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Louis-Antoine de Bougainville : son voyage autour du monde et ses conséquences - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Louis-Antoine de Bougainville :
son voyage autour du monde
et ses conséquences
(Extrait de « Le fabuleux destin de Bougainville » (par Philippe Prudhomme), paru en 2018)
Publié / Mis à jour le mercredi 4 avril 2018, par LA RÉDACTION

 
 
 
Le journal de bord de l’explorateur Louis Antoine de Bougainville fut publié en 1771 et s’apparente à un vrai reportage. Il retrace l’épopée scientifique de la Boudeuse et de l’Étoile autour du monde.

En effet, ce célèbre voyage fut une grande première puisque sa mission principale n’était pas de coloniser mais de retrouver le mythique continent austral et d’aller à la rencontre des peuples autochtones à travers le globe, et de rapporter des échantillons d’épices « l’or vert » de cette époque brillante. Œuvre majeure de notre littérature de voyages, il rencontra un tel succès dès sa publication que la Royal Navy, avec quelques années de retard se fit un devoir de commanditer à son tour la publication des journaux de bord de ses principales expéditions circumterrestres

Un Journal de bord mais aussi un véritable Conte des mers du Sud
Le nouveau marin était un brillant chroniqueur et son livre de bord, ce qui est nouveau, mêle des réflexions personnelles très intéressantes sur les peuples rencontrés. Précurseur de l’ethnographie, plusieurs de ces observations sur les mœurs des populations croisées ont dû surprendre, voire choquer les lecteurs de européens. En outre, ors de plusieurs escales dans l’Atlantique Sud, il n’hésita pas à dénoncer courageusement les turpitudes des Jésuite et la prostitution qui sévissait dans les colonies religieuses espagnoles. D’abord à l’escale de Madère puis à Montevideo et à Rio de Janeiro. Le moraliste et le féministe transparaissent dans la prose de ce marin écrivain. Attitude qui peut sembler paradoxale de la part d’un homme qui fut profondément voluptueux dans sa propre vie.

Le Voyage autour du monde, par la frégate du Roi La Boudeuse et la flûte L’Étoile en 1766, 1767, 1768 & 1769
Dans le « Voyage », l’épisode de la jeune domestique Jeanne Baré qui s’était travestie en garçon pour accompagner son maître-amant, le naturaliste de l’expédition Commerson, est traité avec beaucoup de respect, de tact et de discrétion, voire de délicatesse. La supercherie sera décelée par Ahutoru à l’escale de Tahiti. Des rumeurs avaient commencé à poindre dès le séjour à Montevideo. Sûrement par égard pour le vénérable Commerson, le capitaine semble avoir fermé les yeux sur cette liaison ancillaire : par calcul assurément mais surtout afin de ne pas nuire à son expédition.

Voyage autour du monde de Bougainville. Tome 1, seconde édition (1772)
Voyage autour du monde de Bougainville. Tome 1, seconde édition (1772)

On ne transigeait pas dans la Royale avec ce genre d’entorse au règlement. Louis-Antoine de Bougainville en aurait subi des conséquences et de toute façon il eut souvent à souffrir de sa trop grande mansuétude. Commerson avait plombé l’expédition, il devait être sanctionné. Poussé par un vent de révolte sur l’Etoile à l’approche de Batavia, le couple maudit suscita des tensions sur ce bateau. Le chef de l’expédition sera appelé à bord du « suiveur » pour calmer un début de mutinerie et imposera la séparation de corps du couple. Après avoir reçu les aveux de la jeune femme, il se montrera magnanime et affichera une bienveillance amusée Il termine le récit de cette aventure romanesque sur un ton badin par un trait d’humour.

« Elle sera la première (femme), et je lui dois la justice qu’elle s’est toujours conduite à bord avec la plus scrupuleuse sagesse. Elle n’est ni laide ni jolie, et n’a pas plus de vingt-six ou vingt-sept ans. Il faut convenir que, si les deux vaisseaux eussent fait naufrage sur quelque île déserte de ce vaste océan, la chance eût été fort singulière pour Baré ».

Pourtant quelques semaines plus tard, à l’Isle de France, elle sera débarquée avec son maître. Tous deux seront assignés à résidence par précaution, dans l’intérêt du service, sous le prétexte que le grand savant devait compléter ses travaux ; mais plus vraisemblablement pour différer un retour en France qui n’aurait pas manqué de déclencher un scandale voire un procès en Cour martiale pour les deux amants et un désaveu public pour Bougainville.

