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2 juin 1881 : mort du lexicographe et philosophe Émile Littré - Histoire de France et Patrimoine


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2 juin 1881 : mort du lexicographe
et philosophe Émile Littré
(D’après « La Presse » du 4 juin 1881)
Publié / Mis à jour le mercredi 3 mai 2017, par LA RÉDACTION

 
 
 
Homme de travail connu pour son Dictionnaire de la langue française et qui se délassait d’un labeur par un autre labeur plus rude, Émile Littré avait fini par connaître le champ entier de l’activité intellectuelle et par acquérir un savoir véritablement encyclopédique

Le père d’Émile, d’Avranches, auquel Barthélémy Sait-Hilaire dédia sa traduction de la Politique d’Aristote, fut collaborateur du Journal des hommes libres. C’était un patriote, un érudit, un philologue distingué. Émile Littré, son fils, né le 1er février 1801 à Paris, ne parlait de lui qu’avec attendrissement.

« Souvent, a-t-il écrit, en me comparant à mon père et en reconnaissant combien je lui suis inférieur, j’ai regretté que. les circonstances n’eussent pas été plus favorables à lui et, par compensation, moins à moi. Qu’est-il advenu ? Il a passé inconnu, vieillissant dans un emploi obscur, après avoir parcouru, non sans naufrages, les mers de l’Inde et combattu contre les Anglais. Et moi, quelques travaux qui ne sont pas restés sans encouragement de la part du public, m’ouvrant les Académies, m’ont placé avantageusement parmi les hommes de ma génération. Les succès tardifs (les miens l’ont été) ont cela de particulier que, n’éveillant pas dans l’âme une ambition qui serait sans avenir, ils demeurent sereins, comme la vieillesse, quand elle est sage. »

L’éducation de la maison paternelle fut complétée par de brillantes études au lycée Louis-le-Grand. Les jours de congé, Émile réunissait dans le jardin paternel de la rue des Maçons-Sorbonne ses camarades de collège, qui tous restèrent ses amis dévoués.

En 1819, à dix-huit ans, après avoir achevé ses classes, il entra chez le comte Daru en qualité de secrétaire mais, deux ans après, il quittait cette place pour se consacrer entièrement à l’étude de la médecine. Dès cette époque, il possédait à fond l’allemand, l’anglais, l’italien, le grec, le latin et le sanscrit. Il étudie la botanique et l’anatomie, suit les cours et les cliniques et est admis comme interne dans divers hôpitaux. À tous ses condisciples, dit Gervais de Caen, il inspirait dès lors plus que de l’estime ; c’était du respect.

Émile Littré. Gravure (colorisée) de 1872
Émile Littré. Gravure (colorisée) de 1872

Quand Andral, Bouillaud, Blandin, Casenave et d’autres médecins déjà célèbres créent le Journal de médecine, ils s’adjoignent Émile Littré, encore interne, comme collaborateur. À la mort de son père, survenue en 1827, il dut, pour subvenir aux besoins de sa mère, restée sans fortune, abandonner la carrière médicale et donner des leçons de latin et de grec. Il n’avait pas même l’argent nécessaire pour subvenir aux frais de sa thèse et d’un premier établissement, et il n’osait « charger sa vie » en contractant une dette envers ses anciens amis. Plus tard, il reprit ses études médicales. Mais, chose singulière, ce savant, qui devint membre de l’Académie de médecine, n’a jamais eu le titre de docteur.

Littré fit bravement le coup de feu pendant les journées de juillet 1830, et le jeune polytechnicien Farcy fut tué à ses côtés, sur la place du Carrousel. À cette époque, il était prote au National. Armand Carrel le remarqua et lui confia la traduction des journaux étrangers. Un jour, il donna en Variétés un article sur la Philosophie naturelle. Le lendemain, Carrel le fit appeler : « Vous ne pouvez rester là où vous êtes, lui dit le grand journaliste républicain ; vous êtes des premiers parmi nous. » Comment Carrel n’aurait-il pas été frappé de la beauté, du mérite solide et éclatant d’un article qui se termine par ces lignes éloquentes :

