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20 novembre 1759 : bataille maritime des Cardinaux - Histoire de France et Patrimoine


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20 novembre 1759 : bataille maritime
des Cardinaux ou de la
baie de Quiberon
(D’après « La guerre de Sept Ans. Histoire diplomatique
et militaire » (Tome 3), paru en 1904)
Publié / Mis à jour le lundi 20 novembre 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Moins connue que la célèbre bataille de Trafalgar de 1805 mais tout aussi décisive, la bataille des Cardinaux, également appelée bataille de la baie de Quiberon et qui se voulait l’aboutissement du projet d’invasion de la Grande-Bretagne, se déroule durant la guerre de Sept Ans qui oppose depuis 1756 la France alliée à l’Autriche contre la Prusse et l’Angleterre, et marque une singulière défaite de notre flotte face aux forces maritimes anglaises

Malgré la mauvaise impression causée par la récente défaite, contre les Anglais, de Lagos le 19 août 1759, le cabinet de Louis XV n’interrompit pas les préparatifs de l’entreprise qui, sous le titre mystérieux « d’expédition particulière » était dirigée contre l’Angleterre et visait son invasion.

D’après la conception primitive, le départ initial devait avoir lieu des ports de la Bretagne ; un corps expéditionnaire de 26 bataillons, 4 escadrons, avec parc d’artillerie, d’un effectif de 20 000 hommes, aux ordres du duc d’Aiguillon, le vainqueur de Saint-Cast — bataille qui avait eu lieu aux environs de Saint-Malo le 11 septembre 1758, et qui s’était soldée par une victoire française contre les Anglais —, devrait s’embarquer sur 90 navires de 200 à 400 tonneaux et faire voile sous l’escorte d’une division de 6 vaisseaux ; le projet était de contourner l’Irlande et de prendre terre en Ecosse, dans la baie de la Clyde.

Entre temps, on espérait réunir à Brest, grâce à la jonction avec l’escadre de la Méditerranée, une flotte de 28 vaisseaux de ligne assez forte pour en imposer aux Anglais ou tout au moins pour détourner leur attention du convoi. Aussitôt débarqué, Aiguillon marcherait sur Edimbourg et s’emparerait du château de cette ville ; on comptait sur le concours d’une fraction de la nation écossaise et on estimait qu’il pourrait lever dans le pays 4 000 recrues qui grossiraient les régiments étrangers de son corps. Il était autorisé à entamer des pourparlers avec le gouvernement britannique, mais il lui était défendu de se lier par aucun engagement avec les partisans de la maison de Stuart.

L'amiral Edward Hawke (1710-1781). Peinture de Francis Cotes (1726-1770)
L’amiral Edward Hawke (1710-1781). Peinture de Francis Cotes (1726-1770)

D’autre part, Choiseul, secrétaire d’État aux Affaires étrangères du gouvernement de Louis XV, avait ouvert des négociations à Stockholm pour l’envoi de 10 à 12 000 Suédois qui viendraient rejoindre le corps expéditionnaire en Écosse. Le commandant de la division d’escorte, Bigot de Morogues, avait la latitude de relâcher en Irlande, mais de cette île il devait gagner l’Écosse, mettre les troupes à terre sur la côte occidentale ou, en cas d’impossibilité, sur la côte orientale de ce royaume. Deux autres corps d’armée, commandés par Soubise et Chevert, seraient expédiés, le premier, des ports de la Normandie, le second de ceux de Flandre ; destinés à une descente en Angleterre, ils devaient traverser la Manche dans des flottilles de bateaux plats dont la construction se poursuivait avec activité dans les chantiers de la côte.

Pour la réussite de ces projets audacieux, il eût fallu une prompte exécution qui n’était guère compatible avec la faiblesse de notre marine, la pénurie de ses ressources, la timidité de ses officiers et surtout le manque de fonds. La cour de Saint-James, mise en éveil par des préparatifs qu’il était impossible de tenir secrets, eut tout le loisir de concerter ses mesures de défense.

