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Histoire du costume, costumes anciens : costume militaire, Charles VII quinzième siècle (XVe) - Histoire de France et Patrimoine


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Mode, Costumes

Variations des costumes depuis les Gaulois jusqu’au XIXe siècle. Histoire du costume, vêtement, coiffures, chaussures. Mode vestimentaire


XVe siècle (Costume militaire au),
sous le règne de Charles VII
(D’après un article paru en 1847)
Publié / Mis à jour le jeudi 7 octobre 2010, par LA RÉDACTION

 

Jamais il n’y eut plus de luxe ni plus de fantaisie dans le costume militaire que du temps de Charles VII. Cela tint à la condition des armées pendant une partie de ce règne. A la faveur de la perturbation générale, les sociétés militaires, déjà éprouvées sous le roi Jean, s’étaient formées de nouveau ; en peu de temps, elles étaient devenues l’unique force du royaume contre la coalition de la Bourgogne et de l’Angleterre. Leur effectif n’était qu’un ramas d’Espagnols, de Lombards, d’Écossais ou de Bretons, mêlés avec les Français des provinces conquises qui n’avaient pas voulu prêter serment à l’étranger. Composées de la sorte, elles n’avaient garde de compter le salut public comme le premier de leurs devoirs. Leur patrie était le camp, leur but la guerre, la guerre qui procure au soldat de l’or et du butin, qui lui donne la possession des biens que sa main peut atteindre, la royauté de la terre que son regard peut embrasser.

Aussi, tandis que les villes et les campagnes étaient en proie à une misère sans exemple, l’abondance régnait au sein des compagnies ; elles traînaient avec elles les dépouilles de la nation autant que celles de l’ennemi. Quel usage faire de ces richesses pour des gens réduits, la plupart, à la perspective de mourir sous le harnais ? Ils les dépensaient en belles armures et en beaux vêtements. Plus l’homme de guerre se faisait somptueux, plus il croyait donner la preuve de sa valeur ; car s’il étalait sur sa personne des objets d’un grand prix, c’est qu’il avait eu le mérite de les gagner.

Une pareille idée excluait nécessairement celle de l’uniforme ; et en effet, les compagnies ignorèrent toujours ce grand principe de la discipline militaire. Les gens d’origine si diverse qui les composaient n’avaient pour s’habiller d’autre règle que leur caprice : aussi les rangs présentaient-ils à l’oeil la confusion la plus étrange. Tel avait marié en costume français des pièces de l’armure italienne ou espagnole ; tel, au contraire, conservait dans sa rigueur les modes de son pays. Comme un souffle précurseur de la Renaissance portait déjà les esprits à l’imitation de l’antique, quelques-uns cherchaient à copier, non pas les Grecs et les Romains, mais les costumes de convention sous lesquels les artistes du temps représentaient Alexandre le Grand, Hector de Troie, César de Rome et le reste des preux.

Clovis sous la figure de Charles VII, accompagné d'un arbalétrier et d'un cranequinier, en costume militaire de parade (d'après une tapisserie de la ville de Reims)
Clovis sous la figure de
Charles VII,
accompagné d’un arbalétrier
et d’un cranequinier,
en costume militaire de parade (d’après
une tapisserie de la ville de Reims)

Tout cela était admis par les capitaines, qui n’avaient souci de la façon ni des couleurs, pourvu que l’équipement fût complet. L’ancienne distinction des militaires en gens d’armes et gens de trait subsistait toujours. Les premiers devaient être munis de plein harnais, c’est-à-dire de toutes les pièces de l’armure plate qui s’était complétée sous le règne précédent. Il n’est pas inutile de reprendre l’énumération de toutes ces pièces qui, en vingt ans, avaient presque toutes changé de forme ou de nom.

