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Éléphant du roi Henri IV et engouement des savants du XVIIe siècle pour les animaux exotiques

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Éléphant du roi Henri IV
et engouement des savants du
XVIIe siècle pour les animaux exotiques
(D’après « Bibliothèque de l’école des chartes », paru en 1893)
Publié / Mis à jour le lundi 20 avril 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Deux mandements de la fin du XVIe siècle témoignent du goût de Henri IV pour l’entretien d’animaux rares venus de pays lointains, ayant trait à un éléphant qui avait été amené des Indes et aux besoins duquel il devait être pourvu à Dieppe par le bureau des trésoriers de France, mais un demi-siècle plus tard, l’arrivée d’un éléphant en France suscitait toujours la curiosité du monde savant

Les deux mandements du roi Henri IV conservés aux Archives de la Seine-Maritime sont extraits du « Registre des expéditions faictes par Messieurs les président et trésoriers generaulx de France au bureau transféré à Dieppe durant les années 1591 et 1592 ».

Voici le texte du premier mandement : « De par le roy. Noz amez et féaulx, par ce que nous désirons que l’elléphant qui nous a esté admené des Indes soit conservé et gardé comme chose rare et qui ne s’est encore veue en cestuy nostre roiaulme, nous vous mandons faire marché avec quelque personne qui s’entende à le traicter, nourrir et gouverner, et, des déniez de nostre recepte générale de Rouen, transférée à Dieppe, faire paier par le dit recepveur général ce qui sera de besoing pour loger celluy qui en aura la charge et le dit elléphant, et tous aultres frais qui concerneront la dicte nourriture, dont les acquitz, qui en seront déclarez au dit recepveur général, seront conceuz soubz le nom de nostre amé et féal conseiller trésorier de nostre espargne estant en exercice, qui luy tournera sa quittance pour son acquit. De ce faire vous donnons pouvoir, voullant que ce qui sera ordonné par vous pour cest effect, que nous avons dès à present vallidé, soit passé et alloué en la despense des comptes de nostre dit trésorier de l’espargne sans difficulté. Donné au camp devant Noyon, le XXIXe jour de juillet 1591. (Signé :) HenrY. (Et plus bas :) Potier. »

Détail du mandement du 29 juillet 1591 consigné dans le Registre des expéditions faictes par Messieurs les président et trésoriers generaulx de France au bureau transféré à Dieppe durant les années 1591 et 1592
Détail du mandement du 29 juillet 1591 consigné dans le Registre des expéditions
faictes par Messieurs les président et trésoriers generaulx de France
au bureau transféré à Dieppe durant les années 1591 et 1592

Henri IV était au camp devant Noyon, le 29 juillet 1591, quand il faisait expédier ce mandement qui devait assurer la subsistance de son éléphant. L’année suivante, au mois de septembre, alors qu’il voyait encore bien des obstacles à surmonter pour arriver à la pacification du royaume, il saisit une occasion de n’avoir plus à sa charge la dépense de l’éléphant, tout en faisant une gracieuseté à sa fidèle alliée la reine d’Angleterre.

Il donna des instructions au gouverneur de Dieppe, le sieur de Chatte, sur la façon dont la bête, jusqu’alors gardée à Dieppe, devait être mise à la disposition de la reine Elisabeth :

« Monsieur de Chaste,

« Ayant entendu que la royne d’Angleterre, madame ma bonne seur, auroit agréable ung éléphant qui est à Dieppe, je luy en ay faict present, comme je ferois encores plus vollontiers de chose plus excellente si je l’avois. Et pour ce, je vous prie, sy vous avez moien de luy envoyer seurement, de n’en perdre la premiere comodité, ou bien attendre sur ce le commandement qu’elle vous pourra faire pour le dellivrer à celluy qui aura charge de le recevoir de sa part. Et n’estant la présente à aultre fin, je prie Dieu, Monsieur de Chaste, qu’il vous ait en sa saincte garde. Escript au camp de Provyns, ce IIIIe jour de septembre M. Ve. IIIIXX. XII. (Signé :) Henry. (Et plus bas :) Renol.

« (Et sur la subscription est escript :) A Monsieur de Chaste, chevallier de mon ordre, cappitaine de cinquante hommes d’armes de mon ordonnance et gouverneur de ma ville et citadelle de Dieppe. »

Henri IV croyait être le premier roi de France qui eût possédé un éléphant. Il n’avait point entendu parler de l’éléphant que le calife Haroûn ar-Rachîd (763-809) envoya à Charlemagne en 802 et dont les annalistes contemporains ont soigneusement enregistré le nom, Abulabaz, et dont ils ont mentionné la mort comme un des événements importants de l’année 810.

Il ignorait aussi que saint Louis avait offert un éléphant a Henri III, roi d’Angleterre, vers l’année 1255, c’est-à-dire immédiatement après le retour de la croisade. Mathieu de Paris, qui n’a point négligé d’enregistrer le fait dans sa Grande chronique, ajoute cette observation : « Nous ne croyons pas qu’on eût jamais vu d’éléphant en Angleterre, ni même en deçà des Alpes. Aussi les populations se pressaient-elles pour jouir d’un spectacle aussi nouveau. »

Sous le règne de Louis XIII, l’arrivée d’un éléphant en France était encore considérée comme un notable incident. Il en vint un à Paris dans le cours de l’année 1626. Peiresc, alors fixé dans la ville d’Aix, regretta vivement de ne pouvoir pas l’examiner. Le bruit de la mort de cet animal, qui s’était répandu pendant le mois de décembre, ne tarda pas à être démenti.

