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15 février 1855 : naufrage de la frégate La Sémillante au large de Bonifacio

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15 février 1855 : naufrage de la frégate
La Sémillante au large de Bonifacio
(D’après « Les Naufrages célèbres depuis 1700 jusqu’à nos jours, ou Aventures
les plus remarquables des navigateurs » (par René d’Isle), paru en 1856)
Publié / Mis à jour le samedi 15 février 2020, par LA RÉDACTION
 
 
 
Partie de Toulon avec une brise d’ouest assez fraîche le 14 février 1855 avec 694 matelots et passagers pour se rendre en Crimée, la Sémillante dut gouverner de manière à passer par le canal qui sépare la Sardaigne de la côte d’Afrique : pour tenter d’échapper à un ouragan d’une rare violence, le capitaine donna dans les Bouches de Bonifacio, mais le navire, emporté par une mer déchaînée, heurta un haut-fond rocheux de l’île Lavezzi avant de couler sans laisser un seul survivant

Le nombre de personnes à bord n’avait rien d’exagéré pour une frégate de premier rang, conçue pour recevoir 60 canons, longue de 54 m et large de 14 : en effet, armée en guerre, la frégate aurait reçu 515 hommes d’équipage, et l’espace rendu libre par le débarquement de soixante-Bouches à feu lui donnait amplement de quoi loger quelque 700 personnes. Quant au chargement, le matériel de la Sémillante se bornait à 700 tonneaux, poids insignifiant si l’on considère que le chiffre fatal de l’armement et du chargement d’une frégate de 60 canons peut aller jusqu’à 1250 tonneaux.

Les marins savent tous que, en dépassant la parallèle des Baléares, il arrive souvent que les vents d’ouest, qui dépendaient du nord avant d’atteindre cette limite, ont une tendance marquée à hâler du sud, à partir de ce point. Il est donc plus que probable qu’à partir du moment où la frégate parvint à cette hauteur, les vents lui refusèrent et la rapprochèrent de la côte de la Sardaigne. Dans cette conjoncture, le commandant Jugan, en marin expérimenté, et afin d’éviter, par gros temps et forte mer, de se laisser affaler sur la terre et d’être contraint à louvoyer, prit le parti de donner dans les Bouches de Bonifacio : c’était, en effet, la seule manœuvre à prendre.

La frégate La Sémillante
La frégate La Sémillante

Mais qu’advint-il ensuite ? La tempête du 15 était parvenue à un maximum de densité effrayant ; le phare de l’île Razzoli était embrumé par l’effet du temps. Dans ces fatales circonstances, la Sémillante, entraînée avec une vitesse impossible à maîtriser, par un vent d’ouest d’autant plus terrible qu’il était resserré entre deux côtes formant entonnoir, donna avec une violence incalculable sur l’écueil de Lavezzi.

Ce fut, en effet, sur l’îlot de ce nom que des pêcheurs recueillirent d’abord un chapeau de marin, puis des débris de sabres d’artilleurs, de fusils, d’effets militaires. Ces débris formaient comme une montagne d’objets brisés en morceaux et en quelque sorte hachés. Des recherches immédiatement entreprises par les soins de l’autorité maritime, de la douane, du commandant de Bonifacio, des embarcations de l’aviso à vapeur de l’État l’Averne, firent bientôt retrouver d’autres épaves : des morceaux de carcasse de navire, des mâts, des vergues garnis de leurs voiles ferlées, des chapeaux de matelots, un reste de soutane, des képis, des shakos, enfin le livre-journal de la Sémillante.

Plus de doute dès lors ! cette belle frégate s’était perdue corps et biens, après avoir épuisé toutes les ressources nautiques pour lutter contre un élément terrible, presque à la même heure où cette même tempête engloutissait, près de Gibraltar, l’Hécla, une des plus belles corvettes de la marine anglaise.

La sensation que produisit cette funeste nouvelle dans toute la France fut profondément douloureuse. En exécution des ordres du ministre de la marine et des colonies, l’aviso à vapeur de l’État l’Averne procéda à de nouvelles perquisitions, dans te but de parvenir enfin, sinon à sauver quelques malheureux naufragés échappés au désastre de la Sémillante, au moins leurs dépouilles, et recueillir quelques renseignements sur cette catastrophe maritime.

Cette fois l’Averne réussit dans la seconde partie de sa mission, et on acquit la preuve que la frégate avait péri dans des circonstances de force majeure heureusement assez rares. Parti de Livourne le 28 février, l’Averne toucha, le 1er mars au matin, à Porto-Vecchio, pour y prendre des renseignements, et arriva le même jour, vers midi, à l’îlot de Lavezzi, sur lequel s’était perdu la Sémillante.

Le spectacle que présentait cette côte était navrant, et donnait une terrible idée de la furie de l’ouragan qui avait pu briser en morceaux un bâtiment de cette force. Le commandant de l’Averne visita d’abord en embarcation les différentes criques où se trouvaient les principaux débris ; puis, dirigé par le patron de l’Aigle, qu’il trouva sur les lieux, il fit par terre le tour de l’île. Il ne tarda pas à perdre tout espoir de retrouver quelques-uns des malheureux qui étaient à bord, et moine de connaître exactement le moment du sinistre et les circonstances qui l’avaient occasionné.

