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2 mars 1715 : mort d’Emmanuel-Théodose de La Tour d’Auvergne, cardinal de Bouillon - Histoire de France et Patrimoine

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Croyances et rites 2
Proverbes et expressions populaires d’usage courant : origine, signification d’expressions proverbiales de la langue française
2 mars 1715 : mort d’Emmanuel-Théodose
de La Tour d’Auvergne,
cardinal de Bouillon
(D’après « Parémiographe français-allemand ou Dictionnaire des métaphores
et de tous proverbes français adaptés et sanctionnés
par l’Académie française » (par Jacques Lendroy), paru en 1820)
Publié / Mis à jour le vendredi 27 octobre 2017, par LA RÉDACTION
 
 
 
L’éphéméride pittoresque et insolite, les événements historiques du jour. Histoire, faits historiques liés à cette date

Emmanuel-Théodose de la Tour d’Auvergne, cardinal de Bouillon, naquit en 1643, du duc de Bouillon, frère du grand Turenne. A peine avait-il vingt-cinq ans, que son oncle lui obtint le chapeau de cardinal ; il eut aussi de riches abbayes, et la place de grand-aumônier de France. Ambassadeur à Rome en 1698, l’affaire du Quiétisme, si importante sous Louis XIV, aujourd’hui si oubliée, perdit à la cour le cardinal de Bouillon.

Le cardinal de Bouillon
Le cardinal de Bouillon

Uni par l’amitié avec Fénelon, et chargé des ordres du roi contre lui, il chercha à concilier ces deux devoirs. Il est constant par ses lettres qu’il ne trahit jamais son ministère en étant fidèle à son ami ; il pressait le jugement du pape, selon les ordres de la cour ; mais en même temps il tâchait d’amener les deux partis à une conciliation.

Un prêtre italien nommé Giori, qui était auprès de lui, l’espion de la faction contraire s’introduisit dans sa confiance, et le calomnia dans ses lettres, et poussant la perfidie jusqu’au bout, il eut la bassesse de lui demander un secours de mille écus, et après l’avoir obtenu, il ne le revit jamais. Ce furent les lettres de ce misérable qui perdirent le cardinal de Bouillon à la cour : le roi l’accabla de reproches,comme s’il avait trahi l’Etat. Il parut pourtant par toutes ses dépêches, qu’il s’était conduit avec autant de sagesse que de dignité.

Il obéissait aux ordres du roi en demandant la condamnation de quelques maximes pieusement ridicules des mystiques, mais il était fidèle à l’amitié, en éludant les coups que l’on voulait porter à la personne de Fénelon. Le roi, malheureusement, voulut que Fénelon fût condamné, soit aigreur contre lui, ce qui semblait au-dessous d’un grand roi, soit asservissement au parti contraire, ce qui semble encore plus au-dessous de la dignité du trône. Quoi qu’il en soit, il écrivit au cardinal de Bouillon, le 16 mars 1699, une lettre de reproches très mortifiante ; il déclare dans cette lettre qu’il veut la condamnation de l’archevêque de Cambrai. Le Télémaque faisait alors un grand bruit dans toute l’Europe, et les Maximes des Saints, que le roi n’avait point lues, étaient punies des maximes répandues dans le Télémaque qu’il avait lu.

On rappela aussitôt le cardinal de Bouillon. Il partit ; mais ayant appris à quelques milles de Rome, que le cardinal-doyen était mort, il fut obligé de revenir sur ses pas pour prendre possession de cette dignité, qui lui appartenait de droit, étant, quoique jeune encore, le plus ancien des cardinaux. La place de doyen du sacré collège donnait à Rome de très grandes prérogatives ; et, selon la manière de penser de ce temps-là, c’était une chose agréable pour la France, qu’elle fût occupée par un Français.

Ce n’était point d’ailleurs manquer au roi que de se mettre en possession de son bien, et de partir ensuite ; cependant cette démarche aigrit le roi sans retour : le cardinal, en arrivant en France, fut exilé, et cet exil dura dix années entières. Enfin lassé d’une si longue disgrâce, il prit le parti de sortir de France pour jamais, en 1710, dans le temps que Louis XIV semblait accablé par les alliés, et que le royaume était menacé de tous côtés.

Le prince Eugène et le prince d’Auvergne, ses parents, le reçurent sur les frontières de Flandre, où ils étaient victorieux. Il renvoya au roi la croix de l’Ordre du Saint-Esprit, et la démission de sa charge de grand-aumônier de France, en lui écrivant ces propres paroles : « Je reprends la liberté que me donnaient ma naissance de prince étranger, fils d’un souverain ne dépendant que de Dieu, et ma dignité de cardinal de la sainte Eglise romaine, et de doyen du sacré collège. Je tâcherai de travailler le reste de mes jours à servir Dieu et l’Eglise, dans la première place après la suprême, etc. ».

Sa prétention de prince indépendant lui paraissait fondée non seulement sur l’axiome de plusieurs jurisconsultes, qui assurent que, qui renonce à tout, n’est plus tenu à rien, et que tout homme est libre de choisir son séjour ; mais sur ce qu’en effet étant né à Sedan, il regardait sa qualité de prince indépendant comme un caractère ineffaçable ; et quant au titre de cardinal-doyen, qu’il appelle la première place après la suprême, il se justifiait par l’exemple de tous ses prédécesseurs, qui avaient passé incontestablement avant les rois à toutes les cérémonies de Rome.

La cour de France et le parlement de Paris avaient des maximes entièrement différentes. Le procureur-général d’Aguesseau, depuis chancelier, l’accusa devant les chambres assemblées, qui rendirent contre lui un décret de prise de corps, et confisquèrent tous ses biens. Il vécut à Rome, honoré quoique pauvre, et mourut victime du Quiétisme qu’il méprisait, et de l’amitié qu’il avait noblement conciliée avec son devoir. Il ne faut pas omettre que lorsqu’il se retira des Pays-Bas à Rome, on sembla craindre à la cour qu’il ne devînt pape. « J’ai entre les mains, dit Voltaire, la lettre du roi au cardinal de la Trémouille, du 26 mai 1710, dans laquelle il manifeste cette crainte.— On peut tout présumer, dit le roi, d’un sujet prévenu de l’opinion qu’il ne dépend que de lui seul ; il suffira que la place dont le cardinal de Bouillon est présentement ébloui, lui paraisse inférieure à sa naissance et à ses talents ; il se croira toute voie permise pour parvenir à la première place de l’Eglise, lorsqu’il en aura contemplé la splendeur de plus près. »

Ainsi, en décrétant le cardinal de Bouillon, et en donnant ordre qu’on le mît dans les prisons de la Conciergerie si l’on pouvait se saisir de lui, on craignit qu’il ne montât sur un trône qui était regardé alors comme le premier de la terre, par tous ceux de la religion catholique, et qu’en s’unissant avec les ennemis de Louis XIV, il ne se vengeât encore plus que le prince Eugène, les armes de l’Eglise ne pouvant rien par elles-mêmes, mais pouvant alors beaucoup par celles d’Autriche.

 
 
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