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30 août 1817 : mort du peintre Mathieu Cochereau à l'âge de 24 ans - Histoire de France et Patrimoine


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30 août 1817 : mort du peintre Mathieu Cochereau à l’âge de 24 ans
(D’après « Mémoires de la Société archéologique
d’Eure-et-Loir », paru en 1876)
Publié / Mis à jour le dimanche 16 juillet 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Né près de Châteaudun et neveu de Pierre Prévost, auteur des Panoramas, Mathieu Cochereau, illettré jusqu’à 13 ans, annonce dès sa première jeunesse des talents qu’il perfectionne sous la direction du célèbre David, son premier tableau lui valant une pluie d’éloges et étant retenu pour figurer à l’exposition de 1814

C’est le 9 février 1793 que naquit Mathieu Cochereau, à Montigny-le-Gannelon (Eure-et-Loir), village pittoresque dont l’aspect pittoresque avait eu déjà une si heureuse influence sur Pierre Prévost, oncle de Mathieu.

La position du château de Montigny bâti sur le sommet d’un monticule dont la base est arrosée par les eaux du Loir, quelques constructions anciennes, tout concourt à faire de cet endroit le berceau d’un paysagiste. Tout enfant, Pierre Prévost chercha à reproduire ce qui charmait ses yeux ; le hasard vint à son aide. Un dessinateur, Moreth, remarqua les essais du jeune artiste, l’emmena à Paris et lui donna les premières leçons ; son second maître fut Valenciennes, paysagiste en réputation : c’est au sortir de son atelier que Prévost eut l’idée de perfectionner les tableaux en panoramas déjà connus en Angleterre. Le succès qu’il obtint par la vue de Paris prise du pavillon des Tuileries, le détermina à persévérer dans cette entreprise.

Absorbé par cette tâche, Prévost ne pensait à sa famille que pour lui envoyer la part que faisait sa main généreuse dans le produit de son travail. Sans oublier qu’il eût un neveu, il ne songeait pas que l’âge venait pour cet enfant de prendre un parti. Le jeune Mathieu, aide-maçon, avait atteint sa treizième année sans savoir ni lire ni écrire ; il avait bien entendu dire que son oncle, à Paris, gagnait de l’argent à faire des images ; et pour l’imiter, tout en gâchant le mortier, il couvrait les murailles de bonshommes.

Mathieu Cochereau
Mathieu Cochereau

Par bonheur un des principaux habitants du pays veillait sur cet enfant. Il n’est pas rare de rencontrer de ces paternités morales, de ces adoptions de cœur qui préparent l’avenir de ceux qui sont privés de protections naturelles. Pierre-Joseph Louvancour, juge de paix de l’endroit, en signalant à Pierre Prévost ces grossières tentatives, l’engagea à prendre son neveu avec lui ; mais Prévost, connaissant les difficultés d’ensemencer un terrain neuf, reculait devant cette responsabilité : enfin, pressé par les instances de cet ami de la famille dont le jugement faisait loi, il écrivit à sa sœur Madeleine de lui envoyer son fils.

D’après les renseignements puisés dans quelques lettres, on peut fixer ce départ à la fin de l’année 1807. Quelque disposition qu’on ait, l’apprentissage du peintre est rude ; en outre Cochereau avait son éducation à faire, il lui fallait apprendre et les éléments du dessin et ceux de la grammaire : il mena de front ces deux études, et, dès qu’il le put, il aida son oncle dans le travail des Panoramas. C’est en traçant les lignes d’architecture sur ces toiles sans fin qu’il se familiarisa avec la perspective, cette science que Léonard de Vinci appelle la base du dessin.

Deux années se passèrent ainsi avant que Cochereau fût présenté à David. C’était une faveur, et même un titre que d’être admis à suivre les leçons de ce maître dont la réputation était alors sans égale. Cette gloire rejaillissait sur le disciple : elle fut plus tard obscurcie par la critique, mais un nommé Lavoipière, qui sollicitait une place de conservateur dans un musée, écrivait encore en 1852 qu’il avait été chargé par David d’ébaucher le javelot de Tatius dans le tableau des Sabines. Ceux qui ont connu les ateliers de ce temps savent à quelles épreuves le nouveau venu était soumis et ne peuvent songer sans pitié aux charges que Cochereau dut endurer de ses camarades.

Pour l’en préserver autant que possible, son oncle avait substitué le prénom de Léon à celui de Mathieu. Notre jeune artiste supporta sans se révolter ces mystifications, qui ont pour but de dompter les caractères et de les dresser à cette confraternité dont ces réunions de jeunes gens donnaient l’exemple. Ce n’était pas précisément l’école de la sagesse ; mais au milieu de ces joyeuses plaisanteries, de ces conversations semées des plus hardis paradoxes, jaillissaient souvent des aperçus fins, et la raison, après bien des combats, triomphait presque toujours.