Grâce à cette histoire d’amours ancillaires, Bougainville fut l’un des premiers écrivains à évoquer ouvertement les relations entre le monde masculin, le monde féminin et domestique. En l’occurrence les relations de soumission ou de complaisance entre maître et valets. Sujet cher à son admirateur Diderot dans sa pièce « Le neveu de rameau. » C’est cet aspect féministe avant l’heure qui a dû agacer et qui peut encore expliquer son désamour auprès de certains de ses détracteurs. Sur cette question de l’égalité des sexes, une fois encore, il s’est montré en avance sur son temps et cela n’a pas été assez souligné.

À la « Nouvelle Cythère » comme Bougainville avait baptisé Tahiti, il raconte (on est donc le 4 ou 5 avril 1768) qu’ « Un digne vieillard introduisit 3 femmes dans la cabine de Bougainville et celui-ci ayant refusé l’offre galante, le proxénète chenu se retira en emportant la lunette marine du navigateur : il fallut mettre un canot à la mer pour le rattraper et lui reprendre l’objet. »

Sa description du premier contact est torride « La plupart de ces nymphes étaient nues (...).Elles nous firent, d’abord des agaceries où, malgré leur naïveté, on découvrit quelque embarras ; soit que, même dans les pays où règne encore la franchise de l’âge d’or, les femmes paraissent ne pas vouloir ce qu’elles désirent le plus. Les hommes, plus simples ou plus libres, s’énoncèrent bientôt clairement : ils nous pressaient de choisir une femme (...).Je le demande : comment retenir au travail au milieu d’un spectacle pareil, quatre cents Français, jeunes marins, et qui depuis six mois n’avaient point vu de femmes ? » Une réflexion philosophique sur les humains qui ne manque pas de finesse.

Une autre mésaventure érotico-exotique se produisit à terre. Louis-Antoine de Bougainville s’excuse presque d’avoir succombé, selon sa propre expression, à « une jeune victime du devoir hospitalier. »

« Les premiers jours de notre arrivée, j’eus la visite du chef (...), il fallut lui rendre sa visite chez lui ; nous fûmes bien accueillis, et l’honnête Toutaa m’offrit une de ses femmes fort jeune et assez jolie. L’assemblée était nombreuse, et les musiciens avaient déjà entonné les chants de l’hyménée. » Contrairement à Ulysse, il ne se fera pas attacher au mât pour résister aux chants des sirènes très proches de celle qu’on appelle meherio en langue tahitienne, ces créatures mi femme mi poisson, filles de Zeus ou de Maui qui séduisaient et séquestraient les navigateurs pour leur faire subir les pires outrages...

Un vrai capitaine ce Louis-Antoine de Bougainville, un meneur d’hommes, pas un hussard, plutôt un galant homme qui accomplit son devoir de chef pour ne pas décevoir son équipage ni son hôte et surtout pour conserver sa réputation auprès de tous, y compris ses lecteurs ou ses futures admiratrices...

Et il conclut : « On se serait cru au jardin d’Eden comme dans un tableau de Monsieur Watteau ».

Le récit du Journal de Saint-Germain, l’écrivain du bord est beaucoup plus leste.

Le 6 avril 1768 à bord de La Boudeuse, il raconte :

« Une des insulaires monta à bord accompagnée d’un vieillard et de plusieurs de ses compatriotes. Elle était grande, bien faite et avait un teint que la plus grande partie des Espagnoles ne désavoueraient pas pour sa blancheur. Plusieurs Français, gourmets et à qui un jeûne forcé de plusieurs mois donnait un appétit dévorant s’approchent, regardent, admirent, touchent. Bientôt le voile qui dérobait à leurs yeux les appas qu’une pudeur blâmable sans doute ordonne de cacher, ce voile, dis-je est bientôt levé, plus promptement il est vrai par la divinité indienne elle-même que par eux, elle suivait les usages de son pays, usage hélas que la corruption de nos mœurs a détruit chez nous. Quel pinceau pourrait décrire les merveilles que nous découvrons à la chute heureuse de ce voile importun, une retraite destinée à l’amour lui seul, il lui serait impossible d’y loger un second avec lui, un bosquet enchanteur que ce dieu avait sans doute lui-même planté.

« Nous tombons en extase, une chaleur vive et douce s’empare de nos sens, nous brûlons, mais la décence, ce monstre qui combat si souvent les volontés des hommes, vient s’opposer à nos désirs véhéments et nous fait invoquer vainement le dieu qui préside au plaisir afin qu’il nous rende invisibles un instant ou qu’il fascine seulement pour un instant les yeux de tous les assistants. Cette nouvelle Vénus, après avoir longtemps attendu, voyant que ni les invitations de ses concitoyens et principalement de ses vieillards, ni l’envie qu’elle témoignait elle-même d’offrir avec un de nous, quel qu’il fût, un sacrifice à Vénus, ne pouvaient nous engager à transgresser les bornes de la décence et des préjugés établis pour nous, sentiment qu’elle interprétait peut-être à notre désavantage, nous quitta d’un air piqué et se sauva dans sa pirogue » (Journaux, éd. cit., II, p. 80).

