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Musique sous la dynastie mérovingienne

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Histoire des Français
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Musique sous la dynastie mérovingienne
(D’après « Histoire de la musique en France, depuis les temps les plus reculés
jusqu’à nos jours » (par Charles Poisot), paru en 1860)
Publié / Mis à jour le mercredi 13 novembre 2019, par LA RÉDACTION
 
 
 
Considérée comme la partie la plus exquise du savoir humain par les bardes irlandais et gaulois qui ajoutaient à la solennité du culte druidique en célébrant les belles actions des héros et en censurant les mauvaises moeurs privées, la musique fut une précieuse alliée du christianisme naissant sous l’empire romain, son succès ne se démentant pas du temps des premiers rois mérovingiens qui eurent à leur service des chanteurs et des symphonistes se faisant entendre lors des cérémonies publiques ou les repas des souverains

Dans son Historical memoirs of the Irish bards, Joseph Cooper Walker, membre de la Royal Irish Academy, affirme en 1786 qu’Amhergin, premier monarque d’Irlande, avait rang de chef des bardes. Cette dignité lui imposait le triple devoir du poète, de l’historien et du législateur. Les collèges des bardes étaient cachés dans la profondeur des bois de chêne. Là, les druides enseignaient à leurs disciples les éléments de l’histoire, de l’art oratoire et des lois, au moyen de la poésie, dans laquelle était renfermée toute la science de ces âges reculés. La musique était toujours jointe à cet enseignement multiple, oral, et qui durait de douze à vingt années environ.

Le mot barde vient de bâr ou barydd, qui signifie fureur ou exaltation poétique. Ces chantres fameux célébraient au son de la lyre ou de la harpe les faits et gestes des hommes vaillants, et ils savaient de mémoire les généalogies de tous les princes, qu’ils faisaient remonter en ligne directe jusqu’à Adam.

Ollamh irlandais (à droite) et barde héraldique (à gauche) ou filidhe. Lithographie de Charles Hamilton Smith (1776-1859) publiée dans The costume of the original inhabitants of the British Islands, par Charles Hamilton Smith et Samuel Rush Meyrick (1815)
Ollamh irlandais (à droite) et barde héraldique (à gauche) ou filidhe. Lithographie
de Charles Hamilton Smith (1776-1859) publiée dans The costume of the original
inhabitants of the British Islands
, par Charles Hamilton Smith et Samuel Rush Meyrick (1815)

En Irlande, dés que l’étudiant avait fini son travail, on lui conférait un bonnet appelé barred et le degré d’ollamh, ou docteur. Chaque profession étant héréditaire, les candidats au barred appartenaient nécessairement à certaines familles. Quand le jeune barde avait reçu le degré d’ollamh, le choix de sa profession était déterminé par celle de la famille à laquelle il appartenait. Il était filea, breitheamh ou seanacha, suivant sa naissance ; ces offices, qui avaient été longtemps réunis dans la même personne, furent ensuite séparés, ayant été considérés comme trop complexes pour être exercés par un seul homme.

Les ollamhain-re-dan ou filidhe étaient poètes ; ils traduisaient en vers les préceptes de la religion ; ils animaient les troupes avant et pendant le combat par des odes martiales ou des chants de guerre ; ils célébraient les faits valeureux et composaient des vers sur la naissance, le mariage ou la mort des chefs et des princes qui les entretenaient. Les filidhe étaient encore les hérauts et suivants fidèles des chefs qu’ils servaient ; ils marchaient à la tête des armées, vêtus de longues robes blanches flottantes, tenant des harpes brillantes dans leurs mains et environnés des orfidigh ou musiciens d’orchestre. Pendant le feu de la bataille, ils se tenaient à part et veillaient en sûreté (car leurs personnes étaient regardées comme sacrées) sur chaque action de leur chef. La muse animait leurs regards perçants ; quelques-uns même prétendaient au don de prophétie, et les plus instruits étaient admis dans l’ordre des druides.

Les breitheamhain ou brehons promulguaient les lois sur une sorte de récitatif, assis en plein air, au-dessus d’une éminence. Ils réunissaient les doubles fonctions de juges et de législateurs. Les seanachaidhe étaient antiquaires, généalogistes et historiens ; chaque province, chaque chef, chaque prince avait le sien.

Outre ces trois ordres de bardes, il y en avait un autre d’un genre inférieur qui comprenait tous ceux qui jouaient des divers instruments. Toutes les classes de cette profession étaient également héréditaires.

En Gaule, de même qu’en Irlande, les bardes immortalisaient par leurs vers les belles actions des héros ; puis, s’interposant dans les combats, ils faisaient souvent remettre l’épée au fourreau. Ils censuraient aussi les chefs dont la conduite n’était pas exempte de reproches.

