraternelle des mères de famille d’Artas en 1904.

Cet organisme, qui apporte une aide appréciable aux familles nombreuses, reçoit l’appui de personnalités régionales et nationales. Plus de cinq cents lettres d’encouragement arrivent à Artas, dont celle d’Émile Loubet, président de la République d’alors. Conscient du travail réalisé par les mères de famille et du rôle qu’elles jouent au sein du foyer, Prosper Roche œuvre afin d’établir la crédibilité de son heureuse initiative.

Les bases d’un texte sont alors créées : « Le mérite caché et si souvent méconnu des mères de famille nombreuse, qui se font remarquer par les soins dévoués et intelligents qu’elles prodiguent aux enfants ». Un protocole officiel est même instauré pour la future cérémonie, et dit en substance : « Au jour et heure convenus pour la séance, revêtue d’un voile tricolore, accompagnée de son mari, de ses enfants et de ses proches parents, chaque mère de famille à féliciter ou à récompenser se rendra au lieu assigné pour la réunion, où une place d’honneur lui sera réservée. Là, ayant son mari à sa droite, elle sera entourée de ses enfants et proches parents. »

C’est donc bien le 10 juin 1906 que les deux premières mères de famille de France (de neuf enfants chacune) sont officiellement récompensées à Artas. L’invention de la fête des Mères est donc bien dauphinoise. Un arbre de la Mutualité sera planté la même année au centre du village, confirmera récemment Pascal Chauvin, collectionneur de cartes postales consacrées à la fête des Mères, et président de l’association locale Mémoire et Patrimoine d’Artas.

Comme on peut en juger, tout fut organisé dans les moindres détails par Prosper Roche afin d’officialiser cette cérémonie, sans omettre le côté vestimentaire. « Vêtues de blanc, deux jeunes filles s’avanceront ensuite vers ladite mère, nous précisent les documents historiques, et lui remettront un bouquet composé de fleurs symbolisant ses qualités maternelles. Le président déposera alors une couronne de laurier artificiel sur la tête de la mère de famille à qui il adressera ses félicitations ou remettra la récompense accordée. »

Symbolisant jadis le génie, la sagesse et l’immortalité dans la mythologie, la couronne de laurier ne fut certainement pas choisie au hasard. Le texte de cérémonie se termine en invitant toute l’assistance à applaudir l’heureuse récipiendaire comme il se doit en pareille circonstance.

Hasard de l’Histoire, c’est à la même époque que l’enseignante américaine Anna Jarvis se promit de célébrer la maternité selon les volontés de sa mère, Ann Maria, morte le 8 mai 1905. Son chagrin fut en effet terrible, et elle fit part à son entourage de dédier un jour à toutes les mères. L’idée fit son chemin, et bientôt fut créé le Mother’s Day. En 1913, le Sénat américain et la Chambre des représentants décidèrent qu’un jour serait dédié à « la mémoire de la meilleure du monde : la vôtre ». Et le 9 mai 1914, enfin, le président Wilson invita le peuple américain à célébrer, le deuxième dimanche de mai, une fête devant être « l’expression publique de notre amour et de notre respect pour les mères de notre pays ».

Anna Jarvis
Anna Jarvis

Dès lors, les citoyens américains ayant encore leur mère arborèrent, au Mother’s Day, un œillet rouge ; ceux qui l’avaient perdue, un œillet blanc. C’était, ce jour-là, à travers les États-Unis, une véritable avalanche de cadeaux de tous genres à toutes les mères : fleurs, bonbons, gâteaux, objets d’art, etc. Des cartes spéciales circulèrent à travers tout le territoire, portant aux mamans des vœux affectueux de leurs fils et de leurs filles.

En France, la fête n’était à cette époque pas encore institutionnalisée dans tout le pays, les journées des mères de familles nombreuses peinant à s’implanter. Mais une nouvelle étape fut marquée lorsqu’en 1917, la fête du Mother’s Day fut célébrée sur l’initiative du général Pershing, par les armées française et américaine, face à l’ennemi.

L’année suivante, s’inspirant de l’exemple donné par nos alliés américains, la ville de Lyon eut le 16 juin 1918 sa Journée des mères. Due à l’initiative du lieutenant-colonel en retraite de La Croix-Laval et organisée avec le patronage d’honneur du cardinal-archevêque de Lyon, sous les auspices d’un Comité qui comptait parmi ses présidents d’honneur le préfet du Rhône, le président du Conseil général, le gouverneur militaire ainsi que le maire de Lyon, cette manifestation en faveur de la famille réussit pleinement. Elle se proposait de déterminer un mouvement d’opinion en l’honneur des mères et de recueillir des ressources au profit de l’enfance.