La jonction de l’escadre de Toulon avec celle de Brest ne put se faire. Et c’était du côté de Brest que le danger paraissait le plus imminent. Aussi l’amiral Edward Hawke, de la Royal Navy, eut-il mission, avec 24 vaisseaux, de surveiller les côtes de Bretagne, le gros devant Brest, quelques bâtiments détachés aux abords d’Audierne et de Lorient, et une réserve à Plymouth pour faciliter le ravitaillement successif. Avec la confiance qu’engendre le succès, Hawke écrivait à l’amirauté : « Cela m’est indifférent d’avoir à combattre l’ennemi, s’il sort, à nombre égal ou avec un vaisseau de plus ou en moins. »

Pendant l’automne, le cabinet de Versailles activa de son mieux les préliminaires de l’expédition. La première difficulté fut de rassembler le convoi à Port-Louis, où le rendez-vous avait été donné ; vers le milieu de septembre, 60 navires expédiés de Bordeaux et de Nantes étaient arrivés ; on attendait encore ceux de La Rochelle et de Brest. La grande escadre de Brest, dont le commandement avait été confié au maréchal Hubert de Brienne, comte de Conflans, ne pouvait compléter son personnel. « À l’exception de quelques pêcheurs, écrivait Nicolas-René Berryer — secrétaire d’État de la Marine —, gens âgés ou enfants la plupart, et des faibles des équipages des barques de cabotage, tous les gens de mer du royaume sont actuellement employés au service du Roi. »

Ce manque d’hommes n’empêchait cependant pas le conflit traditionnel entre les départements de la Guerre et de la Marine pour le partage des batteries de la rade de Brest. Enfin, au dernier moment, une discussion s’engagea sur la répartition des cabines entre les officiers de terre et de mer. Aiguillon, dont il faut reconnaître le zèle et l’énergie, s’impatiente : « J’étais si éloigné de vouloir donner atteinte aux droits de MM. les officiers de la Marine et les incommoder que j’irais coucher à la Sainte-Barbe ou à la fosse aux Lions s’il (Conflans) le jugeait à propos, pour donner l’exemple. » Choiseul, de son côté, s’inquiète du retard : « Vous êtes aussi nerveux que bon citoyen, mande-t-il à Aiguillon. La Suède nous attend, je crains qu’elle ne nous attende longtemps et que le moment ne soit passé, si vous ne partez pas à la fin de ce mois. Les prames se font, les bateaux plats sont presque finis. »

Cette lettre du ministre des Affaires étrangères se croisa avec une dépêche de Conflans qui proposait une modification profonde du projet. On renoncerait à l’emploi isolé de la division de Bigot de Morogues ; la flotte tout entière attaquerait Hawke avec 22 vaisseaux, puis se rabattrait sur Belle-Isle et détruirait ce qu’on pourrait y rencontrer de vaisseaux ennemis. « Faire le tour de l’île, passer en dedans de Hoedic et de Houat... les passages libres, conduire avec succès la flotte du Morbihan à sa destination et aider la rentrée de nos vaisseaux soit de Cadix, soit de l’Amérique. »

Tel était le programme de l’amiral ; il fut communiqué à Aiguillon et approuvé par le roi en conseil. Au commencement de novembre 1759, le mauvais temps obligea Hawke à lever le blocus et à se réfugier dans la rade de Torbay ; grâce à ce départ, La Marnière, de retour d’une croisière dans l’Océan Pacifique, put rallier le port de Brest avec un vaisseau et une frégate, le 5 novembre ; il fut bientôt suivi de Bompart qui revenait de Saint-Domingue avec 7 vaisseaux dont une flûte et une frégate. C’étaient là des renforts importants et il semblerait qu’il eût été possible d’adjoindre aux forces de Conflans, tout au moins pour le premier effort contre les Anglais, quelques-uns de ces bâtiments. Il n’en fut rien et tout le concours prêté fut l’enrôlement de 500 matelots des deux divisions qui, moyennant la prime d’une pistole, servirent à compléter les équipages.