Compris ainsi, le rôle de la musique devenait un véritable sacerdoce. S’allier à la majesté du culte en donnant plus de force et d’harmonie à la prière, apaiser les fureurs guerrières, enseigner l’histoire et les hauts faits, reprendre ceux qui agissaient mal, voilà de grands, d’immenses résultats.

Les instruments de musique dans l'antiquité classique (lyre, corne, barbiton, flûte...). Chromolithographie de 1910
Les instruments de musique dans l’antiquité classique
(lyre, corne, barbiton, flûte...). Chromolithographie de 1910

Sous la domination romaine, la Gaule reçut l’influence de la civilisation grecque ; mais les empereurs romains furent souvent cruels et sanguinaires. Ainsi, on assiste sous le règne de Néron à la disparition des druides, à la suite du massacre effectué sur l’île de Mona (Anglesey) en 60 après J.-C. Le culte des druides aboli, la noble profession des bardes dégénéra peu à peu sous l’action corruptrice des mœurs étrangères et païennes. Selon Athénée, ils devinrent courtisans et parasites. Cessant d’exercer leur salutaire influence sur la société, ils vendirent leurs chants pour un peu d’or, et encouragèrent le vice au lieu d’exciter à la vertu.

Les principaux instruments à cordes en usage dans la Gaule romaine, étaient : le barbiton ou luth ; le psaltérion à dix cordes, qui se touchait avec le plectrum ; les cithares à deux, quatre et huit cordes en lin fortement tendu. Parmi les instruments à vent, on comptait : la corne d’Uroch, le buccin marin, le sifflet de Pan, les trompettes droites et recourbées, la flûte simple, droite ou courbe, longue ou petite, puis la flûte double, en argent ou en bois. La cornemuse ou musette de nos montagnards, et le chalumeau, sont des restes curieux de notre ancienne instrumentation. Les instruments à percussion en usage alors, étaient les cymbales, les crotales, le sistre (d’origine égyptienne) et le tambour de basque.

Sous l’empereur Auguste (27 avant J.-C. - 14 après J.-C.), le christianisme naquit auprès de l’étable de Bethléem, et bientôt les apôtres répandirent la bonne nouvelle, les chrétiens se multipliant par les prédications éloquentes et surtout par le martyre. Dès son commencement, l’Église eut une liturgie, et les apôtres établirent successivement la Lecture de l’Évangile, le Salut au peuple, la Préface, le Canon ; en un mot, toutes les parties qui formèrent peu à peu l’ensemble du saint sacrifice de la Messe.

Dès l’an 104, on chantait des hymnes au Christ et le 42e canon des apôtres ordonne que le chanteur, de même que le sous-diacre et le lecteur, cesse ses fonctions ou soit mis hors du troupeau, « s’il s’adonne aux jeux de hasard et aux divers genres d’intempérance ». Au IIIe siècle, saint Denys d’Alexandrie, saint Cyprien et les canons du concile d’Elvire s’occupent de la liturgie, de même que le firent au IVe siècle les papes saint Sylvestre et Damase, saint Athanase, saint Cyrille de Jérusalem, saint Basile de Césarée, Prudence, etc. Diodore, évêque de Tarse, et Flavien d’Antioche introduisent dans l’Église le chant alternatif des psaumes que saint Ambroise importe un peu plus tard à Milan. Saint Hilaire de Poitiers, saint Loup, évêque de Troyes, Salvien de Marseille, Mamert, de Vienne et saint Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, jettent les bases de l’antique liturgie gallicane.

Au VIe siècle, saint Césaire d’Arles, Elpis, femme de Boèce, saint Benoît, patriarche des moines d’Occident, et saint Germain, évêque de Paris, composent un grand nombre d’hymnes. Enfin, au VIIe siècle, saint Grégoire le Grand compile l’antiphonaire, fonde le collège des chantres (plus tard chapelle papale), et établit l’usage des voix seules, sans orgue ni autre instrument de musique.

Clovis écoutant de la musique. Illustration (colorisée ultérieurement) de 1850
Clovis écoutant de la musique. Illustration (colorisée ultérieurement) de 1850

Des écoles de chant romain avaient été successivement établies dans les églises de Soissons, Metz, Tours, Strasbourg, Lyon et Dijon. Dans son ouvrage intitulé Chapelle-musique des rois de France (1832), le musicographe et compositeur Castil-Blaze (1784-1857) affirme que Clovis ne fut point insensible aux charmes de la musique. Désirant avoir à son service un virtuose fameux, un habile professeur, il fit demander à Théodoric, roi des Ostrogoths, le chanteur Acorède qui, désigné par le savant Boèce, vint à la cour des Francs réjouir les oreilles les plus aristocratiques. Grégoire de Tours rapporte qu’à l’inhumation de sainte Clotilde, la cérémonie se fit avec un chœur nombreux psalmodistes.