Ce double dessein fut rempli : d’une part, il fut recueilli plus de 60 000 francs ; d’autre part, des assistances imposantes assistèrent soit à la cérémonie religieuse présidée par le cardinal Maurin, soit aux séances de cinématographie, où des films patriotiques avaient été commentés, soit à la distribution des récompenses décernées sur l’initiative de « La plus Grande Famille ». Plus de 12 000 francs de prix furent répartis entre une centaine de mères, et cinq prix de 500 francs furent attribués à des mères d’au moins cinq enfants et qui en attendaient prochainement un autre.

Le concours avait suscité 409 candidates, mères de 2 871 enfants vivants, les 30 premières en représentaient 311. Le Comité lyonnais s’est montré bien inspiré en se préoccupant de l’aggravation de charges que constitue pour les familles la venue d’un enfant ; la gêne qu’entraîne une nouvelle naissance est une des causes de diminution de la natalité. L’attribution d’une somme de 500 francs atténue notablement cette gêne, et Lyon donne à cet égard un exemple qui mérite d’être suivi et qui le sera.

Journée nationale des mères de familles nombreuses. Affiche de 1918
Journée nationale des mères de familles nombreuses. Affiche de 1918

Peu avant cette journée, tous nos soldats internés en Suisse avaient été invités, par le Comité de secours aux prisonnier de guerre, à célébrer le 5 mai la Fête des mères. Le Comité interdépartemental voulait voir les soldats du front, les combattants, suivre cet exemple, exhortant même les mobilisés à l’arrière, et jusqu’aux civils, à célébrer l’office des mères, si bien que la France tout entière se modèlerait sur les États-Unis et sur l’Angleterre, à l’époque où s’établissait chez eux le nouveau culte.

À la suite du concours de Lyon, l’avocat, journaliste et secrétaire perpétuel de l’Académie française Étienne Lamy (1845-1919), fondateur du prix éponyme destiné à aider les pères de familles pauvres mais nombreuses qui « par des privations quotidiennes et volontairement subies, perpétuent encore des foyers riches d’enfants », écrit au colonel de La Croix-Laval : « Le Jour des mères n’est pas une tentative locale sans lendemain, c’est une institution française qui se fonde. Et demain ne se compteront plus les cités imitatrices qui célébreront elles aussi la solidarité du foyer et de la race. »

L’initiative lyonnaise, largement relayée par la presse de l’époque, enfantera des concours et cérémonies similaires dans plusieurs villes de France, aboutissant à l’instauration officielle de la Fête des mères françaises en 1926, celle-ci étant célébrée, pour la première fois à l’Hôtel de Ville de Paris et dans toutes les municipalités de France le 30 mai de cette même année.

Dans le journal L’OEuvre du lendemain, on peut lire : « La tradition a été créée. Elle sera suivie tous les ans et constituera, à travers la vie du peuple, une halte de paix et d’amour, une manifestation de la pérennité française. Le grand hommage, on pourrait dire le grand culte national, a été célébré hier, par des hommes et des femmes éminents qui consacrèrent le meilleur de leur pensée à la maternité et à l’enfance. »

Le journal Le Petit Parisien rapporte quant à lui qu’à l’exemple des États-Unis, « la France a institué la Fête des Mères, destinée à honorer la maternité et à restaurer le vieil esprit familial un peu ébranlé par l’intensité de notre vie moderne. Paris s’est associé à la manifestation par une aimable fête qui s’est déroulée hier après-midi à l’Hôtel de Ville, et au cours de laquelle — après un charmant intermède musical suivi d’une partie récréative, où trois clowns de Medrano mirent en joie les enfants conviés à la fête — eut lieu la distribution des médailles d’or et d’argent aux mères les plus méritantes ayant de huit à douze enfants. Beaucoup s’approchèrent de l’estrade tenant leur dernier-né sur les bras.

Journée nationale des mères de familles nombreuses. Carte de 1920
Journée nationale des mères de familles nombreuses. Carte de 1920

Présidant la réunion, le vice-président du conseil municipal leur exprima la gratitude de la Ville de Paris en ces termes : « Les femmes qui, malgré les difficultés propres à une immense agglomération, ont élevé dans nos murs une famille nombreuse et saine ont fourni l’exemple le plus haut d’intelligence pratique et de dévouement. En surmontant tous les obstacles et tous les dangers : crise du logement, cherté des prix, elles ont accompli un prodige dont seul était capable ce talisman merveilleux : l’amour maternel. Elles ont donné une leçon d’énergie aux faibles, elles ont donné une leçon de confiance aux découragés et aux pessimistes, elles ont répandu autour d’elles cette vertu qui fut et reste la leur : la foi en la vie. »

 
 
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