Rencontre du maréchal de Conflans et de l'amiral Edward Hawke au large de Belle-Isle le 20 novembre 1759. Carte de Georg Christoph Kilian de 1759 extraite de Théâtre de guerre en Allemagne, des années 1756, 1757, 1758, 1759 paru en 1760
Rencontre du maréchal de Conflans et de l’amiral Edward Hawke au large de Belle-Isle
le 20 novembre 1759. Carte de Georg Christoph Kilian de 1759 extraite de
Théâtre de guerre en Allemagne, des années 1756, 1757, 1758, 1759 paru en 1760

Déjà Conflans avait perdu de son assurance ; il attribuait à l’ennemi 28 vaisseaux de ligne dont 6 à trois ponts, aussi évitera-t-il un engagement. « Le but principal, écrit-il à Aiguillon, est la sortie de notre flotte lorsque la jonction sera faite et de la conduire avec toute la sécurité que je pourrai vous procurer. »

Enfin, le 14 novembre, Conflans appareilla de Brest avec 21 vaisseaux et 5 frégates ou corvettes. Malgré le nombre respectable des unités, l’escadre manquait de cohésion et d’expérience ; les officiers éloignés de la mer depuis longtemps n’avaient plus l’habitude de la manœuvre et ne connaissaient pas les qualités ou les défauts des bâtiments qu’ils commandaient ; le personnel du bord, recruté en grande partie parmi les ouvriers de la culture et les gardes-côtes, ne possédait ni pratique de la navigation, ni instruction en matière de tir ; l’amiral, arrivé presque au terme de sa carrière, n’avait ni l’énergie, ni la compétence nécessaires pour tirer quelque parti des éléments disparates qui lui avaient été confiés.

Le plan de l’expédition, ou plutôt la part que Conflans s’y était tracée, consistait à se rendre directement à Belle-Isle, chasser ou détruire la flottille du commodore anglais Robert Duff qui surveillait les débouchés du Morbihan, délivrer le convoi sur lequel seraient embarqués Aiguillon et ses troupes, le mettre en route vers l’Écosse et veiller à sa sûreté pondant le voyage, en l’accompagnant avec toutes ses forces ou avec la division Bigot de Morogues.

Au lieu de prendre le chemin le plus court, Conflans gagna la pleine mer et ne se rapprocha de la terre que le 19 novembre. Le 20, au point du jour, on aperçut quelques voiles ; c’étaient les frégates de Duff ; on leur donna la chasse et on était sur le point de les atteindre quand, les vigies signalèrent une escadre ennemie dans laquelle on distingua « au moins 23 vaisseaux de ligne dont plusieurs paraissaient à 3 ponts ». Conflans, qui jusqu’alors « regardait comme impossible que les ennemis eussent dans ces parages des forces supérieures, ni même égales », comprit qu’il était en présence de toute la flotte anglaise.

En effet, Hawke, après une courte relâche à Torbay, en était reparti le 14 novembre, le jour même de la sortie de Conflans ; le 17, au large d’Onessant, il apprend que les Français étaient en mer ; sans un instant d’hésitation, il se dirige sur le Morbihan. « J’ai fait forces de voiles toute la nuit, vent très violent, à la poursuite de l’ennemi, et je ne doute pas que je le rattraperai ou en mer ou dans la baie de Quiberon... Mon escadre est forte de 23 vaisseaux et d’une frégate ».

Le 20 novembre, vers neuf heures, on découvrit la flotte française ; l’amiral anglais donna l’ordre aux 7 vaisseaux les plus avancés de se mettre en ligne et « d’essayer d’arrêter les Français jusqu’à l’arrivée du reste de l’escadre, qui se formerait, tout en continuant la chasse, de façon à ne pas perdre un moment pour la poursuite... Toute la journée, nous eûmes une brise très forte avec gros grains. M. de Conflans s’éloignait avec toutes les voiles que son escadre pouvait porter sans se séparer ; quant à nous, nous courions après lui avec toute la toile que nos vaisseaux étaient capables de supporter. À 2 heures et demie, le feu a commencé, je fis le signal de combat ; nous étions alors au sud de Belle-Isle et l’amiral français en tête ; peu de temps après, il doubla les Cardinaux, pendant que son arrière-garde était engagée. »