Tahitiens présentant des fruits à Bougainville et ses officiers. Pastel anonyme
Tahitiens présentant des fruits à Bougainville et ses officiers. Pastel anonyme

Il oublie de signaler la tentative de viol à laquelle échappa, de justesse, Jeanne Baré lorsqu’elle descendit herboriser à terre. Un groupe de garçons avait entrepris de la déshabiller. Le chevalier de Bournand s’interposa, pistolets au point, pour chasser les agresseurs.

Le filon de la littérature de voyage. Les retombées du Journal
Dès sa parution le 15 mai 1771, le livre de Bougainville connut un vif succès auprès d’un large public français mais aussi dans les Cours d’Europe où la langue française était à la mode. Le récit figura très tôt sur la table de chevet de Catherine II de Russie et parmi l’élite européenne. Le style agréable du « reporter » est brillant, à la portée des lecteurs avides d’informations sur les mœurs des autres peuples du monde et ressentant le besoin de s’évader d’une société en décadence. Il suscita des émules en Angleterre où l’Amirauté, avec deux ans de retard, commanda en réaction, pour un prix exorbitant, la publication en urgence des journaux de des voyages anglais de Byron, Wallis, Carteret et Cook. La rivalité entre les deux puissances était aussi culturelle...

À paris, dès le retour de l’expédition française, Denis Diderot avait saisi l’opportunité et les audaces de ce récit pour faire la synthèse de ses propres théories sur « l’inconvénient d’attacher des idées morales à certaines actions physiques qui n’en comportent pas ». Les données chronologiques et les sources de Diderot soulèvent une difficulté. Bougainville a publié ses premiers volumes le 15 mai 1771. Comment Diderot s’était-il procuré le texte du navigateur avant. La question demeure posée ! Certes, il eut accès à la lettre de Commerson publiée dans le Mercure de France, à l’automne 1770. Les rumeurs des salons mondains fréquentés par Bougainville et son compagnon contribuèrent assurément à la promotion de l’ouvrage. Mais il ne fait aucun doute que la comparaison de certains passages du « Supplément au Voyage de Bougainville », très ressemblants, sont directement inspirés du texte original Diderot étant un familier de l’imprimerie.

Le fait est là, il s’en est emparé, comme beaucoup de ses contemporains, l’a dévoré et s’en est servi pour dénoncer la morale sexuelle de son temps. Une belle occasion également d’exposer sa conception du monde.

L’odyssée de Bougainville, écrit Eric Vibart dans Naissance d’un paradis au siècle des Lumières fut le « catalyseur de tout un faisceau d’idées massacrant avec allégresse et sans distinction institutions fondamentales et traditions saugrenues ».

Certes, il serait excessif d’affirmer que la révolution française de 1789 puise aussi ses origines dans le courant libertin ainsi que dans les œuvres de nos deux écrivains mais leur influence indirecte est indubitable. En effet, le Supplément au Voyage de Bougainville et le Journal de ce dernier représentent l’aboutissement d’une réflexion sur les mœurs humaines déclenchée par cette expédition à la Nouvelle-Cythère. Les utopies les plus audacieuses et les comportements immoraux les plus anticonformistes furent assurément balayés par les vagues venues de l’océan Pacifique. A l’opposé de l’angélisme qui lui est reproché sur son séjour tahitien, il ne se berçait pas d’illusions sur l’humanité. Début juillet 1768, suite à la découverte de têtes décapitées dans une pirogue des Papous de Nouvelle-Bretagne, il énonça cette autre vérité : « Il est donc de la constitution de l’homme de naître ennemi de son semblable. »

La première grande révolution sexuelle
Dépassées les philosophies de boudoir, envolées les œuvres libertines ! Le récit de Bougainville, un vrai déclencheur qui enflamma les imaginations et la curiosité d’un public éclectique, avide de romans ou de nouvelles coquines. Même la peinture, si chère à l’esthète Denis Diderot, se fait intimiste et licencieuse. Les dessins pornographiques qui circulaient sous le manteau ou sous les soutanes se révèlent de plus en plus hardis et souvent plus pervers qu’érotiques. Ahutoru dont les tribulations parisiennes sont célèbres, incarna à la fois le Bon sauvage, Robinson Crusoé, le Huron et contribua par ses aventures parisiennes à confirmer cette liberté de mœurs...