Les premiers pas de notre jeune artiste dans la carrière n’auraient pas été, dit-on, très satisfaisants ; et souvent, lors des corrections, le maître hochait la tête, ce qui n’était pas d’un bon augure pour l’élève, il n’en persistait pas moins et, comme le bœuf attelé à la charrue, il creusait péniblement le sillon. Son ardeur était telle que les moments de loisir étaient encore consacrés à acquérir de nouvelles connaissances. Citons un exemple rapporté par sa sœur. Il s’agissait de fêter une victoire, Paris devait se réjouir pendant trois jours.

Pour la circonstance Prévost donna quarante francs à son neveu. C’était beaucoup pour l’époque, c’était beaucoup pour un jeune homme peu habitué à satisfaire ses fantaisies ; tout autre en aurait eu mille ; celui-ci n’en eut qu’une : acheter un cadavre, qu’il transporta à l’amphithéâtre du Jardin des Plantes où il put s’installer, grâce à Gérard Van Spandonck, célèbre peintre de fleurs, ami de Prévost, professeur de dessin dans cet établissement. L’étude du nu, l’habitude de ne représenter que des sujets de l’antiquité rendaient la science de l’anatomie indispensable ; quelques artistes même, pour faire preuve de savoir, la poussèrent jusqu’à l’exagération. Pendant trois jours, penché sur le cadavre, le scalpel à la main, Cochereau put se rendre compte de l’attache et de l’insertion des muscles.

Ce travail opiniâtre devait avoir sa récompense. On raconte qu’un jour, après la séance du modèle et le départ des élèves, Cochereau, retenu à l’atelier par une pluie abondante, aurait été frappé de la foudre, et que soudain cet esprit qui semblait plongé dans les ténèbres, aurait conçu l’idée du tableau qui devait le rendre célèbre.

Chaque matin, à l’heure de l’étude, Cochereau cherchait dans les différents groupes les lignes les plus heureuses et faisait son choix dans la nature ; celui qui se contente de la copier dans toute sa réalité, peut être habile sans doute, mais ce n’est qu’un ouvrier. Quand il eut arrêté l’esquisse, il s’empara de la toile et, après la séance du modèle, il travaillait à cette composition que je décrirai rapidement pour ceux qui ne la connaissent pas. Dans une salle du rez-de-chaussée du collège des Quatre-Nations, plus tard l’Institut, une fenêtre cintrée éclaire une estrade, sur laquelle est assis Polonais, modèle accrédité plus encore pour l’éclat de sa carnation que pour l’élégance de ses formes. Son corps se détache en partie sur un poêle en fonte, dont l’immense tuyau rompt la monotonie du mur. De l’autre côté, plusieurs jeunes gens sont réunis pour l’étude.

Le tableau approchait de sa fin et Cochereau ne l’avait pas encore soumis au maître. Là, la tradition fait survenir David à temps pour surprendre l’élève peignant cet intérieur au lieu de l’académie de la semaine. Mais les témoins contemporains affirment que Cochereau n’avait fait appel à l’autorité suprême qu’après les vives instances de tous ses camarades qui avaient reconnu le mérite de son oeuvre. C’est alors que David fut consulté ; quoique peu prodigue d’éloges, il exprima vivement sa satisfaction, et comme il tenait beaucoup aux succès que remportait son école, il exigea que le tableau fût terminé pour la prochaine exposition.

C’était en 1814 ; cette exposition fut brillante. Les Bourbons venaient de rentrer en France et tenaient à honneur de protéger les arts. Les noms des peintres les plus célèbres figuraient sur le catalogue : Gros, Gérard, Guérin, Girodet, Prudhon, etc. avaient envoyé leurs meilleurs ouvrages ; déjà quelques hardis novateurs, tels que Géricault, Scheffer, manifestaient d’autres tendances, et de cette époque date le mouvement que Délécluze, le critique du Journal des Débats, dans sa protestation contre les nouvelles doctrines, n’a désigné pendant trente ans que sous le nom de Bourrasque romantique.

Intérieur de l'atelier de David. Peinture de Léon Mathieu Cochereau
Intérieur de l’atelier de David. Peinture de Léon Mathieu Cochereau

Dans un article du 15 janvier 1815, le Moniteur parle ainsi du tableau du jeune débutant : « Le public se porte avec empressement devant le tableau de M. Cochereau représentant l’intérieur d’une école de peinture où les jeunes gens étudient d’après le modèle. La variété des figures et l’extrême naturel de leur pose et de leur expression, la vérité des accessoires, le ton vigoureux et franc du coloris, la clarté pure des teintes lumineuses, la transparence des ombres, l’effet bien senti de la perspective aérienne, toutes les qualités qu’on peut désirer dans un tableau de genre font de cet ouvrage le premier de cet ordre. »