Comme coiffure, la salade navarraise avait remplacé le bassinet, mais en empruntant à ce dernier la visière qu’elle n’avait pas à l’origine. Son règne d’ailleurs n’était pas absolu. Concurremment avec elle était porté l’armet, chose ancienne sous un nom nouveau. On commença par dire un heaumet, parce que ce casque était un petit heaume arrondi sur le sommet de la tête, muni par derrière d’une gouttière pour couvrir la nuque, et sur le devant d’une visière grillée ou vue. Il se laçait après un hausse-col de fer qui montait tout droit jusqu’à la hauteur de la bouche, et qu’on appelait bavière. Le personnage de Clovis, figuré ci-contre, est coiffé d’un armet avec couronne et cimier. Par-dessous la bavière, le cou était encore protégé par le gorgerin, véritable cravate en mailles de fer.

La cuirasse, sur le haut de laquelle s’appuyait la bavière, n’était pas de deux pièces ; elle était formée au moins de quatre morceaux se joignant de manière à pouvoir glisser les uns sur les autres, et se prêtant ainsi aux flexions du buste. On en voit un exemple par celle de nos figures qui représente un capitaine de gens d’armes réguliers. Les lames qui couvraient les flancs au-dessous de la cuirasse étaient devenues les flancars, de sorte que la dénomination de faudes s’était restreinte aux plaques pendantes, qui servaient à renforcer sur le haut des cuisses la petite jupe de mailles, dite braies d’acier.

Capitaine de compagnie de l'armée régulière (d'après Willemin, Monuments inédits)
Capitaine de compagnie
de l’armée
régulière (d’après Willemin,
Monuments inédits)

L’armure des bras se composait de brassards avec leurs gardes. Les gardes étaient des pièces de surcroît dont on garnissait les épaules et les coudes pour préserver ces parties des atteintes de la lance : celle du coude s’appelait le grand garde-bras, à cause de son ampleur, qui était souvent telle qu’on aurait dit un petit bouclier posé à demeure sur le bras. Par-dessous jouait la coudière ou double du garde-bras. La garde de l’épaule venait presque toucher le bord supérieur du grand garde-bras, tandis que le bracelet ou revers du gantelet en joignait le bord inférieur. Les gantelets étaient de fer ou d’acier. Le harnais de jambes consistait en jambières et cuissots avec les gardes et double des genoux. Ces gardes, par leur forme et par leur dimension, faisaient pendant avec celles des bras. Enfin des souliers de fer à poulaine et des éperons à longue fige, munis d’une molette énorme, formaient les pièces de chaussure.

Tel était l’équipement de l’homme d’armes, et tel encore celui des chevaliers, seigneurs, barons, de tous ceux en un mot pour qui la profession militaire était une obligation de naissance. Les pièces en sus étaient facultatives, ainsi que les garnitures d’étoffe dont il fallait s’attifer soi et sa monture pour être un cavalier accompli. Le harnais s’appelait harnais blanc, lorsqu’il était de fer ou d’acier poli ; c’était la façon préférée pour la guerre. Pour les joutes et les tournois, on se servait de harnais brunis vernis en couleur ou dorés. L’industrie n’en était pas encore venue à exécuter de ces belles pièces ciselées ou damasquinées, qu’on voit dans presque toutes les collections d’antiques. L’armure, du temps de Charles VII, ne recevait sa décoration que du marteau. Des incrustations d’émaux et de pierreries étaient le dernier degré du luxe qu’on sût y apporter. C’est par là que les princes et chefs d’armée se distinguaient.

Les gens de trait ne formaient plus uniquement de l’infanterie comme autrefois. Deux ou trois archers à cheval étaient attachés à la personne de chaque homme d’armes. Quant aux fantassins, ils formaient dès lors des corps à part, annexés aux compagnies, moins pour suivre leurs mouvements que pour défendre l’artillerie dont elles étaient pourvues. L’armure des gens de trait consistait en salades, en cuirasses ou demi-cuirasses, et en quelques pièces du harnais des bras ou des jambes. Ceux qui n’avaient que la demi-cuirasse ou plastron de fer appliqué sur la poitrine, portaient par-dessous un jaque (hoqueton du siècle précédent). Plastron et jaque étaient remplacés chez d’autres par la brigandine, cuirasse légère formée de petites lames ou d’écailles de fer cousues sur une peau chamoisée. Les piétons de certaines compagnies, appelés brigands dans le midi de la France, furent les inventeurs et les parrains de cette arme défensive.

