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Le mot de Cambronne devant l'Académie française - Histoire de France et Patrimoine


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Anecdotes insolites

Petite Histoire de France et anecdotes, brèves et faits divers insolites, événements remarquables et curieux, événements anecdotiques


Mot (Le) de Cambronne
devant l’Académie française
(D’après « Comoedia » du 19 novembre 1926
et « Petits mensonges historiques » (par Henri Gaubert) édition de 2012)
Publié / Mis à jour le mercredi 22 mai 2019, par LA RÉDACTION

 
 
 
Lors de la séance du 18 novembre 1926, les Immortels débattirent notamment au sujet de l’éventuelle entrée, dans la huitième édition du Dictionnaire, du juron « Merde ! » prêté — de façon erronée — au général Cambronne à l’issue de la bataille de Waterloo le 18 juin 1815 : la célèbre interjection fut alors recalée

Les séances du Dictionnaire n’ont pas toujours cette morgue sévère que l’on prête aux réunions des Quarante, rapporte Comoedia dans son numéro du 19 novembre 1926, la journée précédente ayant été consacrée en grande partie à la lecture des discours destinés à être lus le jeudi suivant sous la Coupole, à l’occasion de la réception de Louis Bertrand par Jules Cambon.

« Cette solennité qui est de tradition quai Conti, poursuit Comoedia, se termina par le rituel éloge du directeur qui, à l’exemple de ses prédécesseurs, se leva à l’issue de cette répétition générale « pour dire le plus grand bien du discours et pour promettre à leurs auteurs un grand succès » ainsi que l’assure en cette solennelle circonstance, et chaque fois que le cas se présente, le compte rendu officiel de l’Académie.

« Après sa comparution devant le conseil de lecture, dont la bienveillance est toujours acquise aux néophytes dans l’humaine immortalité, M. Louis Bertrand, qu’accompagnaient ses deux parrains, fut admis « aux honneurs de la séance » où les immortels présents s’occupaient précisément de l’indésirable substantif lancé jadis par le général Cambronne, à la figure de nos bons alliés anglais.

« Le successeur de Maurice Barrès recula d’horreur, un peu indigné que de tels propos fussent prononcés en si bonne compagnie, car ce mot a de nombreuses acceptions et les immortels avaient conçu de les discuter toutes, comme de pudiques magistrats expédient en une seule audience des débats trop scabreux. »

L’histoire officielle rapporte qu’au soir de la bataille de Waterloo, l’armée française, décimée, taillée en pièces par les forces anglo-allemandes, battait en retraite en direction de Charleroi. L’arrière-garde, constituée par trois bataillons de la Garde impériale, se repliait, tout en combattant, sur Belle-Alliance ; un de ces bataillons marchait sous le commandement du général Cambronne qui, à cheval, le visage noir de poudre et les habits déchirés par la mitraille, dirigeait cette difficile opération stratégique.

La nuit commençait à tomber. Un officier anglais, jugeant désespérée la situation du dernier carré, cria aux Français de se rendre. Et Cambronne, furieux, de répondre à cette sommation par un seul mot, très énergique, et assez connu désormais, ce terme quelque peu scatologique allant bientôt être remplacé, dans la légende napoléonienne, par la phrase d’un style plus académique : « La Garde meurt et ne se rend pas ! »

À vrai dire, Cambronne ne prononça ni la phrase ni le mot. Concernant la phrase, c’est un certain Rougemont, journaliste à la plume inventive, qui, dans la journée du 23 juin 1815, créa de toutes pièces la fameuse réponse, et la plaça dans la bouche du général Cambronne ; le lendemain, il la faisait paraître dans le Journal Général de France. En passant par le canal de quatre journaux différents, elle subit plusieurs métamorphoses avant d’aboutir à sa forme définitive : « La Garde meurt et ne se rend pas. »

Quant au mot de Cambronne, qui n’obtint de succès que vers 1830, soit quinze ans après la bataille, il n’a aucun rapport avec le général. En 1815, le capitaine de vaisseau Collet (celui-là même qui, avec le grade de contre-amiral, dirigera plus tard les opérations du blocus d’Alger), commandant à ce moment la Melpomène, rencontra devant Ischia le navire anglais Rivoli ; sommé de se rendre, Collet répondit au commandant anglais ce mot, très éloquent dans sa brièveté : « Merde ». Ceci se passait exactement quarante-neuf jours avant Waterloo.

La coïncidence est troublante. Et, tout en se gardant de romancer l’histoire, on peut bien admettre que la légende ait préféré emprunter au héros de cet obscur combat naval le fameux juron monosyllabique, pour le mettre sur les lèvres de Cambronne.

Toujours est-il que, loin de ces considérations historiques, le problème de l’admission du juron au sein du Dictionnaire se posait aux académiciens. Allait-on l’admettre dans le code de la langue ? Louis Bertrand qui avait là une belle occasion de participer pour la première fois au travail du Dictionnaire, ne dit mot, par contre, Jean Richepin fit une spirituelle communication sur les titres de noblesse du mot, de ce terme si expressif dont il est impossible de trouver un aussi éloquent synonyme, rapporte Comoedia.

Bref la question se posait : le substantif n’est pas français et sa suppression devait être décidée ; ou bien il est de bon usage et légitimement français. Les Quarante délibérèrent longuement puis rendirent le verdict suivant : « Merde restera français avec sa définition substantive mais l’exclamation ne sera pas admise ».

C’est seulement dans la 9e édition du Dictionnaire, pour l’heure non achevé et dont le premier tome parut en 1992 que le juron fit son entrée.

Petits mensonges
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édité par La France pittoresque : 22 enquêtes haletantes sur des citations historiques célèbres qui cependant n’ont jamais été prononcés. Quand Histoire et légende s’entremêlent

Petits mensonges historiques, par Henri Gaubert. Éditions La France pittoresque


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