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Hortensia : fleur d'Extrême-Orient au nom d'origine énigmatique - Histoire de France et Patrimoine


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Faune, Flore

Arbres célèbres, vertus des plantes, croyances liées aux animaux. Faune et flore vues par nos ancêtres. Balade au coeur des règnes animal et végétal


Hortensia : fleur d’Extrême-Orient
au nom d’origine énigmatique
(« Le Monde des Plantes. Intermédiaire des botanistes. Revue internationale
paraissant tous les deux mois » de juillet-août 1935,
« Philibert Commerson, naturaliste voyageur. Étude biographique
suivie d’un appendice » (par Paul-Antoine Cap) paru en 1861,
« Bulletin de la Société d’histoire naturelle des Ardennes » paru en 1935,
« Cahiers Clairaut » paru en 2004 et « Petit dictionnaire des mots
qui ont une histoire » (par Gilles Henry) édition de 2012)
Publié / Mis à jour le lundi 22 janvier 2018, par LA RÉDACTION

 
 
 
Sous le Premier Empire, la reine Hortense, belle-fille de Napoléon, apporta tant d’enthousiasme à patronner cet arbrisseau d’Extrême-Orient qu’elle passa pour avoir permis qu’on lui donnât son nom : légende aussi inexacte que semblent l’être bon nombre d’explications avancées invoquant la mathématicienne Nicole-Reine Lepaute ou la navigatrice déguisée en homme Jeanne Barret, pour cette plante qui reçut son nom de Philibert Commerson...

Sous le Premier Empire, la vulgarisation de cet arbrisseau d’Extrême-Orient prit les proportions d’un événement, la reine Hortense apportant tant d’enthousiasme à le patronner qu’elle passa pour avoir permis qu’on lui donnât son nom : légende parfaitement inexacte, quoique le fils de cette reine ait jugé à propos de s’approprier la fleur de cet arbuste comme armes parlantes.

De tous les végétaux originaires de la Chine, du Japon et de la Cochinchine, aucun ne jouit d’une aussi grande réputation que l’hortensia. Pour le botaniste, l’hortensia est un Hydrangea, ce genre, fondé par Gronovius (1743) et adopté par Linné (1753), étant sensiblement antérieur à celui de Commerson. Mais, pour le public, il reste un Hortensia.

Ce dernier nom est dû à l’explorateur et naturaliste Philibert Commerson (1727-1773). La plante avait été signalée déjà par le naturaliste et voyageur allemand Engelbert Kaempfer (1651-1716) dans Amaenitalum exoticarum (1712), mais ne fut cependant connue en Europe que par des échantillons secs envoyés par Commerson sous le nom d’Hortensia, le végétal n’étant introduit vivant qu’en 1790, aux Jardins de Kew, d’où Cels s’en procura bientôt de jeunes individus qu’il répandit dans le commerce (Flore des serres et jardins de Paris, ou collection de plantes, remarquables par leur utilité, leur élégance, leur éclat ou leur nouveauté, 1834).

Philibert Commerson
Philibert Commerson

Dans la Flore de Gustav Hegl, il est précisé que l’espèce aurait été découverte en Chine par Commerson, en 1767. Mais, en 1767, le voyageur n’était pas en Chine, comme on le verra plus loin. Pourquoi a-t-il donné à sa plante le nom d’Hortensia ? Quelle est l’Hortense à laquelle il entendait la dédier ? La pénurie de publications signées de lui a permis aux hypothèses les plus diverses de se faire jour.

Écartons d’abord celle de l’abbé Cariot, dans sa Botanique, au mot Hortensia. D’après lui, il s’agirait de la reine Hortense — Hortense de Beauharnais, fille de l’impératrice Joséphine de Beauharnais et reine consort de Hollande (1806-1810) —, et la plante serait une acquisition des temps napoléoniens. Il suffit de se reporter aux dates données ci-dessus pour voir l’inexactitude de cette supposition.

En voici une autre, excellemment résumée à la fin du XIXe siècle par Pierre Mouillefert dans son Traité des arbres et arbrisseaux forestiers, industriels et d’ornement cultivés ou exploités en Europe et plus particulièrement en France : « Le nom d’Hortensia paraît avoir été donné par Commerson en l’honneur d’Hortense Lepaute, femme du célèbre horloger, son ami (Nouveau Duhamel, III, p. 98) ; puis adopté par A.-L. Jussieu, Genera Plantarum, Lamarck (1789), Desfontaines (1804), et Persoon (1805) ». On remarquera que le Nouveau Duhamel ou Traité des arbres et arbustes que l’on cultive en France, rédigé par G.-L.-A. Loiseleur Deslongchamps et paru au début du XIXe siècle, présentait l’explication comme une simple possibilité. Plus tard, on a donné la chose comme certaine ; tels les Larousse et le Dictionnaire étymologique de la langue française d’Oscar Bloch.