Costume militaire sous Charles VII
Costume militaire sous Charles VII

Nous donnons en gravure des échantillons différents du costume des gens de trait. Les deux qui accompagnent le roi Clovis sont des arbalétriers : l’un, armé de plastron par-dessus un fort jaque à collet droit, pose un carreau sur l’arbrier de son arme, dont il tendra ensuite la corde avec le crochet qu’on voit pendu à sa ceinture ; l’autre, tenant entre ses dents le trait qu’il se dispose à lancer, tend son arbalète au moyen d’un treuil dont il est occupé à tourner la double manivelle. Ce treuil, qu’on adaptait à l’arbalète au moment de la bander, se retirait ensuite et se portait à la ceinture. On l’appelait crennequin, et les arbalétriers qui en faisaient usage étaient des crennequiniers.

L’archer représenté en fin d’article est muni de gardes aux genoux et habillé d’un jaque qui rappelle le costume dans lequel le sire de Ternant parut à une joute très célèbre, tenue à Arras en 1446. « En lieu de sa cotte d’armes, dit Olivier de La Marche, il avait vêtu une parure à manches d’un satin blanc tout découpé en manière d’écailles, brodée et chargée d’orfèvrerie d’or branlant par moult gente façon. Et me fit souvenir à le voir de l’un des neuf preux, ainsi qu’on les figure. »

Le petit turban roulé autour de la salade de notre archer décèle encore la prétention de l’artiste à lui donner l’allure des temps héroïques. Il n’a rien, du reste, qui ne soit conforme à la tenue des soldats de la même arme qui combattirent sous les Dunois, les Chabannes les Xaintrailles. On remarquera qu’il porte ses flèches bottelées à sa ceinture, tandis que les carreaux des arbalétriers étaient enfermés dans des trousses. L’arc si simple qu’il tient à la main mérite aussi quelque attention : c’est l’arme redoutable des Anglais, celle qui leur fit gagner les batailles de Crécy, de Poitiers, d’Azincourt. Peu goûtée des Français elle ne se trouva dans leurs rangs que par exception, jusqu’au moment où Charles VII les contraignit de s’y exercer.

Ceci nous amène à parler de l’un des plus grands changements qui se soient opérés dans l’organisation des forces militaires de notre pays. Charles VII avait toujours haï l’indépendance des compagnies et les vices qui en provenaient. En 1444, se sentant assez fort pour y mettre ordre, « il avisa, disent les chroniques, qu’à tenir tant de gens sur les champs, vivant de la substance de son peuple, ce n’était que toute destruction ; et après avoir bien considéré qu’à chacun combattant fallait avoir dix chevaux de bagage et de fretin, comme pages, femmes, valets, et toute telle autre manière de coquinaille, il arrêta par grande délibération de son conseil que tous les gens d’armes feraient leurs montres (revues), et que des mieux habillés et des plus gens de bien on retiendrait quinze cents lances, et qu’au demeurant serait ordonné de s’en aller chacun en leur maison.

