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Abracadabra. Origine, étymologie mots de la langue française - Histoire de France et Patrimoine


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Savoir : Mots, Locutions

L’étymologie de mots et l’origine de locutions de la langue française. Racines, évolution de locutions et mots usuels ou méconnus


Abracadabra
(D’après « Dictionnaire français illustré et encyclopédie universelle pouvant
tenir lieu de tous les vocabulaires et de toutes les encyclopédies »
(dirigé par Jean-François-Marie Bertet-Dupiney de Vorepierre) paru en 1860,
« Encyclopédie moderne, ou dictionnaire abrégé des hommes et des choses,
des sciences, des lettres et des arts, avec l’indication des ouvrages
où les divers sujets sont développés et approfondis »
(par Eustache-Marie Courtin) Tome 1 édition de 1827, « Dictionnaire
mnémonique universel de la langue française » (par Léger Noël) paru en 1857
et « Nouveau dictionnaire universel » (par Maurice Lachâtre) Tome 1 paru en 1869)
Publié / Mis à jour le vendredi 12 juillet 2019, par LA RÉDACTION

 
 
 
D’origine incertaine cependant que nombre d’auteurs le pensent dérivé du nom du dieu suprême des basilidiens Abraxas formé de sept lettres qui additionnées donnaient le nombre 365, le mot d’enchantement Abracadabra donna naissance à une figure magique à laquelle on attribuait le don de charmer diverses maladies et de guérir particulièrement la fièvre

Le mot sacramentel Abracadabra devrait toutes ses vertus à ce qu’il renfermait, disait-on, les initiales des mots hébreux qui désignent le Père, le Fils et le Saint-Esprit — Ab (le père), Ben (le fils), Ruach hakodesh (et le Saint-Esprit) —, et les initiales des mots grecs qui forment une phrase signifiant le salut vient du bois de la croix. Certains y voient plutôt une déformation de la formule araméenne qu’aurait prononcé Dieu en personne : « Evra kedebra », c’est à dire « Je créerai selon mes paroles »

Mais d’autres attribuent la puissance d’abracadabra au nom Abraca, le même qu’Abraxas ou Abrasax, que l’on croyait le plus ancien des dieux, divinité des basilidiens, mouvement gnostique fondée à Alexandrie par le philosophe Basilide au début du IIe siècle, disciple de Simon le Magicien affirmant que chaque homme possède deux âmes, une bonne et une mauvaise. Les sept lettres grecques de ce nom, écrit abraxas ou même abrasax, par métathèse, étant prises selon leurs valeurs numérales et additionnées, forment 365 (A=1, B=2, R=100, X=60, S=200) — d’après le système grec de numérotation —, nombre des jours de l’année ou de la révolution du soleil dans le zodiaque.

Représentation du dieu Abraxas
Représentation du dieu Abraxas

Ce nom contenait les noms des sept anges qui présidaient aux sept cieux, avec leurs 365 vertus, une pour chaque jour de l’année. Ces sept anges étaient des émanations de ce dieu. Selon la doctrine des gnostiques, il y avait 365 cieux qui se concentraient tous dans le premier ciel, siège de la divinité représentée par le symbole du soleil. Les gnostiques admettaient donc 365 intelligences constituant le plérôme ou plénitude des intelligences supérieures.

Les basilidiens écrivaient le mot Abraxas sur des pierres qu’ils regardaient comme des préservatifs, des amulettes ou des talismans procurant à ceux qui les possédaient la protection de ces intelligences, les préservant ainsi de la colère et de la séduction des esprits malintentionnés ; et c’est parce qu’on y trouve le mot Abraxas souvent écrit, qu’on a donné en général le nom d’abraxas ou d’abrasax à toutes les amulettes semblables.

Les inscriptions gravées sur ces pierres sont, la plupart du temps, composées de radicaux tirés de diverses langues, du grec, de l’hébreu, du cophte, etc. ; ce qui les rend très difficile à déchiffrer. Quelquefois même les mots en paraissent entièrement forgés. Il nous est impossible de décrire ici les diverses espèces de figures symboliques qui se trouvaient sculptées sur ces pierres : nous allons nous attarder sur une en particulier.