Écoutons maintenant le général français : « Le vent était alors à l’ouest nord-ouest très violent, la mer fort grosse avec toutes les apparences d’un très gros temps. Ces circonstances, jointes à l’objet que toutes vos lettres indiquaient et la supériorité décidée des ennemis... tout enfin me détermina à prendre la route du Morbihan.... Je n’avais pas lieu de croire que si j’y entrais le premier avec 21 vaisseaux, les ennemis osassent m’y suivre malgré leur supériorité qui devait elle-même embarrasser leurs mouvements dans un endroit aussi resserré... Afin de marquer la route, j’avais choisi l’ordre de marche sur une ligne ; dans cet ordre je marchais à la tête et pour former l’ordre naturel de bataille, je n’avais qu’à me mettre au centre de la ligne, ce que je comptais faire sur le second bord aussitôt qu’elle serait tout entière dans la baie. »

Conflans tenta, en effet, d’exécuter la manœuvre prévue et de se porter au secours de son arrière-garde fortement engagée ; il ne réussit qu’à augmenter la confusion qui existait déjà dans son escadre ; le Soleil Royal qui battait son pavillon, aborda deux de ses propres matelots, échangea quelques bordées avec l’ennemi, chercha inutilement à sortir de la baie et finit par jeter l’ancre au large du Croisic. « Ce fut un désordre affreux, écrit un officier de l’Inflexible, navire qui avait suivi de près le Soleil Royal, quand l’avant-garde dont j’étais voulut virer de bord, une partie ne le put ; nous étions comme dans un. entonnoir tous les uns sur les autres, des rochers d’un côté, des vaisseaux de l’autre, nous avons mouillé. »

À proprement parler, peu de vaisseaux prirent part au combat ; ils appartenaient pour la plupart à la 3e division qui constituait l’arrière-garde. Le Héros, le Juste, le Magnifique, le Formidable surtout qui battait la cornette du chef d’escadre, Saint-André du Verger, eurent fort à souffrir ; ce dernier vaisseau dut se rendre, après une lutte héroïque où succombèrent Saint-André et son frère, qui commandait en second.

La bataille de la baie de Quiberon. Peinture de Nicholas Pocock (1812)
La bataille de la baie de Quiberon. Peinture de Nicholas Pocock (1812)

Le Héros, complètement démâté, fut forcé d’en faire autant, mais l’état de la mer empêcha les Anglais de l’amariner ; un retour offensif le dégagea et son capitaine, de Sanzay, en profita pour aller s’échouer sur la. plage du Croisic, où il débarqua ce qui restait de son équipage, parmi lesquels 140 blessés. Le Juste, dont les deux commandants devaient été mortellement atteints, essaya en vain d’entrer dans le port de Saint-Nazaire ; il se perdit à l’embouchure de la Loire avec une bonne partie de son monde. Le Magnifique, commandé par Bigot de Morogues, fut plus heureux ; il regagna la pleine mer et se réfugia à Rochefort.

Mais le désastre ne fut pas limité à l’arrière-garde. Deux vaisseaux de la division du centre, le Thésée monté par un officier distingué, Kersaint de Coëtnempreu, et le Superbe, furent surpris par un grain avec leurs sabords ouverts et coulèrent à pic avec tous leurs équipages, à l’exception de 22 hommes du Thésée qui furent sauvés.

Il était un peu plus de cinq heures quand l’obscurité mit fin à la mêlée. « Il faisait nuit, écrit Hawke, nous nous trouvions sans pilote parmi des îles et des bas-fonds dont nous n’avions pas la moindre connaissance, le vent poussait à la côte, je fis le signal de jeter l’ancre et nous mouillâmes à une profondeur de 15 brasses... Le 21, à la pointe du jour, nous aperçûmes un de nos vaisseaux démâté et échoué au Four, de même que le Héros, vaisseau français. Le Soleil Royal, qui, à la faveur de la nuit, avait jeté l’ancre au milieu de nous, coupa ses câbles et alla s’échouer à l’ouest de Croisic. Au mouvement de ce vaisseau, je fis signal à l’Essex de le poursuivre, mais il donna malheureusement sur le Four et se perdit sans ressources. Il en est de même de la Résolution, en dépit du secours que le mauvais temps nous permit de leur envoyer. » Les équipages des navires anglais furent recueillis sauf 80 hommes, qui avec des prisonniers français transférés du Formidable, s’étaient embarqués sur un radeau. Entraînés à la mer, ils périrent pour la plupart.