« Et ôta et chassa tous les capitaines ou la plupart d’iceux, et ordonna rester seulement quinze capitaines qui auraient chacun sous soi cent lances. Et était chacune lance d’un homme d’armes armé de cuirasse, harnais de jambes, salade, bavière, espée et tout ce qu’il faut à un homme armé au clair, ses salade et espée garnies d’argent. Lequel homme d’armes avait trois chevaux de prix, l’un pour lui, l’autre pour son page qui portait sa lance, le tiers pour son valet, lequel était armé de salade, brigandine, jaque ou haubergeon, portant hache ou guisarme. Et chacune lance avait, avec ce, deux archers armés, la plupart, de brigandine, harnais et salade, dont plusieurs étaient garnis d’argent ; pour le moins iceux archers avaient tous des jaques ou bons haubergeons. Et tous ceux qui étaient de cette ordonnance de quinze cents lances étaient payés de mois en mois, soit que le roi eût la guerre ou non. Et les payaient les gens du plat pays et des bonnes villes par une taille que ledit roi avait imposée (ce qu’on n’a jamais fait), laquelle on appelait la taille des gens d’armes. Et avait chacun homme d’armes quinze francs pour ses trois chevaux ; à savoir, lui, son page et un guisarmier on coutilier ; et chacun archer, pour lui et son cheval, sept francs et demi par mois. »

Cette première ordonnance ne concernait que la cavalerie. Avant qu’on en vint à la création d’une infanterie, il fallut encore quatre ans de projets et d’études. L’aversion du roi pour l’ancien mode de recrutement fit qu’on chercha sur le sol même les éléments de la nouvelle force destinée à sa défense. Il fut décidé enfin que chaque paroisse élirait un homme de sa circonscription, qu’elle serait tenue d’alimenter et de munir d’un équipement de fantassin, à charge pour celui-ci de s’exercer au maniement de l’arc, et d’être toujours prêt à partir au mandement du roi. Cela formait un contingent d’environ 18 000 hommes qu’on appela les francs archers, parce qu’ils furent, par un privilège spécial, exemptés ou francs de toutes les charges publiques.

Tel fut le commencement de nos armées permanentes. Pareille chose ne s’était vue en France depuis le temps des Romains. L’Europe entière en admira les premiers résultats, qui furent la conquête de la Normandie et celle de la Guyenne, simultanément opérées en moins d’un an, sans incendie, sans pillage, sans massacre ni rançonnement des populations.

On pense bien que la nouvelle organisation ne fut pas sans influence sur la tenue militaire. Les gens d’armes, réduits à leur paye, ne purent plus s’abandonner aux folies du temps passé, et quoiqu’ils ne fussent encore astreints ni à l’uniforme ni à la simplicité du costume, ils s’habituèrent peu à peu à mettre leur amour-propre dans la précision de leurs mouvements et l’ensemble de leurs manoeuvres. L’or, le velours, les panaches servirent à consoler de leur infériorité militaire les corps de noblesse que le service féodal amenait aux armées. Les cérémonies guerrières tiraient de ce contraste un grand éclat. Au dire de tous les contemporains, c’était un spectacle que celui que présentaient à la fois la discipline des compagnies régulières et la magnificence des chevaliers. Voici quelques traits empruntés au récit de l’entrée des Français à Rouen par Matthieu de Coussy. Cette cérémonie eut lieu le 10 novembre 1449.

« Les premiers qui entrèrent furent quarante archers qui appartenaient au comte de Clermont, beau-fils du roi ; et avaient brigandines et harnais de jambes, et leurs salades, pour la plus grande partie, garnies d’argent, et si portaient hoquetons rouges sans croix. Ils allaient deux à deux par ordre, et les conduisait un gentilhomme de la maison du comte. Après suivaient les archers de messire Charles d’Anjou, qui étaient au nombre de cinquante, et qui avaient sur leurs salades des cornettes pendant jusque sur leurs chevaux, et portaient hoquetons rouges découpés dessous sans croix ; lesquels conduisait leur capitaine armé de plein harnais ; et portait-on l’enseigne dudit messire Charles après lui.

Archer de la suite d'un prince
Archer de la suite d’un prince

« En ensuivant iceux, allaient cinquante archers ou environ, fort bien habillés, qui appartenaient au roi de Sicile, et avaient sur leurs salades des cornettes aux couleurs dudit roi ; c’est à savoir, de gris, de blanc et de noir taffetas. Après vint la grande garde du roi, archers et crennequiniers, de cent à six vingts, qui étaient encore mieux équipés que tous les autres, et portaient des hoquetons sans manches, de cramoisi, de blanc et de vert, tous chargés d’orfèvrerie, ayant leurs plumets sur leurs salades des mêmes couleurs que l’hoqueton, et leurs épées et harnais de jambes garnis richement d’argent.

