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12 octobre 1799 : Jeanne Labrosse devient la première femme parachutiste - Histoire de France et Patrimoine


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12 octobre 1799 : Jeanne Labrosse
devient la première femme parachutiste
(D’après « La navigation aérienne » (par Arthur Mangin) édition de 1869,
« Description des machines et procédés spécifiés dans
les brevets d’invention, de perfectionnement et d’importation,
dont la durée est expirée » (Tome 2) paru en 1818
et « Histoire des grands inventeurs français du XIVe siècle
à nos jours » (par Philippe Valode) paru en 2015)
Publié / Mis à jour le jeudi 12 octobre 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
C’est avec le modèle amélioré du parachute dont son futur époux a fait l’expérience en s’élançant d’un ballon avec succès deux ans plus tôt, que Jeanne Labrosse effectue un saut d’une hauteur de 900 mètres, déposant trois ans plus tard au nom de son mari un brevet de l’appareil

À partir de 1784, le parachutage de petits animaux commence à être étudié par des physiciens aussi réputés que Blanchard et Lenormand. Mais la question principale est bien celle de la sécurité des aérostiers. Depuis qu’à la bataille de Fleurus, pour la première fois, un ballon d’observation militaire a été utilisé, il convient de mettre au point un matériel de sécurité pour les aérostiers.

Élève du physicien Charles — inventeur du ballon à hydrogène — André-Jacques Garnerin est emprisonné dans les geôles autrichiennes en 1792 lorsqu’il imagine un système fait de toile et de cordes qui lui permettrait de sauter des remparts de sa prison sans se tuer. Ses gardiens découvrant les préparatifs auxquels il se livre, lui ôtent alors les moyens de les continuer.

Schémas du premier parachute d'André-Jacques Garnerin, que l'inventeur essaya avec succès le 22 octobre 1797 au Parc Monceau : Calotte du parachute ; Parachute ployé, à l'instant du départ ; Parachute déployé, à l'instant de la séparation d'avec le ballon
Schémas du premier parachute d’André-Jacques Garnerin, que l’inventeur essaya avec succès
le 22 octobre 1797 au Parc Monceau : Calotte du parachute ; Parachute ployé, à l’instant
du départ ; Parachute déployé, à l’instant de la séparation d’avec le ballon

Dès sa libération, et comme il est sans fortune, il songe à se créer des moyens d’existence, l’exemple de Blanchard l’encourageant à se faire aéronaute. Mais il consacre tout d’abord ses efforts à la mise au point du futur parachute, et fin 1796, réussit le parachutage d’un chien à partir d’un ballon. Puis il se décide à entreprendre son propre saut. Après deux échecs, les 20 août et 9 octobre 1797, il réalise un saut presque parfait le 22 octobre suivant.

« Cette expérience a consisté, précise-t-il, à m’élever à 350 ou 400 toises (7 à 800 mètres) dans l’atmosphère, pour m’abandonner à cette hauteur à la merci d’un parachute qui embrasse une colonne d’air qui a pour base un cercle de 23 pieds (soit près de 7 mètres). Je le construisis en toile de canevas très légère, recouverte de papier des deux côtés. Le poids de ce parachute avec tous ses agrès est de 34 livres (16,6 kilos), celui de la nacelle de 19 livres (un peu plus de 9 kilos) et le mien de 113 livres (soit 57 kilos), en tout 169 livres. »

Le 22 octobre 1797, Garnerin s’élève d’abord dans les airs jusqu’à 915 mètres dans un ballon à hydrogène au-dessus du parc Monceau. Puis il coupe les cordes qui retiennent la nacelle au ballon et redescend dans la nacelle, le parachute en panneaux de soie déployé au-dessus de lui.

Passablement secoué, il atterrit de façon assez brutale, s’en tirant avec le genou un peu froissé — il avait eu le bon réflexe de sauter hors de la nacelle avant qu’elle ne touche le sol —, ce qui ne l’empêche pas de monter à cheval et de rentrer au jardin de Monceau, assure le journal L’Ami des lois, où il est comblé des marques de sympathie et de joie de la foule.