Naufrage de la Sémillante. Chromolithographie publicitaire pour le Chocolat Louit de la série Les drames de la mer
Naufrage de la Sémillante. Chromolithographie publicitaire
pour le Chocolat Louit de la série Les drames de la mer

Dans la journée du 15 février, de la partie de l’ouest-sud-ouest, une tempête, comme les vieux marins du pays ne se souviennent pas d’en avoir jamais vu, éclata dans les Bouches de Bonifacio et dura de cinq heures du matin jusqu’à minuit, presque constamment avec la même violence. À une distance de deux lieues, la campagne fut couverte de sel ; l’atmosphère ne permettait pas d’y voir à dix pas.

Ce fut dans ces circonstances que la Sémillante dut donner dans les Bouches de Bonifacio. Poussée par la tempête, la frégate dut toucher d’abord sur la pointe sud-ouest de l’île Lavezzi ; ce fut là en effet, que l’on trouva d’abord quelques tronçons de ses mâts et de ses vergues brisés, encore à flot, et retenus dans cette position par un enchevêtrement de cordages fixés au fond.

Au milieu de ces tronçons se trouvait aussi à flot un morceau de la coque de la frégate, qui paraissait provenir de la partie comprise entre les porte-haubans de misaine et la flottaison. Toute la partie de l’île était jonchée de menus débris et de morceaux de la coque de nulle valeur. Quatre mortiers seuls paraissaient par un fond d’environ quatre mètres. Le 1er mars, on trouva une voile d’embarcation sur laquelle était écrit : SÉMILLANTE, YOLE N°1.

À cette même date, on n’avait encore retrouvé que trois corps qui parurent être ceux d’un matelot, d’un soldat et d’un caporal : ils furent enterrés sur l’île. Le lieutenant de vaisseau Bourbeau, après avoir reconnu cet état de choses, laissa sur les lieux M. Farines, enseigne de vaisseau, avec deux balancelles, un grand canot, une baleinière, un youyou, des apparaux, tous les outils de charpentier, et trente-cinq hommes, pour opérer le sauvetage et faire toutes les recherches qui pourraient amener des découvertes de nouveaux débris ou de nouveaux cadavres.

Le commandant de l’Averne fit encore explorer soigneusement chacun des rochers de ce petit archipel, mais sans espoir d’y faire aucune découverte importante, tous les autres débris ayant été entraînés au large par la violence et la direction de la tempête.

Lieu du naufrage de la Sémillante. Carte extraite de l'ouvrage Un sanctuaire, un naufrage : la tragédie de La Sémillante, par Jean-Lucien Rachelli
Lieu du naufrage de la Sémillante. Carte extraite de l’ouvrage Un sanctuaire, un naufrage :
la tragédie de
La Sémillante, par Jean-Lucien Rachelli

Après avoir pris ces dispositions, le lieutenant Bourbeau se rendit en Sardaigne, à Longo-Sardo et à la Madeleine, pour essayer d’y recueillir quelques renseignements sur ce terrible naufrage. Partout, en Sardaigne comme en Corse, il ne trouva que des suppositions. Tout le monde était d’accord sur la terrible furie de l’ouragan du 15 février, qui, dans ces parages, avait occasionné partout les plus grands dégâts, enlevé les toitures des maisons, arraché des arbres séculaires, et qui ne permettait aux personnes forcées de sortir de chez elles de le faire qu’en rampant.

Cet ouragan soufflait de l’ouest-sud-ouest, et les Bouches de Bonifacio ne présentaient plus qu’un immense brisant où l’on ne pouvait plus rien distinguer ; la mer était tellement déchaînée et l’embrun si épais, si élevé, que la Sémillante devait être couverte à une grande hauteur et inondée, sans que personne à bord pût distinguer le bout du beaupré. Il n’y avait pas de frégate au monde capable de présenter le travers à une aussi terrible tempête.

M. Bourbeau interrogea tout le monde en Sardaigne : commandants militaires et civils, capitaines de ports, gardiens de phares. Voici le seul renseignement qu’il put recueillir. Le chef du phare de la Testa lui déclara que, le 15 février, vers onze heures du matin, une frégate dont il ne comprenait pas bien la manœuvre, ce qui lui avait fait supposer qu’elle avait des avaries dans son gouvernail, venait, à sec de toile, de la partie du nord-ouest, se dirigeant sur la plage de Reina-Maggiore, près du cap de la Testa, où il pensait qu’elle allait se briser, lorsqu’il la vit hisser sa trinquette et venir sur bâbord, en donnant dans les Bouches de Bonifacio, où l’horizon était tel qu’il l’eut bientôt perdue de vue.