« Iceux archers étaient suivis de trois cents lances qui avaient sur leurs salades chacun une cornette de taffetas cramoisi avec un soleil d ’or ; et les conduisait messire Théode de Valpergue, bailli de Lyon, qui séait sur un destrier noir, couvert de satin bleu. Après entrèrent les trompettes du roi de Sicile et des autres seigneurs, qui étaient au nombre de douze environ. Après iceux suivaient les trompettes du roi de France, qui étaient au nombre de six, fort bien habillés des parures du roi. Après venaient les rois d’armes du roi et des autres seigneurs, vêtus des cottes d’armes de leurs maîtres, qui pouvaient être environ vingt-quatre.

« En outre entra le seigneur de Gaucourt, premier chambellan du roi, qui séait sur un coursier couvert de satin cramoisi, la croix blanche par-dessus. Après vinrent le comte de Dunois, le sénéchal de Poitou, et Jacques Coeur, argentier du roi, tous trois habillés de semblable parure ; savoir, de jaquettes de velours violet, fourrées de martres, et les houssures de leurs chevaux toutes pareilles, bordées de fin or et de soie, excepté la houssure de l’argentier qui était de satin cramoisi. Et était estimée l’épée du comte de Dunois à la valeur de 20 000 écus d’or, car il y avait de riches pierreries dessus.

« Après entra Jean de Fontenil, écuyer d’écuyerie, qui portait en écharpe un manteau d’écarlate pourpre, fourré d’hermine, qui était le manteau du roi. Si avait-il sur la tête un chapeau pointu par devant, de velours rouge, et son cheval houssé de velours. Après entra Poton, seigneur de Xaintrailles, premier écuyer du roi, et bailli de Berry, monté sur un grand destrier couvert de velours azur à grandes affiques (palmettes) d’argent doré, armé tout à blanc, qui portait en écharpe l’épée de cérémonie du roi, dont le pommeau et la croix étaient d’or, et la ceinture et le fourreau couverts de fleurs de lis d’or sur velours bleu.

« En après entra ce très excellent et très puissant souverain prince, Charles, roi de France, septième de ce nom, monté sur un palefroi de moyenne grandeur, lequel était couvert d’un drap d’azur semé de fleurs de lis d’or ; et était armé de plein harnais, exceptées la salade et la bavière, car avait sur son chef un chapeau de bièvre gris, fourré de satin vermeil, avec une houppette dessus de fil d’or et de soie ; et sur le devant était un petit fermail sur lequel y avait un fort beau et riche diamant ; et étaient autour de lui quatre pages qui avaient robes vermeilles et les manches chargées d’orfèvrerie, dont l’un portait la lance, le second, la javeline, le troisième la hache, et le quatrième le crennequin et une targette. Chacun d’eux portait habillement de tête différent de l’autre, bien garni d’or sans pierreries, avec plumes par-dessus des couleurs du roi.

« Après iceux pages venait, bien accompagné, le bailli de Caen, qui portait l’étendard du roi. Ensuite entra le roi de Sicile (René d’Anjou), lequel avait vêtu une journade (sorte de camisole se mettant par-dessus la cuirasse) de drap d’or bien riche sur son harnais, avec la croix blanche par-dessus, et y avait quatre hommes d’armes à pied qui étaient auprès de lui. Assez près de lui venait son frère, messire Charles d’Anjou, qui était habillé presque semblablement audit roi de Sicile, et avaient ces deux seigneurs leurs chevaux couverts très richement.