Portraits de Monsieur et Madame Garnerin (André-Jacques Garnerin et Jeanne Labrosse), par Christoph Haller von Hallerstein (vers 1803)
Portraits de Monsieur et Madame Garnerin (André-Jacques Garnerin et Jeanne Labrosse),
par Christoph Haller von Hallerstein (vers 1803)

Il reconnaît aisément la cause des oscillations ayant tant ému le public, et qui sont, en effet, de nature à occasionner les accidents les plus funestes. L’astronome Jérôme de Lalande, l’auteur de la célèbre Histoire céleste française (repérant la position de 50 000 étoiles), lui donne alors un précieux conseil : pour éviter les turbulences lors de la descente en parachute, il suffit de pratiquer une ouverture au centre de la voilure. C’est ainsi que Garnerin apporte à son parachute une modification indispensable en disposant sur le sommet du pavillon une cheminée d’un mètre environ de hauteur, donnant à l’air comprimé une issue qui, sans accélérer la descente de l’appareil, lui conserve une direction sensiblement verticales.

Cet appareil devient, dès lors, le palladium des aéronautes, qui manquent rarement de l’adapter à leurs machines ; plusieurs même, pour donner plus d’intérêt au spectacle de leurs excursions, les terminent en abandonnant leur ballon, et en se laissant descendre doucement sous le dôme de leur parachute.

La forme de calotte sphérique et les dispositions données par Garnerin à son appareil sont les seules conformes, non seulement aux lois de la statique, mais encore à celles du simple bon sens. Pourtant, en 1836, un Anglais nommé Cocking, grand amateur d’aérostation et tourmenté de la manie d’innover, aura la déplorable idée de renverser le parachute, d’en présenter à l’air la surface convexe au lieu de la surface concave ; c’était, dit avec raison Dupuis-Delcourt, « se suspendre à une sorte de vis aérienne, de tarière, qui, au lieu de ralentir la descente du corps, devait en accélérer la chute. » Cocking doutera si peu de l’excellence de son système qu’il voudra en faire lui-même l’expérience : le 27 septembre 1836, tenant son parachute dont il coupe la corde à plus de 1000 mètres, il atteint le sol en une minute et demie et meurt.

Le 12 octobre 1799, Jeanne Geneviève Labrosse, élève et future épouse d’André-Jacques Garnerin, est la première femme à sauter avec un parachute percé en son centre, permettant un écoulement harmonieux de l’air. Le 11 octobre 1802, elle dépose au nom de son mari le brevet n° 195 sur l’appareil dit parachute, destiné à ralentir la chute de la nacelle d’un ballon après l’explosion de celui-ci.

Illustration reproduisant le croquis accompagnant le brevet n°195 du parachute de Garnerin déposé le 11 octobre 1802
Illustration reproduisant le croquis accompagnant le brevet n°195 du parachute de Garnerin
déposé le 11 octobre 1802. © Crédit illustration : Agence Secrète (pour l’INPI)

Un brevet d’invention de cinq ans est officiellement délivré le 16 novembre suivant « pour l’invention d’un parachute, au sieur André-Jacques Garnerin, aéronaute, à Paris. » Le croquis détaillant l’appareil est accompagné de la notice explicative suivante :

« Parachute vu un peu de côté au moment de la descente, à environ 100 toises d’élévation. La nacelle dans laquelle l’aéronaute est placé est suspendue au-dessous par des cordes, à une distance à peu près égale au diamètre du parachute.

« A, vue du parachute déployé. Il est composé de trente-six fuseaux réunis à côté les uns des autres et formant une surface concave, de la nature de celle d’une voile enflée par le vent. Autant de fortes ficelles, partant du centre, règnent le long des coutures et viennent, en dehors de la circonférence, former, deux à deux, une pointe où l’on attache d’autres ficelles qui empêchent le parachute de se renverser et soutiennent la nacelle d’osier B.

« C, Tête du parachute : c’est une rondelle en bois qui sert à fixer quatre cordes qui concourent à soutenir la nacelle.

« D, Cercle en bois très léger, d’environ 8 pieds de diamètre ; il se trouve en-dessus, à l’extérieur du parachute, et sert à le tenir un peu ouvert lors de l’ascension. Son objet est de faciliter le déploiement du parachute au moment où il se sépare du ballon. »




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