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Trésors de la musique classique : d'incroyables manuscrits de la BnF enfin édités en recueil

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L’Histoire fait l’Actu
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Trésors de la musique classique :
d’incroyables manuscrits de la BnF
enfin édités en recueil
(Source : France Télévisions)
Publié / Mis à jour le mardi 15 janvier 2019, par LA RÉDACTION
 
 
 
Une pépite pour les mélomanes : 34 parmi les plus belles partitions manuscrites que conserve la Bibliothèque nationale sont reproduites dans un splendide ouvrage. Ces Trésors de la musique classique (BnF-Textuel) nous dévoilent les secrets d’une œuvre et nous offrent les clefs du processus de création. Rencontre avec Mathias Auclair, qui en a dirigé la publication.

Trois pages manuscrites de L’Appassionata, écriture volcanique de Beethoven, ratures nerveuses, et traces des gouttes de pluie qui ont endommagé la partition. Pattes de mouche à l’encre noire de Marc-Antoine Charpentier un siècle plus tôt, traits si rectilignes des notes sur la portée et menue rature du manuscrit du Te Deum du maître baroque français. Quel plaisir d’avoir ces reproductions historiques sous les yeux !

Pour la première fois en recueil
La Bibliothèque nationale de France publie, en coédition avec Textuel, sous le titre Trésors de la musique classique, un livre regroupant parmi les plus beaux manuscrits musicaux conservés en son sein. Une première. Certes, il existait bien le fac-similé d’œuvres intégrales comme la même Appassionata de Beethoven ou Le Carnaval des animaux de Saint-Saëns, réservés à certaines bourses (190 € pour ce dernier). Mais jusqu’ici aucune compilation de ce type (vendue bien moins cher, 55 €).

Détail de la partition de la 1ère Gymnopédie d'Erick Satie
Détail de la partition de la 1ère Gymnopédie d’Erick Satie. © Bibliothèque nationale de France

On s’en réjouit. D’abord parce que le livre est d’une grande beauté, associant à chaque fac-similé de partition manuscrite (il y en 34, issus d’œuvres plutôt connues du grand public et alternant tout type de pièce musicale : lyrique, symphonique, etc.) un éclairage d’un spécialiste sur le compositeur et une analyse sur le document lui-même avec luxe d’illustrations. Ensuite, pour son contenu. On abordait la découverte de ce livre avec l’idée qu’une partition manuscrite offrait pour seul (et déjà immense) intérêt de nous éclairer sur l’œuvre. Or on s’aperçoit que l’histoire même de l’existence de ces documents est passionnante et leur progressive conservation illustre l’évolution du statut d’une œuvre musicale.

Les manuscrits étaient autrefois jetés après publication
À commencer par cette constatation : on ne s’est pas toujours intéressé à la partition manuscrite et on ne l’a donc pas toujours conservée. De fait, des compositeurs phare de l’époque baroque comme Lully n’ont laissé aucun document en dépit de leur position sociale, simplement parce que leur œuvre a été largement éditée. Nul besoin d’en conserver l’ébauche manuscrite. Tout l’inverse chez Charpentier ou Rameau, dont toute la musique n’a pas été publiée. « Aujourd’hui, on est captivé par l’existence d’un manuscrit, et on a du mal à penser que quelques siècles auparavant, les gens le mettaient à la poubelle une fois qu’il était édité », affirme Mathias Auclair, patron de la musique à la BnF, qui a dirigé le livre Trésors de la musique classique.

Ensuite les choses ont changé. « Une échelle de valeur s’est transformée », poursuit Mathias Auclair : « Le manuscrit est l’un des éléments de l’affirmation du compositeur comme artiste et non plus comme simple artisan. Bach noircissait ses Cantates à toute vitesse pour chaque dimanche, un peu comme un larbin, alors que Berlioz sait se mettre en valeur et se raconter dans ses œuvres. Evidemment il y a une évolution totale de la manière dont le compositeur se considère et dont on considère le compositeur et du coup ce qui sort de sa plume n’a pas tout à fait la même valeur. »

Détail des notes pour le maître de ballet de Tannhaüser rédigées par Wagner
Détail des notes pour le maître de ballet de Tannhaüser rédigées
par Wagner. © Bibliothèque nationale de France

Sacralisation
À la fin du XVIIIe siècle, les partitions autographes commencent à être collectionnées, signes d’un intérêt politique (volonté de créer des corpus à caractères nationaux) et de l’éclosion d’un marché. Le compositeur pivot de cette évolution est Beethoven. « À sa mort, on vend ses autographes, et on sait qu’il y a des collectionneurs qui viennent », raconte Mathias Auclair. Et avec Mozart, la collection frôle carrément la sacralisation : acquis en 1855 par la cantatrice star de l’époque Pauline Viardot, le manuscrit du Don Giovanni est placé dans un coffret-reliquaire à décor néogothique spécialement fabriqué pour lui ! Il est aujourd’hui la pièce maîtresse de la BnF... et du livre.