Il y a pourtant une petite difficulté à laquelle on n’a pas pris garde : la femme du « célèbre horloger » Lepaute ne s’appelait pas Hortense. C’était la célèbre mathématicienne et astronome Nicole-Reine Lepaute, née Étable à Paris le 5 janvier en 1723 et morte à Saint-Cloud le 6 décembre 1788, un an après son mari. C’était une astronome réputée, non une botaniste. Au départ de Commerson à la Noël 1766, elle avait 43 ans. Jean-André Lepaute — qu’elle avait épousé le 27 août 1749 — avait, il est vrai, un frère et associé, Jean-Baptiste, plus jeune que lui de sept ans. Mais ce n’était pas lui le « célèbre horloger ».

Mais il y a une troisième explication, donnée par le botaniste suisse Gustav Hegi (1876-1932) dans son Illustrierte Flora von Mitteleuropa : « Von Commerson in China entdeckt und nach seiner Geliebten Hortense Barré, die ihn auf seinen Reisen als Jäger verkleidet begleitete, benannt ». La phrase, comme il arrive souvent dans ce grand ouvrage, est prise mot pour mot de Leunis-Frank (Synopsis der Botanik, tome 2, 1885). On va voir ce qu’il y a de vrai et de faux dans ce petit roman.

Louis-Antoine de Bougainville
Louis-Antoine de Bougainville

Philibert Commerson accompagnait l’explorateur et navigateur Louis-Antoine de Bougainville dans son voyage autour du monde. Né le 18 novembre 1727, à Châtillon-les-Dombes, d’une famille de jurisconsultes, il avait été appelé à Paris, récemment, par l’astronome Lalande. On partit en 1766, vers la Noël, pour le Brésil, d’où’ l’on gagna le détroit de Magellan (27 novembre 1767), Tahiti (4 avril 1768), les Nouvelles-Hébrides (22 mai 1768), Java (septembre 1768). Commerson s’était détaché du gros de l’expédition pour s’établir à l’Isle de France (Ile Maurice), dont Pierre Poivre était devenu Intendant en 1767.

Commerson y passa 4 ans avec Sonnerat et Séré, travaillant à réunir dans le fameux Jardin de Monplaisir toutes les richesses végétales de l’Afrique et de l’Inde. Il fit, de là, deux voyages à Madagascar. Il mourut le 13 mars 1773. Huit jours après sa mort, il était nommé membre de l’Académie des Sciences qui n’était pas au courant de sa mort.

On ne voit pas, donc, qu’il soit allé en Chine, comme le supposent Leunis et Hegi. Et il n’avait pas besoin d’y aller. Nous savons par ailleurs (Voyages et découvertes scientifiques des missionnaires naturalistes français à travers le monde. XVe à XXe siècle, par Paul Fournier, 1932) que le Jardin de Monplaisir comptait, parmi ses précieuses acquisitions, Hydrangea Hortensia. C’est de là selon toutes vraisemblances, que la plante a été envoyée à Paris.

Revenons maintenant à notre Hortense. Le 4 avril 1768, on arrive à Tahiti. Ici, attardons-nous sur les propos d’Orjan Olsen dans La Conquête de la Terre (1935), résumant le récit de Bougainville : « Le cuisinier de Bougainville s’étant faufilé à terre, malgré la défense qui en avait été faite, se vit instantanément entouré d’une foule de Tahitiens si curieux qu’ils le déshabillèrent pour pouvoir étudier son corps en détail. Il se demandait ce qu’ils voulaient faire de lui et se croyait déjà perdu, lorsqu’ils le revêtirent et le ramenèrent à bord, plus mort que vif ».

Rappelons que les Tahitiens n’avaient encore vu d’Européens que l’année précédente, au passage de l’expédition anglaise conduite par Samuel Wallis — l’hypothèse d’après laquelle Queiroz aurait découvert précédemment l’île fameuse en 1605 paraissant assez douteuse.

Olsen poursuit : « C’est avec une pareille curiosité que fut accueilli le valet du naturaliste Commerson, nommé Barré, lorsqu’il alla à terre. Assistant infatigable et intelligent, il s’était montré plein de zèle pour la botanique ; il avait porté caisses, provisions, armes et collections de plantes avec une résistance qui avait été appréciée de tous. On fut surpris de voir les indigènes ébahis se presser en foule autour de lui et grande fut la stupéfaction lorsqu’on les entendit crier que c’était une femme ! Il apparut qu’ils avaient raison ; ils venaient de découvrir en un instant ce qu’aucun des Européens ne soupçonnait. Ils montraient un tel zèle pour justifier leur assertion que c’est avec peine que le pseudo-valet fut arraché de leurs mains et qu’il put regagner le bord.

