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Le « merveilleux-scientifique » marie science et mystère - Histoire de France et Patrimoine

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Merveilleux-scientifique :
mariant science et mystère
(Source : La Croix)
Publié / Mis à jour le samedi 8 juin 2019, par LA RÉDACTION
 
 
 
La BnF consacre une exposition inédite à ce pan inconnu de la littérature française du début du XXe siècle. Elle présente plus de 250 reproductions de documents méconnus, issus des fonds de la BnF : romans, feuilletons, affiches, « récits sous images » (précurseurs des bandes dessinées), articles prospectifs et de vulgarisation scientifique. Ils témoignent de la dissémination de l’esprit merveilleux-scientifique dans la culture médiatique et populaire au début du XXe siècle.

Dans cette période un peu floue (1900-1930), alors que la France est amputée de l’Alsace-Lorraine, qu’émergent des progrès sociaux, économiques et techniques, et que les artistes de l’art nouveau manifestent contre le style ancien et l’industrialisation, le public se passionne pour les aspects, fantaisistes et parfois fantastiques, des sciences et des techniques. Un fait culturel qui s’appuie sur un genre littéraire, méconnu du public d’aujourd’hui, le « merveilleux-scientifique ».

Un nouveau genre littéraire
Mais qu’est-ce donc que ce néologisme ? « Le merveilleux-scientifique se définit au moyen de trois critères », explique Fleur Hopkins, doctorante en histoire de l’art et commissaire de l’exposition que la Bibliothèque nationale de France consacre, jusqu’au 25 août, à ce genre littéraire.

Illustration de couverture (réalisée par Louis Bailly) de L'homme truqué de Maurice Renard. Affiche de l'exposition Le merveilleux scientifique
Illustration de couverture (réalisée par Louis Bailly) de L’homme truqué
de Maurice Renard. Affiche de l’exposition Le merveilleux scientifique

« Le récit n’est pas une œuvre de science-fiction, explique-t-elle, car il se déroule dans le présent et non dans le futur, et est construit dans un cadre rationnel. D’autre part, l’auteur choisit d’altérer une seule loi scientifique, physique, chimique ou biologique, permettant ainsi aux protagonistes de traverser la matière, de lire les pensées ou les rêves, ou de voyager dans l’infiniment petit. Enfin, il engendre du merveilleux, de la magie rationalisée », poursuit Fleur Hopkins, qui est également chercheuse invitée au département des Sciences et techniques de la BnF. « Cette pérégrination aux côtés de ces auteurs « chasseurs de chimères » et « scribes de miracles » révèle la richesse de l’imaginaire scientifique français, avant même l’avènement de la science-fiction américaine en 1926-1929 », insiste-t-elle encore.

À cette époque règne en maître l’immense Jules Verne (1828-1905), auteur d’« aventures scientifiques » dont près de 70 ont été publiées sous forme de romans et nouvelles de son vivant. Mais entre 1850 et 1914 apparaît également un noyau de scientifiques et d’ingénieurs adeptes de la « vulgarisation scientifique » qui se lancent dans l’écriture de livres et de revues didactiques, afin de raconter la science en train de se faire. Parmi eux, Camille Flammarion, Jean-Henri Fabre ou l’abbé mathématicien François Moigno qui dirigera Cosmos, édité par La Bonne Presse, l’ancêtre de Bayard.

Les intrus, ce sont donc ces écrivains de formation plus diverse (juriste, instituteur, professeur de lettres, médecin, polytechnicien), qui eux vont se lancer dans le « roman merveilleux-scientifique ». « C’est l’écrivain Maurice Renard (1875-1939) qui va structurer ce nouveau mouvement littéraire en rédigeant, en 1909 dans Le Spectateur, un manifeste dans lequel il entend rénover le genre du merveilleux-scientifique, contrée certes déjà visitée par Jules Verne ou par Herbert George Wells », observe Fleur Hopkins. Issu d’une famille de magistrats champenois, marqué par les romans de Dickens, Edgar Poe puis H. G. Wells, il étudie le droit avant de se consacrer à la littérature et d’ouvrir un salon parisien. Il publiera plus d’une trentaine de romans et nouvelles.

Des scenarii souvent envoûtants
Dans Le Docteur Lerne, sous dieu (1908), Maurice Renard aborde, à l’instar d’un récit de H. G. Wells, le thème du savant fou. À la différence près que, cette fois, c’est l’auteur lui-même qui fait l’objet d’une expérience de greffe de cerveau par un chirurgien fou, le docteur Lerne. Une histoire qui a été adaptée avec Jacques Dufilho à la télévision. Avec Le péril bleu (1910), l’auteur nous met en présence d’habitants de la haute atmosphère, ressemblant à des araignées invisibles, et plus avancés que les hommes. Ils capturent et dissèquent les Terriens mais, s’apercevant qu’ils sont capables de souffrir et de penser, ils font preuve « d’humanité » et cessent leurs expériences. L’auteur fait ici référence à la vivisection.

Dans L’Homme truqué (1921), Maurice Renard met en scène un mutilé des tranchées de la Grande Guerre qui, en recouvrant la vue à la suite d’une expérience médicale, devient un surhomme. Au-delà de l’aspect fantastique, l’auteur veut témoigner du traumatisme subi par nombre d’anciens combattants. Enfin dans Un homme chez les microbes (1928), l’auteur raconte l’histoire d’un jeune homme qui, après avoir subi un procédé de rapetissement, se trouve projeté dans l’univers microbien, où les individus possèdent les mêmes défauts que les hommes.

Dans cette aventure, Maurice Renard est entouré d’une dizaine de disciples. Parmi eux Théo Varlet, un poète-écrivain auteur de La Grande Panne, un récit cataclysmique où une femme pilote revenant de la Lune répand sur la Terre un lichen mortel d’origine extraterrestre. Un autre complice, Gustave Le Rouge, raconte l’histoire du Mystérieux docteur Cornélius qui n’est autre qu’un « sculpteur de chair humaine », inventeur de la carnoplastie, une technique permettant à une personne de prendre l’apparence d’une autre.

Le Mystérieux Docteur Cornélius, de Gustave Le Rouge
Le Mystérieux Docteur Cornélius, de Gustave Le Rouge

Des écrivains femmes et hommes d’église
La fine équipe comprend aussi des femmes. Ainsi Noëlle Roger (Le Nouvel Adam, 1924) et Danielle d’Arthez (L’Or du pôle, 1900). Quant à Jean L’Escap (pseudonyme masculin), elle a écrit L’homme qui fabrique la chair humaine, un roman presque d’actualité au moment où un biologiste néerlandais tente de fabriquer de la viande à partir de cellules souches de bœuf.

Enfin, il est quelque peu étonnant de découvrir que dans ce courant littéraire s’inscrit également un homme d’Église, Lucien Roure, jésuite et rédacteur à la revue études, qui surfa sur la vague (et la vogue) du spiritisme en écrivant en 1917 un roman intitulé Merveilleux spirite. Dans tous ces récits, « chaque intrigue s’élabore autour de l’invention ou la modification d’une loi physique qui propose dès lors au lecteur de regarder le monde connu la tête en bas, ou au travers d’un miroir déformant », explique encore Fleur Hopkins.

Renseignements pratiques
Exposition Le merveilleux-scientifique
Bibliothèque François-Mitterand — Quai François Mauriac — 75706 Paris Cedex 13
Jusqu’au 25 août 2019
Site Internet : https://www.bnf.fr/fr/agenda/le-merveilleux-scientifique

Denis Sergent
La Croix

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