Vers l’an 554, Quintianus, évêque de Clermont, découvrit dans un monastère le jeune Gall, doué d’une voix si charmante que de toutes parts on venait l’admirer. Le prélat s’empressa de cultiver d’aussi heureuses dispositions, et le présenta à Théodoric, fils de Clovis, ainsi qu’à la reine sa femme. Ceux-ci, charmés, voulurent le garder à la cour. Le roi, qui l’avait pris en affection, l’emmena avec lui dans ses voyages, et lui donna l’évêché de Clermont, après la mort de Quintianus. Les vertus de Gall le firent canoniser.

Chilpéric, roi de Soissons (561-584) et le plus jeune des fils de Clotaire Ier, composa des hymnes dont Grégoire de Tours ne fait pas l’éloge ; l’excellent Gontran, second fils de Clotaire Ier et roi de Bourgogne et d’Orléans (561-592), mis par quelques auteurs au nombre des bienheureux, était si passionné pour la musique qu’il ne pouvait prendre ses repas sans entendre exécuter avec beaucoup de perfection les psaumes et répons de l’office divin. Nous n’affirmerions pas que le vertueux monarque n’ait souvent lui-même donné l’intonation ou dirigé l’exécution de cette société chorale, d’une date peu récente.

L’arrière-petit-fils de Clotaire et roi des Francs Dagobert Ier (629-639), dont le nom signifie chantre héroïque, était aussi un dilettante forcené. En assistant un jour aux vêpres de l’abbaye de Romilly, en bon chrétien qu’il était, son oreille est tout à coup frappée par les accents d’une voix admirable. Il devine aussitôt que ce ravissant organe ne peut appartenir qu’à une jolie femme. Devenu éperdument amoureux de sa cantatrice, la belle Nantechilde ou Nantilde, il n’hésite pas, malgré les obstacles, à répudier la reine Gomatrude pour épouser, en 629, la charmante recluse.

La Vie de saint Éloi fait mention d’un chantre de Clotaire II — fils de Chilpéric Ier et roi des Francs de 613 à 629 —, nommé, Maurin, que les applaudissements de la cour avaient rendu vain et présomptueux. On le voit, à plusieurs siècles de distance les défauts des chanteurs sont toujours les mêmes. Thierry III — roi des Francs de 679 à 691 — avait, dit-on, des joueurs de toutes sortes d’instruments qui, se joignant aux voix remarquables d’autres exécutants, formaient ensemble des concerts délicieux. Saint Ansbert, alors chancelier de ce prince, en était tellement transporté, qu’il s’écriait : « Ô mon Dieu, si vous donnez aux mortels une industrie capable d’élever ainsi nos âmes jusqu’à vous, que sera-ce d’entendre dans le ciel le cantique éternel des anges et des saints ? »

Dagobert Ier, roi des Francs (629-639). Gravure extraite du Recueil des effigies des rois de France avec un sommaire des généalogies, faicts et gestes d'iceux (1567)
Dagobert Ier, roi des Francs (629-639). Gravure extraite du Recueil des effigies
des rois de France avec un sommaire des généalogies, faicts et gestes d’iceux
(1567)

La chapelle-musique des rois de France fut d’abord établie dans la cathédrale de Paris, par saint Germain, évêque de cette ville et aumônier du roi Childebert — roi de Paris de 511 à 558. La dynastie mérovingienne avait donc à son service des chanteurs et des symphonistes ; mais ces virtuoses ne se faisaient entendre que pendant les cérémonies publiques ou pendant les repas du souverain. Quelquefois aussi, il y avait concert ou bal à la cour, et alors les musiciens étaient requis pour présider à l’esbattement joyeux des dames et des seigneurs.

Du IVe siècle au VIIe nous citerons parmi les mélodies immortelles qui ont vu le jour dans cette antique période et que le temps a respectées parce que leur beauté est vraiment inaltérable : 1° le Te Deum, hymne immense, chant d’une solennité incomparable, attribué à la collaboration de deux Pères de l’Église, saint Ambroise et saint Augustin ; 2° les hymnes de Noël et de l’Épiphanie : elles ont beaucoup de caractère, et sont attribuées à Sédulius, prêtre et poète, qui écrivait en 430, suivant Trithémius ; 3° le Vexilla regis prodeunt, composé par Fortunat, évêque de Poitiers, morceau inspiré par la Passion du Christ.

 
 
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