Bougainville devint dès lors une sorte d’Ulysse des Lumières. Même Voltaire s’essaya aux contes érotiques en vers savoureux et lui concéda un propos positif : « Avec l’arrivée du Prince Tahitien en Europe, on a découvert un pays où l’acte sexuel n’ [était] ni sacré ni interdit. »

Paradoxalement, en cette période de grande tolérance et de fin de règne un peu folle, la cour de Versailles fut plus perturbée par la scandaleuse liaison du Roi que par le retour de l’expédition circumterrestre. Bougainville doit se justifier de son échec relatif auprès de son ministre Choiseul, lui-même aux prises avec le problème corse et ses nouvelles difficultés avec Madame Du Barry, la maîtresse en titre. En fait, la déception du Roi s’explique simplement parce qu’il espérait de somptueuses retombées financières Les déboires du grand marin ont-ils contribué à la disgrâce du ministre ? C’est possible mais Bougainville jouit, malgré ce discrédit, d’un entregent exceptionnel dans les couloirs ministériels où ses vieilles relations et son prestige personnel lui ouvrent encore de nombreuses portes.

Qu’on le nie ou pas, son rôle politique dans les affaires extérieures du Royaume de France n’a pas été négligeable. Cependant, il demeurait une cible facile. Monsieur de Bachaumont, le futile courtisan et chroniqueur du Mercure de France, l’éreinte en quelques lignes : « Monsieur de Bougainville prétend que, dans ce pays où il a pris ce sauvage (...) hommes et femmes se livrent au péché de la chair ; qu’à la face du ciel et de la terre ils se copulent sur la première natte offerte ». Bougainville ayant compris que la curiosité, même malsaine, pouvait le desservir, s’est employé à respecter l’obligation de réserve au point d’essuyer de nombreux reproches autour de lui. En particulier ceux du Président de Brosses « le spécialiste en chambre » des terres australes qui s’étonnait ironiquement de sa grande discrétion et de ses aventures mondaines... L’allégresse des cinquante pages tahitiennes corroborée par les écrits de ses compagnons firent frémir les salons de la capitale durant toute la fin du règne de Louis XV et se prolongèrent sous celui de Louis XVI, ce « Roi qui aimait la mer. »

Certes, on perçoit de la retenue dans l’écriture de Bougainville. Il a parfaitement utilisé à son avantage le style administratif derrière lequel il s’est abrité. Entre secrets d’État, rétention d’informations et gaudriole, ce prodigieux voyage s’est incrusté de manière indélébile dans toutes les mémoires. Le stéréotype tahitien a encore de belles heures devant lui. D’autres vont se charger de récupérer l’image de cette première carte postale. L’expédition n’a été ni une croisière d’amateurs ni une excursion d’utopistes mais bel et bien une aventure scientifique et géostratégique audacieuse dont les conséquences se font encore sentir aujourd’hui. Aucun de ces grands navires de croisière qui déverse chaque semaine son flot de touristes n’oublierait l’escale de Papeete. Les publicités cosmétiques et les luxueuses revues touristiques du monde entier continuent de perpétuer la légende de la Nouvelle-Cythère. Le cocktail Bougainville fait encore les délices des amateurs de concours de Reines de beauté. Le modèle paradisiaque tahitien se retrouve mis à toutes les sauces ; il a fait la fortune du « Club Med » et « The tahitian way of life » continue de faire rêver.

À la différence près que le marin apportait une image déculpabilisée de l’acte sexuel vécu de manière plus naturelle.

Ainsi, la nudité précipite-t-elle le « corps » au sein du débat public européen et l’histoire n’est pas terminée...

Une nouvelle image terrestre du bonheur humain. L’inoubliable périple
Mais, en décryptant sérieusement le recueil de Bougainville, comme ce dut être le cas pour l’élite de l’époque, on observe qu’en pleine controverse sur l’idéologie rousseauiste, il déboulonne la statue de Jean Jacques Rousseau, l’idole des milieux littéraires. En plus de fournir des observations objectives, le savant apporte sur le vieux continent une nouvelle conception du bonheur quasi révolutionnaire. Ses conclusions empiriques exprimées avec sobriété et retenue sous la forme d’un rapport administratif soulèvent habilement tous les problèmes éternels de l’homme : « Le bonheur une idée neuve en Occident ». A l’heure où « La Religieuse » se consumait dans « l’Enfer » de la Bibliothèque Royale, Diderot tombait par chance sur le « nouveau livre des merveilles » et découvrait que le Paradis sur terre portait un nom : Tahiti.