Pierre gnostique gravée à l'effigie d'Abrasax (chrysoprase représentant un serpent avec une tête de lion)
Pierre gnostique gravée à l’effigie d’Abrasax (chrysoprase représentant
un serpent avec une tête de lion)

La figure ci-dessus représente une belle chrysoprase, convexe des deux côtés et sculptée sur ses deux faces. Sur l’une des faces est une ligne droite, croisée par trois lignes courbes, et le mot abrasax. Sur l’autre face, on voit un serpent avec une tête de lion ornée d’une crinière, et de cette tête partent des rayons. Or, le serpent était, chez les Grecs, chez les Romains, chez les Égyptiens et chez les Orientaux, le symbole de la médecine. Il était encore un des nombreux emblèmes qui représentaient le soleil. Quant à la tête de lion, on sait que cet animal était l’emblème de la Tribu de Juda. Les Juifs avaient trouvé dans le nom hébreu du lion une foule de propriétés terribles. Il n’est donc pas étonnant que les gnostiques aient adopté ce symbole mystique, et aient ainsi représenté Jésus-Christ sous la forme de cet animal. Les rayons qui partent de sa tête indiquent sa divinité.

C’est sans doute à cause du nom de Mithras qu’on trouve également sur ces pierres et talismans, que saint Jérôme, et après lui plusieurs auteurs, ont cru que le dieu Abraxas n’était autre que Mithras, ou le Soleil, qui parcourt le zodiaque en 365 jours dans son cours annuel. Il existe encore un grand nombre d’amulettes sur lesquels est un Harpocrate assis sur son lotus, le fouet à la main, avec le mot Abrasax ; quelques-uns représentent un homme armé d’une cuirasse, tenant un bouclier d’une main et un fouet de l’autre, avec la tête d’un roi et des pieds de serpent.

Beausobre avance que par l’étymologie grecque de ce mot abraxas, il signifie le beau, le magnifique sauveur, celui qui guérit les maux et qui en préserve, le sauveur n’étant autre que le soleil.

Quoi qu’il en soit, le mot magique abracadabra serait issu du mot abrasax et d’abra, les quatre premières lettres de ce nom répétées, en retranchant l’X finale, et ajoutant la lettre D en place, pour former les onze lettres de chacun des trois côtés de cette figure magique qui est celle : 1° d’une pyramide renversée ; 2° d’un triangle équilatéral, symbole des trois personnes égales de la Trinité ; 3° du delta grec, lettre qui a remplacé sans doute pour cela l’X, dans le nom d’abrasax. Notons que la lettre C ayant remplacé dans abracadabra la lettre sigma des Grecs, ce mot mystérieux perd théoriquement toute sa vertu, cette dernière consistant dans la valeur numérique des lettres grecques qui le composent.

La figure magique associée à la formule abracadabra est la suivante :

ABRACADABRA
ABRACADABR
ABRACADAB
ABRACADA
ABRACAD
ABRACA
ABRAC
ABRA
ABR
AB
A

La croyance populaire attacha au mot abracadabra de grands mystères et surtout la propriété de guérir la fièvre. Dans la 193e lettre de Voiture, adressée à Costard, ce moyen est proposé en riant comme recette fébrifuge, et Ambroise Paré s’en moque en ces termes : « C’est un plaisir que d’entendre telle manière de faire la médecine, mais entre autres celle-ci est gentille, qui est de mettre ce beau mot abracadabra en une certaine figure qu’écrit Serenus pour guérir de la fièvre. »

C’est en effet Serenus Sammonicus, médecin du IIe siècle et sectateur de Basilide, qui composa un poème latin, en vers hexamètres, des préceptes de la médecine, marquant la disposition de ces caractères et indiquant l’usage de les écrire sur une plaque et de les attacher au cou des malades pour les guérir de leurs maladies : « Tu écriras sur une plaque le mot ABRACADABRA, et tu le répéteras plusieurs fois, en écrivant chaque mot au dessous de l’autre, et en en retranchant la dernière lettre, de manière qu’il forme une pyramide renversée ou un triangle équilatéral. »

Une fois le mot sacramentel écrit de cette façon sur un morceau de papier carré, il fallait plier ce morceau de manière à cacher l’écriture et le piquer en croix avec du fil blanc ; puis se le suspendre au cou avec un ruban de lin qui le laissait descendre jusque dans le creux de l’estomac. Quand on l’avait ainsi porté pendant neuf jours, on se rendait seul le matin avant le lever du soleil sur les bords d’une rivière ou d’un fleuve coulant vers l’orient ; on détachait du cou le billet magique, et, sans l’ouvrir, on le jetait derrière soi dans le fleuve, après quoi l’on s’en retournait guéri.


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