À la suite des avaries que lui avaient valu ses abordages successifs, le Soleil Royal s’était trouvé ramené du côté des Cardinaux. Conflans fit mouiller sur place et, le lendemain, fut très étonné de se voir, comme le constate Hawke, entouré des vaisseaux anglais et séparé des siens ; il alla, se mettre à la côte près du Héros et dans les parages du Croisic. La flotte française était complètement dispersée. Huit vaisseaux, au cours de la nuit ou au petit jour, s’étaient dégagés de la baie et avaient fait route pour Rochefort où ils arrivèrent le soir du 21 novembre.

Le prince de Beauffremont, chef d’escadre, qui avec son vaisseau le Tonnant appartenait à ce groupe, fut accusé d’avoir abandonné son amiral et de n’avoir pas obéi aux signaux de ralliement ; il protesta vivement contre ces allégations et justifia sa conduite. Nous devons reconnaître que plusieurs vaisseaux anglais firent de même et gagnèrent sans ordres la mer, pour échapper aux dangers de la baie. Hawke, qui mentionne le fait dans son rapport, ne leur inflige aucun blâme.

Dans la soirée du jour qui succéda à celui du combat, 7 vaisseaux et 4 frégates ou corvettes jetèrent l’ancre à l’embouchure de la Vilaine, et après s’être allégés d’une partie de leur artillerie, franchirent la barre à la marée suivante. Hawke voulut les poursuivre mais « le vent qui soufflait en tempête l’en empêcha, et au lieu de démarrer il fut obligé d’amener les perroquets. »

Le 22 novembre, la mer s’étant un peu calmée, les Anglais s’occupèrent du Héros et du Soleil Royal, échoués près du Croisic. À leur approche, les Français mirent le feu au vaisseau amiral, qu’ils avaient évacué la veille : « J’ai fait ce matin, à mon âge, écrivait Conflans, un prodige de force en débarquant le long de l’étrave. » Quant au Héros, il fut incendié par les Anglais.

Le bilan des journées désastreuses des 20 et 22 se traduisit, pour la marine française, par la perte de 6 vaisseaux, dont 1 pris, 3 naufragés et 2 détruits, et d’environ 2 500 hommes, dont la grande majorité noyés. Les Anglais eurent 2 vaisseaux naufragés et, d’après leur relation officielle, 300 hommes hors de combat auxquels il convient d’ajouter une centaine de noyés ou de débarqués sur la côte française et par conséquent prisonniers.

Hawke, après reconnaissance de l’entrée de la Vilaine, fit transformer quelques-unes de ses chaloupes en brûlots destinés à mettre le feu aux bâtiments français qui s’y étaient retirés, mais il dut renoncer à une entreprise que la saison rendait fort dangereuse et se contenter d’établir un blocus rigoureux. Les vaisseaux réfugiés dans la Vilaine y furent détenus pendant de longs mois ; ils n’en sortirent, qu’en 1761 et 1762, grâce à l’énergie et à l’intelligence de deux lieutenants de vaisseau, Hector et de Terray, qui obtinrent comme récompense le grade de capitaine de vaisseau.

La bataille de la baie de Quiberon, 21 novembre 1759 : le Jour d'après. Peinture de Richard Wright (1760)
La bataille de la baie de Quiberon, 21 novembre 1759 : le Jour d’après.
Peinture de Richard Wright (1760)

Entre Hawke et Aiguillon, les premiers rapports après la bataille furent des plus courtois ; un échange de prisonniers permit de renvoyer les survivants de l’équipage du Formidable, dont quelques-uns, transférés sur la Résolution, avaient péri avec ce vaisseau. Mais bientôt l’amiral anglais, grisé par sa victoire, émit des prétentions inacceptables. Il revendiqua comme prisonniers les gens du Héros, sous prétexte que ce vaisseau avait amené son pavillon et voulut s’emparer des canons du Soleil Royal.