Jeanne Barret. Estampe extraite d'une édition italienne de 1816 du tome 2 des Voyages de Cook autour du monde intitulée : Navigazioni de Cook pel grande oceano e itorno al globo
Jeanne Barret. Estampe extraite d’une édition italienne de 1816 du tome 2 des Voyages
de Cook autour du monde
intitulée : Navigazioni de Cook pel grande oceano e itorno al globo

« Ce n’est que plus tard que Bougainville trouva le temps de procéder à son interrogatoire. Elle avoua alors, plongée dans les larmes, qu’elle avait trompé son maître en revêtant des habits d’homme pour solliciter une place, quelques jours avant le départ. Sans famille, ruinée à la suite d’un procès, elle n’avait pas trouvé de moyen meilleur pour se tirer d’affaire. Elle avait, en outre, appris qu’un voyage autour du monde se préparait, et n’avait pu résister à l’envie d’en faire partie.

« Elle fut la première femme à effectuer une circumnavigation. Au témoignage de Bougainville, elle n’était ni belle ni laide ; elle s’était bien conduite et avait consciencieusement rempli ses obligations pendant tout le voyage. »

S’appuyant sur ces faits, certains auteurs, reconnaissant que l’Hortensia ne doit son nom ni à une reine de Hollande, ni à une reine de l’astronomie et de l’horlogerie, avancent qu’il le reçut de Philibert Commerson en l’honneur de l’héroïne du voyage à Tahiti, qui se prénommait Hortense. Toutefois, il apparaît, non seulement que la dite Hortense Barré s’appelait en réalité Jeanne Barré (ou Barret, ou Baret), mais encore que Philibert Commerson la connaissait bien avant cette aventure : elle était botaniste, et il l’avait rencontrée en 1764 — après la mort de son épouse en 1762 — puis prise à son service pour l’assister dans ses travaux.

Elle remplissait officiellement le rôle de gouvernante lorsqu’elle partit avec lui, déguisée en homme, lors de l’expédition de Bougainville, et il avait laissé, avant son départ, un testament par lequel il laissait à « Jeanne Baret, connue sous le nom de Bonnefoi, ma gouvernante », une somme forfaitaire de 600 livres avec des arriérés de salaire et l’ameublement de son appartement parisien.

On sait que Philibert Commerson, à l’exemple de Linné et de la plupart des naturalistes, dédia plusieurs genres nouveaux de plantes à ses amis, et s’appliqua, dans ses dédicaces, à mettre en rapport les formes des plantes avec les qualités et les talents des personnes qui en étaient l’objet, ou bien avec les sentiments qu’il leur portait.

Ainsi, il consacra à la mémoire de sa femme la Pulcheria Commersonia ; il dédié à l’astronome Lalande le genre Landea, puis le Lalandia, dont il nomma les espèces stellifera, astrographa, stellicarpa ; il consacra à Jeanne Barret le genre Baretia, avec plusieurs espèces nommées Bonnafidia, oppositiva, heterophylla ; à l’astronome Véron, le compagnon de son voyage, mort pendant une traversée, le nom de Veronia tristiflora ; à son ami Crassous le genre Crassuvia ; à Turgot, à d’Alembert, à Poivre, à Bougainville, à Poissonnier, à Vachier, à Mauduit, à Cossigny, à de Marigny, les genres Turgotia, Dalembertia, Pevrea, Buginvillea, Cossigna, Marignia ; à Collet, qui avait mauvais caractère, Colletia omnispina, végétal hérissé d’épines ; enfin il donna son propre nom à une belle plante qu’il découvrit à Madagascar, en disant qu’il ne faisait en cela qu’user de son droit.

Planche de l'hortensia récolté en 1771 par Philibert Commerson, extraite de son Herbier conservé à la galerie de Botanique du Jardin des plantes, à Paris
Planche de l’hortensia récolté en 1771 par Philibert Commerson, extraite de son Herbier
conservé à la galerie de Botanique du Jardin des plantes, à Paris

Concernant l’Hortensia, Philibert Commerson dédia effectivement à Nicole-Reine Lepaute, en marge de l’une des planches de son herbier, la « rose du Japon ». En février 1773, peu avant sa mort sur l’Isle de France, il nomma d’abord cette plante — qu’il avait d’abord regardée comme un OpulusPeautia Celestina, puis aussitôt, Hortensia cærulea ou Hortensia couleur d’azur.

Comme nous l’avons vu, les versions avancées pour expliquer ce nom d’Hortensia qu’il lui donna sont sujettes à caution. Le changement tiendrait au fait qu’il avait déjà nommé une fleur Peautia en hommage à la famille de l’horloger Jean-André Lepaute, optant ainsi pour le terme Hortensia, dérivé de flos hortorum signifiant fleur des jardins, que Jussieu adopta dans son Genera Plantarum et qu’il faut alors prendre comme le féminin de hortensius, « de jardin ».

Une dernière explication avancée est que le nom d’Hortensia choisi par Philibert Commerson le devrait à mademoiselle Hortense de Nassau, fille de son compagnon de circumnavigation le prince de Charles-Henri-Othon de Nassau-Siegen (1743-1808), bon botaniste.




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