« Les deux grands compositeurs fétichisés sont Mozart — pour le mythe du compositeur prodige — et Wagner », explique Mathias Auclair, qui a sélectionné de Wagner pour le livre le manuscrit des « notes pour un ballet » écrit pour Tannhaüser lors de sa présentation à Paris. « Wagner est aussi le compositeur de l’affirmation de l’œuvre comme une entité intangible, à laquelle on doit plus qu’un respect, une sacralisation. »

Que racontent les manuscrits ?
Les manuscrits conservés sont le témoignage de l’évolution du statut de l’œuvre et du musicien : mais que racontent vraiment ces documents ? « Certains manuscrits sont essentiels pour connaître non seulement l’œuvre — ils en sont parfois l’unique témoignage — mais aussi la manière dont le compositeur l’a composée », dit Mathias Auclair.

« Même le fameux manuscrit de Don Giovanni, considéré par beaucoup de musicologues comme un manuscrit qui ne sert à rien — on estime qu’on sait déjà tout de l’œuvre — en réalité raconte beaucoup de la manière dont Mozart procède », renchérit Auclair.

« On ne le devine pas par les annotations, mais par les strates d’écriture, notamment par la couleur de l’encre. Il s’y prend à trois fois. Première strate : l’air, puis les cordes. Ensuite, petite harmonie, et orchestre. Mozart n’a pas composé à la suite, mais dans un ordre de priorités. L’ossature de son air est le texte de Da Ponte : La ci darem la mano. Il trouve ensuite sa mélodie. Puis il va accompagner, donc il fait l’harmonie, il patte (il marque) les cordes, et puis il colore avec les vents, flûte, hautbois, basson et cor ».

Trésors de la musique classique, sous la direction de Mathias Auclair
Trésors de la musique classique, sous la direction de Mathias Auclair

La probable manipulation de Stravinsky
Un autre manuscrit qui en apprend beaucoup sur la conception de l’œuvre est celui du Sacre du Printemps. Pour le livre ont été sélectionnées les esquisses, d’une extraordinaire beauté graphique. « C’est un document captivant », avoue Mathias Auclair, « parce qu’on rentre dans la tête de Stravinsky, c’est un document de toute première main pour comprendre comment il a composé le Sacre ».

Mais il y a un bémol : pour certains musicologues, ce manuscrit est trop parfait pour être vrai. « Stravinsky donne en quelque sorte des éléments aux musicologues pour écrire l’histoire qu’il a envie qu’on écrive sur le Sacre : en gros, qu’il est un génial compositeur, qu’il a le Sacre en tête dès 1912 ou 1913 et que la révolution musicale qu’il a introduite n’est pas un coup de chance ! »

Politique
D’autres manuscrits disent peu sur l’œuvre. C’est par exemple le cas de la « Symphonie alpestre » de Richard Strauss, également sélectionnée dans le livre. Trois pages d’une netteté inédite. « C’est de la belle mise au propre du manuscrit. Mais il n’a pas servi à la direction », ajoute Auclair. C’est en revanche un document fascinant qui illustre la dimension politique que peut avoir un manuscrit. « C’est un cadeau de Strauss à la France, dans ce contexte incroyable où le compositeur était sali par sa compromission avec le régime nazi », explique le directeur à BnF. « L’œuvre avait été composée trente ans avant. Mais il donne un manuscrit à la France en 1945. Evidemment le geste est incroyable ! »

Lorenzo Ciavarini Azzi
France Télévisions

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INFORMATIONS PRATIQUES :
Trésors de la musique classique, sous la direction de Mathias Auclair. Éditions BnF & Textuel
256 pages. Format 24,5 x 32,7 cm. 55 euros
ISBN : 978-2-845977006. Paru en octobre 2018

 
 
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