Peiresc ne fut pas le dernier à se réjouir de cette bonne nouvelle. Il aurait voulu qu’on profitât de l’occasion pour peindre la bête, pour en étudier le naturel et surtout pour en faire l’anatomie, s’il venait à mourir en France. Il écrit à Dupuy, le 4 janvier 1627, pour lui dire qu’il avait « esté bien aise d’entendre que l’éléphant n’estoit pas mort. Mais, ajoute-t-il, je le serois dadvantage si j’apprenois que quelque brave peinctre entreprinst de le bien desseigner, et que quelque grand naturaliste entreprinst de le voir et observer souvent, et d’en descrire exactement le naturel, et surtout de sçavoir s’il se vérifie qu’il entende si facilement comme on dict le jargon de son interprète. M. Tavernier le debvroit faire tailler en belle taille doulce, non seulement tout entier, mais les principaulx membres à part, et, s’il se laissoit mourir, il mériteroit bien de passer par l’anatomie de quelques galants hommes et bien curieux. »

Peiresc revient sur ce sujet dans une lettre du mois de février 1627, où il parle des études à faire pour contrôler les observations consignées dans le traité de Pierre Gilles, intitulé : Elephanti descriptio, et pour vérifier l’exactitude des peintures antiques sur lesquelles se voyaient des représentations d’éléphants :

« J’ay escript à Lyon pour voir si cette édition ďAElian s’y trouveroit, où est le traicté de l’éléphant de Gillius, que je n’ay poinct veu...

« Si M. Rubens a trouvé à redire à la grandeur des oreilles dans les peintures ordinaires, ce ne sera pas sans en avoir luy-mesmes faict un dessein mieux proportionné pour ce regard. Je vouldrois bien que vous eussiez veu les portraicts qui ont esté tirez des peinctures antiques de Rome où sont représentez divers animaulx estranges, et entr’autres des éléphants, qui semblent avoir les oreilles beaucoup plus petites que ceux que l’on peinct aujourd’hui, que j’estime avoir esté fort exactement desseignez sur les animaulx mesmes en leur temps, et sont tirez de certaines grottes de bains qui estoient prez du Vivarium de Rome, où se gardoient toutes les bestes sauvages plus estranges.

« Ces peintures furent descouvertes l’an 1547 et imprimées en taille doulce, en trois grandes planches, qui se trouvent dans les recueils de ces grandes images des Antiquitez de Rome... Et serois bien aisé que, aprez avoir veu ces images, vous eussiez reveu l’éléphant vivant, pour voir si vous y trouveriez des actions et postures qui reviennent à celles des dictes peintures, et specialement pour l’eslévement ou arrection des oreilles ou rabbaissement d’icelles et maniement des jambes ».

Quelque temps après, en 1631, le même éléphant revint en France. Il était à peine débarqué à Toulon que Peiresc décida le maître de l’animal à lui faire une visite dont il profita pour examiner l’éléphant avec tout le soin et l’intérêt qu’on pouvait attendre d’un naturaliste aussi curieux et aussi perspicace.

Gassendi nous a conservé le souvenir des attentions dont l’éléphant fut l’objet pendant les journées qu’il passa à Belgencier. Nous possédons en outre la lettre adressée à Dupuy, dans laquelle Peiresc lui-même rend compte d’une partie des observations qu’il fit durant la trop courte visite de cet hôte extraordinaire. Il en examina particulièrement la mâchoire, ce qui l’amena à reconnaître la véritable origine ďune dent qui lui avait été envoyée d’Afrique et qu’on disait avoir été trouvée dans la sépulture du prétendu géant Theutobochus, aux environs de Tunis ou d’Utique. Ce morceau de lettre mérite d’être cité :

Éléphant d'Asie mâle âgé de 4 ans. Gravure extraite de Histoire naturelle des mammifères par Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier (vers 1820)
Éléphant d’Asie mâle âgé de 4 ans. Gravure extraite de Histoire naturelle des mammifères
par Étienne Geoffroy Saint-Hilaire et Frédéric Cuvier (vers 1820)

« Je ne sçay si je ne vous ay poinct mandé que j’eus la curiosité de voir cet éléphant que vous avez veu là (à Paris), quelques années y a, lequel on ramenoit d’Italie. Il vint passer par icy, où il fut troys jours, durant lesquels je consideray bien à mon aise et avec grand plaisir, ne l’ayant pas laissé eschapper de mes mains ou despaïser que je ne l’ауе faict peser contre quelques six vingt boullets de canon.

« Il me cognoissoit desjà quasi comme son gouverneur, et je me laissay porter jusques à ce poinct de curiosité, ou pour mieux dire de follie, que de luy mettre ma main dans la bouche et de luy manyer et empoigner une de ses dents maxillaires, pour en mieux recognoistre la forme, et ne les ayant pas assez bien peu voir sans les toucher, à cause qu’en ouvrant la gueulle il les entrecouvroit avec sa langue. Or, ce fut pour vérifier, comme je fis, qu’elles estoient entièrement semblables de figure, bien que de moindre grandeur, avec la dent du prétendu géant de la coste de Thunis ou Utica ».

Voilà une curieuse observation d’anatomie comparée, qui fait honneur à Peiresc et qui montre comment, au commencement du XVIIe siècle, des hommes éclairés savaient faire profiter la science des exhibitions d’animaux rares amenés en France par des bateleurs.

 
 
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