À cet éloge sans restriction, joignons l’article des Annales du musée Landon, qui fera mieux connaître l’esprit du temps : « L’intérieur d’une école de peinture où les élèves étudient d’après le modèle, petit tableau plein de vérité. C’est le premier ouvrage de l’auteur. Le succès qu’il obtient dans ce genre sans qu’il soit nécessaire de faire de longues études ni de grands frais d’imagination, la certitude de plaire au public et de séduire les amateurs engageront sans doute plus d’un artiste à abandonner la peinture historique, carrière longue et pénible qui ne supporte pas cette médiocrité sur laquelle il serait peut-être dangereux pour l’honneur des arts d’appeler la profusion des encouragements ; car ici il y a lieu de penser qu’il faut plus de talent pour faire un médiocre tableau d’histoire que pour créer un bon tableau de genre ; du moins on ne peut pas disconvenir qu’un bon tableau de genre est préférable à un mauvais tableau d’histoire. Au reste, si M. Cochereau se contente de l’accueil qu’il vient de recevoir du public sans chercher à agrandir la sphère de son talent, il peut être assuré d’un succès complet. »

Cette opinion sur la haute mission de l’artiste était la conséquence des principes du maître. David, en réformateur de l’école française, n’aspirait qu’au beau, et la peinture historique était seule appelée à l’œuvre de restauration. Comme base de l’enseignement, il avait pris la nature, cette source inaltérable où il faut sans cesse revenir si l’on ne veut tomber dans le faux et le maniéré. Il voulait qu’on la copiât sans en être esclave, qu’on cherchât à l’ennoblir par la comparaison avec l’antique.

En peu d’années, Cochereau avait acquis l’habileté du praticien : on se demande si plus tard il l’eût employée à de plus hautes conceptions. Du premier coup Cochereau donnait la mesure de son talent. Il était né pour transcrire et non pour créer. Lui-même est convaincu d’avoir atteint le but, et en terminant son tableau il écrit à sa mère qu’il est peintre. La nostalgie de l’idéal ne le tourmente pas, il ne dépassera pas ses forces.

Son tableau achevé, Cochereau part pour Londres où l’appelle Prévost pour travailler au panorama de cette ville ; son oncle lui réserve la partie importante. Le jeune artiste aura à peindre l’abbaye de Westminster, et on sait par les feuilles du temps avec quelle habileté fut rendu ce joyau de l’architecture gothique. C’est en exécutant ce travail qu’il apprit son succès à l’exposition du Louvre. Bientôt il refuse l’offre avantageuse de deux amateurs anglais, préférant laisser son oeuvre à l’administration des beaux-arts ; en cette circonstance il était plus sensible à l’honneur que séduit par le gain.

À son retour de Londres, Mathieu Cochereau, encouragé par son premier succès, tenta de reproduire une académie de dessin éclairée par la lampe ; une esquisse en partie terminée nous fait apprécier que ce second ouvrage aurait égalé le premier s’il ne l’eût surpassé. Cochereau s’y révèle plus inventeur ; son imagination seule a fait les frais de cette académie du soir qui n’existait pas. Il a groupé au centre de cette composition les plus beaux moulages d’après l’antique. C’est -vers cette époque, semble-t-il, qu’il fit cette autre esquisse représentant une séance de l’institution des sourds-muets où il peint l’abbé Sicard sur une estrade démontrant aux spectateurs les bienfaits de ces enseignements.

Cochereau laissa son propre portrait : il se représenta en effet dans un atelier, assis devant un chevalet ; la fenêtre qui l’éclaire laisse une partie de la figure dans la demi-teinte, et les rapports de l’ombre à la lumière sont si justes que la photographie, en reproduisant cette image, semble avoir eu la nature pour objectif. Ce tableau fut envoyé à Pierre Louvancour en témoignage de reconnaissance : on se rappelle que c’était son protecteur, celui à qui il devait cette position si inattendue.

Hélas ! ce devait être un dernier adieu. Cochereau l’adressait à son bienfaiteur avant son départ pour Athènes et Jérusalem, où il accompagnait son oncle pour faire le panorama de ces villes. Les deux voyageurs partirent au commencement d’août. En traversant la France, Cochereau ressentit les premières atteintes de la dysenterie ; arrivé à Toulon, il ne voulut pas retarder le départ de ses compagnons de voyage, au nombre desquels se trouvaient le comte de Forbin et l’architecte Huyot. Le mal de mer ne fit qu’augmenter les souffrances du malade, qui expira en face de l’île de Cerigo (l’ancienne Cythère), le 30 août 1817.

Dans une note de 1872, Auguste Couder, illustre doyen de l’Académie de peinture qui travailla avec Cochereau dans l’atelier de Davis, rapporte que « Cochereau était aimé de tous pour son aimable caractère ; il l’était aussi pour son esprit fin et fertile en bonnes plaisanteries, si amicales pourtant que la victime était la première à rire du trait bien décoché. »




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