Sous le rapport de l’heure du sinistre, cette déclaration se rapprochait d’une autre qui avait été déjà faite à M. Bourbeau par un berger de Lavezzi ; ces deux rapports paraissaient avoir une certaine valeur qui tendait fixer le moment du naufrage au 15 février, vers midi. Cependant le gardien de phare de La Testa, dans une première déclaration faite à d’autres personnes, avait d’abord dit que c’était une frégate à vapeur. Quand M. Bourbeau insista sur cette différence, il lui répondit, ce qui n’était malheureusement que trop vrai, que l’on ne distinguait que très mal et à une bien petite distance, et seulement par suite de l’élévation du phare.

Un morceau de l'épave la Sémillante conservé au musée de la Marine de Port-Louis
Un morceau de l’épave la Sémillante conservé
au musée de la Marine de Port-Louis

La mer était si forte que les glaces du phare étaient couvertes d’une épaisse couche de sel qu’il ne fallait pas songer à faire disparaître. Il en était de même à Bazzoli. À la Madeleine, le commandant de l’Averne ne put avoir aucun renseignement. Les gardiens du phare de Bazzoli n’avaient rien vu ; sur toute la côte de Sardaigne on n’avait trouvé d’ailleurs ni débris, ni vestiges du naufrage.

La plus impérieuse, la plus pressante des instructions données par M. Bourbeau à l’officier qu’il laissa sur l’île Lavezzi, était celle de rechercher tout d’abord avec le plus grand soin les cadavres des malheureux qui avaient péri dans le naufrage de la Sémillante, afin de les préserver le plus tôt possible de toute souillure, et de faire disparaître immédiatement un aussi douloureux spectacle.

L’exécution de ces ordres amena d’abord la découverte de soixante cadavres, la plupart nus ; ces infortunés avaient eu le temps de se déshabiller pour lutter plus facilement contre la mer. Ils étaient presque tous méconnaissables ; dans le nombre cependant on crut reconnaître un prêtre, au bas de soie noire dont il était porteur, l’abbé Carrières, aumônier de la Sémillante.

Le spectacle que présentait alors la partie sud de l’île Lavezzi, où étaient dispersés les débris de la frégate, était quelque chose d’affreusement douloureux. Sur ce point, au milieu de petites criques qui ne sont point indiquées sur la carte de Hell, les cadavres apparaissaient par groupes, tous dans un état affreux ; l’air en était infecté.

Le corps du commandant Jugan fut aussi retrouvé et reconnu seul d’une manière positive ; il était en uniforme ; et même, sans cette circonstance, il était très reconnaissable pour les officiers, par suite de la légère difformité d’un de ses pieds. Son état de préservation était dû au paletot d’uniforme dans lequel on le trouva encore entièrement boutonné. La mort frappa donc ce brave et infortuné capitaine faisant courageusement son devoir, et luttant jusqu’au dernier moment pour les autres, sans songer un seul instant à lui-même.

Des soins particuliers lui furent rendus ; on le mit dans une bière avec deux couvertures. À mesure qu’on découvrait de nouveaux cadavres, on les roulait avec soin dans une couverture, puis on les plaçait sur une civière pour les porter au lieu désigné où une fosse particulière les recevait aussitôt.

Ces devoirs étaient bien rudes à remplir pour les pauvres matelots ; plusieurs en furent tellement impressionnés qu’ils ne purent continuer ce service ; d’autres ne le remplissaient plus qu’en pleurant à chaudes larmes. L’abondance des cadavres qu’on découvrait à chaque instant, presque tous en état de putréfaction, et les difficultés du transport, nécessitèrent l’ouverture d’un second cimetière ; on fut même obligé de renoncer momentanément au sauvetage des débris.

Pyramide de granit construite en hommage aux victimes du naufrage de la Sémillante (îles Lavezzi en Corse du Sud)
Pyramide de granit construite en hommage aux victimes
du naufrage de la Sémillante (îles Lavezzi en Corse du Sud)

Le dimanche matin 4 mars 1855, l’Averne partit de Bonifacio, portant à Lavezzi les curés de la haute et de la basse ville, le juge d’instruction et son greffier, cinquante soldats, deux caporaux, un sergent et un officier. La cérémonie religieuse pour la sépulture des marins de la Sémillante eut lieu à midi précis, et tout le monde y assista avec un douloureux recueillement. Le lieutenant de vaisseau Bourbeau ne jugea pas à propos de faire rendre encore les honneurs militaires, parce qu’on découvrait à chaque instant de nouvelles victimes. Voici l’inscription qu’il fit mettre sur ta tombe de l’infortuné commandant :

CI-GIT : G. JUGAN,
CAPITAINE DE FRÉGATE, COMMANDANT LA SÉMILLANTE,
NAUFRAGÉ LE 15 FÉVRIER 1855.

Et plus bas : LAVEZZI, 5 MARS 1855.

Chaque tombe fut surmontée d’une croix, et deux grandes croix de treize mètres de hauteur, faites des débris des bouts dehors de la Sémillante, furent placées en tête des deux cimetières, situés l’un dans l’ouest, l’autre dans l’est de l’île. Tel fut le mystérieux et terrible dénouement de ce drame maritime dont fort heureusement on trouve peu d’exemples dans notre histoire navale.

 
 
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