Repoussé par les batteries de terre, il écrivit à Aiguillon une lettre pleine de menaces : « Je me vengerai sur tout le littoral avec la dernière sévérité... Je suis venu il y a huit mois dans l’intention de trancher le sort des deux nations avec M. de Conflans en pleine mer ; il n’a pas voulu m’attendre.... et m’oblige à avoir recours à des moyens qui répugnent à mes sentiments naturels et à mettre la contrée à feu et à sang. » La controverse se termina par le refus de remettre aux Anglais les matelots du Héros et par le bombardement inutile du bourg du Croisic. En Angleterre, l’émoi avait été grand quand on apprit la sortie de l’escadre de Brest, aussi dépêcha-t-on à Hawke des renforts qui n’arrivèrent d’ailleurs qu’après l’action.

Le combat des Cardinaux, ou la bataille de M. de Conflans, comme on l’appela à l’époque, fit peu d’honneur à la marine de Louis XV. C’est à bon droit que l’historien Mahan parle de l’affaire comme du Trafalgar de la guerre de Sept ans. L’amiral français, s’il ne mérita pas l’accusation de lâcheté qui a été quelquefois lancée contre lui, justifia le verdict d’incapacité que lui a décerné l’Histoire. Bien qu’inférieur de quelques unités aux Anglais, il aurait moins souffert dans un engagement au large de Belle-Isle que dans l’entonnoir où il entraîna son escadre.

Hawke sut tirer parti de sa supériorité numérique ; il montra beaucoup d’audace en poursuivant son adversaire et en pénétrant avec lui, par gros temps, sans pilotes et avec le vent soufflant à terre, dans des parages inconnus et semés de récifs. De côté et d’autre, peu de vaisseaux prirent réellement part à l’affaire ; dans l’escadre française, seuls, le Formidable, le Magnifique, le Héros, le Juste, le Thésée, appartenant presque tous à l’arrière-garde du brave Du Verger, furent successivement engagés. La plupart des bâtiments réfugiés à Rochefort n’eurent que des pertes insignifiantes ; ceux qui étaient entrés dans la Vilaine furent encore moins éprouvés.

Comment, en l’occurrence, expliquer l’isolement, dans lequel se trouva l’amiral français dans la matinée du 21 novembre ? La cour de Versailles, bénigne selon son habitude, ne soumit à aucune enquête les capitaines qui avaient abandonné leur chef ; elle se contenta de laisser sans commandement le pauvre Conflans et de faire attendre à Beauffremont et à Villars de la Brosse — le plus ancien capitaine des vaisseaux réfugiés en Vilaine — leur promotion au grade supérieur.

L’opinion des contemporains fut plus sévère : « Les circonstances de cette journée, écrivait un officier de l’escadre, sont à la bonté de notre marine et ne prouvent que trop qu’elle a peu d’officiers qui aient de la volonté, du courage et du talent, et qu’il est impossible de s’en servir à moins de la refondre entièrement et de lui donner des chefs capables de la conduire. » Quant aux matelots, en majorité bretons, des navires qui avaient combattu, ils n’eurent guère à se louer de l’administration ; le commissaire Le Brun se plaint amèrement de n’avoir pas de fonds « pour payer au moins aux mutilés (...) une conduite qui leur est due et qui, par leur triste état, leur devient nécessaire et qu’il serait, honteux pour l’État de ne leur point accorder, afin de les empêcher, après l’avoir si vaillamment servi, de demander l’aumône le long des chemins, ainsi que le font leurs camarades que j’ai congédiés hier et, tous ceux du Héros qui s’en retournent chez eux. »

Aucun document ne nous apprend si Le Brun, qui avait été obligé d’emprunter 3 000 livres pour donner une avance de vingt sols aux équipages du Héros et du Soleil Royal, fut à même de mieux traiter les blessés du Formidable.

La défaite de Conflans et la dispersion de la seule flotte qui restât à Louis XV déterminèrent la cour à abandonner l’expédition particulière. Le corps d’armée d’Aiguillon fut réparti dans les garnisons de la Bretagne et des côtes de la Manche.




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