« Après entra Charles, comte de Nevers, monté sur un coursier bai, couvert de velours vert brodé de grandes lettres faites de fil d’or où il y avait des franges de soie blanche et vermeille, et avait, de plus, quatre piges en fort bel état, et douze gentilshommes de son hôtel, lesquels avaient leurs chevaux couverts de taffetas vermeil avec la croix blanche par-dessus. Après venait celui qui eut bien sa part, du bruit et des regards de la journée, savoir, Louis de Luxembourg, comte de Saint-Pol, qui était monté sur un coursier pommelé, couvert de satin bleu, chargé d’orfèvrerie, bordé de franges de fil d’or et de soie. Il avait autour de lui cinq pages vêtus fort richement de la couleur dessus dite, desquels les harnais et salades de tête étaient très richement garnis. On portait après lui deux lances, dont l’une était couverte de drap d’or, et l’autre de velours violet ; et si avait-il affublé un chaperon de satin découpé, fourré de menu vair. Après les pages dessus dits, paraissait le palefrenier qui menait en main un grand coursier couvert de drap d’or, etc., etc. »

Il s’en faut que le prolixe historien borne son récit à l’énumération qu’on vient de lire. Chaque seigneur présent est nommé à son tour avec le soin religieux qu’on mettrait à signaler les prouesses d’une légion de héros le lendemain d’une bataille : préoccupation futile, mais qui montre à la fois l’admiration de la multitude pour ces sortes de spectacles, et la gloire que les grands mettaient à y figurer. Cette passion de briller sous les armes se donnait carrière avec bien plus de liberté encore dans les joutes et tournois. Là, chaque épreuve était l’occasion d’une exhibition nouvelle, où chaque concurrent tenait à se montrer dans un costume différent avec tout le monde de sa maison. Une citation du roman de Jean de Saintré suffira pour faire comprendre ce que de pareilles fêtes pouvaient coûter à ceux qui en faisaient les frais. Jean de Saintré, simple écuyer tranchant du roi de France, raconte à sa dame les préparatifs qu’il a faits pour accomplir ses premières armes :

« Il devisa tout au long ce qu’il avait fait, et comment il avait, pour le suivre, trois chevaliers avec quatorze chevaux, neuf écuyers avec vingt-deux chevaux, un chapelain avec deux chevaux, le roi d’armes d’Anjou avec deux chevaux ; deux hérauts, quatre trompettes et deux tambourins avec dix chevaux ; plus, quatre très beaux et puissants destriers que beaux petits pages devaient chevaucher, avec deux varlets à cheval pour les panser ; deux queux (cuisiniers) avec trois chevaux ; un fourrier, un maréchal et un armurier avec quatre chevaux ; huit sommiers, quatre pour moi, ce dit-il, et quatre pour ma compagnie, et douze autres gens à cheval pour ma chambre servir, et tel à trois chevaux pour maître d’hôtel : somme toute, quatre-vingt-neuf chevaux qui tous seront vêtus de vos couleurs et de votre devise.

« Et quant au regard de mes parements, j’en ai trois qui sont assez riches, dont l’un est de damas cramoisi, très richement broché de drap d’argent, qui est bordé de martres zibelines ; et en ai un autre de satin bleu, losangé d’orfèvrerie à nos lettres, qui sera bordé de fourrure blanche ; et si en ai un autre de damas noir dont l’ouvrage est tout parfilé de fil d’argent, et le champ rempli de houppes couchées en plumes d’autruche vertes violettes et grises à vos couleurs, bordé de houppettes blanches aussi d’autruche, avec mouchetures noires en façon d’hermine. Et sur cestui, j’entends faire mes armes à cheval. Et si en ai un autre, et ma cotte d’armes toute semblable, sur lequel je viendrai aux lices pour faire mes armes à pied, qui est de satin cramoisi tout semé de paillettes d’or, émaillé de rouge clair avec une grande bande de satin blanc semée de paillettes d’argent à trois lambels de satin jaune semés également de paillettes de fin or, le tout figurant mes armes, car je porte de gueules à une bande d’argent et trois lambels d’or. »

Il est à remarquer que le roman de Jean Saintré fut en quelque sorte la Cyropédie des jeunes nobles du quinzième siècle.

 
 

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