Un monde sans dieu ni maître existe... Bougainville l’agnostique l’a trouvé à La Nouvelle Cythère. Lui, le militaire cartésien discipliné, a ainsi superbement démontré l’unité de l’humanité et révélé au monde la vanité du débat sur l’homme à l’état naturel. Ainsi se trouve aussi posée le problème des relations entre hommes et femmes. Louis-Antoine a osé braver l’opinion publique avec l’insolente assurance d’un homme d’action convaincu des réalités et non de paroles en l’air entendues dans un salon parisien, au détour d’une réunion savante ou d’une conversation au café de la Régence. Faute inexcusable, il a ridiculisé involontairement les écrivains en robe de chambre, refaisant l’univers devant un bon feu de cheminée.

Vue de la Nouvelle-Cythère. Aquarelle anonyme d'après le dessin réalisé par A. Riouffe
Vue de la Nouvelle-Cythère. Aquarelle anonyme d’après le dessin réalisé par A. Riouffe

Les sociétés océaniennes ont conservé leur art de vivre. Il est vrai que dotés par la nature de réelles qualités physiques et artistiques les peuples polynésiens ont composé avec les mœurs des étrangers qu’ils ont su manipuler habilement en leur imposant les leurs.

C’est une explication proposée à l’accueil enthousiaste des vahinés. Le sujet reste tabou en Océanie car il reflète une dure réalité trop fréquente. Les pauvres autochtones espéraient obtenir du sang neuf : « ce tribut levé sur ta personne ». Une sorte de taxe sur la procréation. Hélas, en échange de leur manipulation collective, ils n’obtinrent que la malédiction des nouvelles maladies. Une sexualité peut être maudite mais non coupable comme en Europe. Apparemment le jeune Ahutoru s’accommodait fort bien du chancre syphilitique qu’il avait sur le scrotum. Affection attestée par le rapport médical du lieutenant Roux qui a constaté son décès sur le Mascarin commandé par Marion Dufresne qui avait été chargé de reconduire le jeune homme à Tahiti. Ce dernier décédera de la variole le 6 novembre 1771 devant Fort-Dauphin. Cité par Martin Allanic Tome 2.p.1325. (cf. « La malédiction de la tortue »)

Par la suite, durant les années 1772 à 80, sauf les épisodes joyeux des descentes à terre avec le duc d’Orléans lors de l’escadre d’évolution, il semble avoir adopté une conduite. Il se préoccupa d’avantage de sa carrière d’officier de marine que de celle d ‘homme de cour. Il fut chargé de former le duc à la navigation pour lui permettre d’accéder à la charge de grand amiral de France. Lors de leurs trois campagnes de 1772, 1775 et 1776, le futur chef suprême de la Royale organisait avec Bougainville et quelques privilégiés de mémorables fêtes galantes à chaque escale.

L’homme a 52 ans, toujours fidèle au service de son pays, il fut nommé chef d’escadre pour porter aider aux Insurgents et bouter les Anglais hors des colonies en révolte contre la couronne. Responsable de la vie de milliers d’hommes, lors de cette dangereuse mission en Amérique du Nord, il eut certainement d’autres soucis que de courir le « Guilledou ». Pourtant, comme déjà expliqué, il fut encore rattrapé par son passé amoureux. Sa sœur Charlotte se chargea de lui trouver un beau parti. Il se plia à l’ordre social et aux conventions.

Son mariage de raison en date du 21 janvier 1781 avec une très jolie jeune femme se transforma en belle histoire d’amour jusqu’à la noyade d de leur garçons dans la rivière qui traversait leur domaine de Suisnes en Brie. Flore mourut de chagrins quatre ans plus tard. Louis-Antoine, veuf, ne se remaria pas et finit sa vie en sage et très attentionné père et grand-père de famille. Couronné d’honneurs et des lauriers de la gloire, le 31 août 1811, « l’Etoile des Lumières » s’éteignit à son domicile dans le quartier de sa naissance entouré de l’affection de ses trois garçons. Grand Officier de la Légion d’honneur, Comte d’Empire, il eut droit à des obsèques nationales et reconnu comme « Homme illustre » il fut inhumé au Panthéon. L’Empereur exigea que son cœur repose au cimetière familial de Montmartre auprès de Flore, son épouse, et de son fils Amand.

POUR EN SAVOIR PLUS :
Association des Amis de Louis-Antoine de Bougainville : http://lesamisdebougainville.wifeo.com

INFORMATIONS PRATIQUES :
Le fabuleux destin de Bougainville, par Philippe Prudhomme. 620 pages. Format 14,8 x 21 cm. 25,96 euros.
ISBN : 979-1-095088011. Paru en mars 2018

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