« À ceux qui aiment à trouver partout la pensée sous la matière, le beau sous l’utile, et la magnificence de la vérité à côté des intérêts de la vie, je dirai que la science a, comme la poésie, sa splendeur qui ravit les intelligences, et que lorsqu’on arrive à pénétrer quelques-unes des lois si simples et si grandes qui régissent les corps, à percevoir en esprit les rapides mouvements des globes célestes, à suivre les éternelles transformations de la matière, océan d’où tout sort et où tout rentre, enfin à considérer d’un œil calme et sérieux ce train toujours égal dont marche l’univers suivant l’expression de La Fontaine, on éprouve quelqu’un de ces indéfinissables sentiments qui viennent assaillir l’âme de celui qui, assis au bord de la mer, demeure absorbé dans la contemplation de l’immense et mobile scène déroulée à ses pieds. »

Littré devint alors et resta un des principaux rédacteurs du National, jusqu’en 1851. En 1839 il fut nommé membre de l’Académie des Inscriptions, après avoir fait paraître le premier volume de l’édition et de la traduction des Œuvres d’Hippocrate. En 1845, il adhéra aux doctrines d’Auguste Comte et publia une analyse raisonnée du Cours de Philosophie positive.

« C’est en 1840 que je connus M. Comte, écrit Littré. Un ami commun me prêta le Système de philosophie positive. M. Comte, apprenant que je lisais son livre, m’en envoya un exemplaire. Tel fut le commencement, de notre liaison. M. Comte ne s’était pas trompé dans l’avance qu’il me faisait. Son livre me subjugua. Une lutte s’établit dans mon esprit entre mes anciennes opinions et les nouvelles. Celles-ci triomphèrent d’autant plus sûrement que, me montrant que mon passé n’était qu’un stage, elles produisaient non pas rupture et contradiction, mais extension et développement. Je devins dès lors le disciple de la philosophie positive, et je le suis resté, sans autres changements que ceux que me commandait l’effort incessant de poursuivre, à travers d’autres travaux d’ailleurs obligatoires les rectifications et les agrandissements qu’elle comporte.

« Aujourd’hui, il y a plus de vingt ans que je suis sectateur de cette philosophie ; la confiance qu’elle m’inspire et qui fut au prix de longues méditations et de plus d’une reprise, n’a jamais reçu de démentis. Deux ordres d’épreuves ont été par moi mis en œuvre pour me préserver des illusions et des préjugés : d’abord, l’usage que j’ai fait constamment de cette philosophie, puis la sanction que le cours des choses lui a apportée. Je m’en suis constamment servi comme d’une sorte d’outil qui me trace les linéaments, l’origine et l’aboutissement de chaque question, et me préserve du danger de me contredire, cette plaie des esprits d’aujourd’hui ; elle suffit à tout, ne me trompe jamais et m’éclaire toujours. Le cours des choses ne lui est pas moins favorable que l’épreuve individuelle ; non seulement il ne la contredit pas, mais encore tout ce qui advient en science ou en politique lui prépare quelque nouvel appui mental ou social. »

Émile. Littré publia dans le National une série d’articles qui firent connaître la philosophie positiviste au grand public :

« En 1844, dit encore Littré, depuis plusieurs années le livre fondamental de M. Comte avait trouvé hors de France des appréciateurs publics ; mais au moment où mes articles parurent dans le National, il n’en avait pas encore trouvé en France. Ces articles ne passèrent pas tout à fait inaperçus : d’abord ils eurent l’avantage de causer à M. Comte une satisfaction bien méritée de cet homme qui sacrifiait tout à son idée et à ses travaux puis ils contribuèrent, dans une mesure que je n’exagère pas, mais qui fut pourtant réelle, à offrir un point de réunion aux esprits qui, curieux de science et de philosophie, cherchaient à les allier sans pouvoir y réussir. »

Cette propagande pour des doctrines, qu’il a quelque peu combattues lorsqu’il atteignit l’âge de cinquante ans, ne l’empêche pas de continuer ses divers travaux. Le 1er juillet 1847, il publiait dans la Revue des Deux-Mondes un article qui fut fort remarqué : La poésie homérique et l’ancienne poésie française ; il y essayait avec éclat la traduction du premier chant de l’Illiade, dans la langue des trouvères.

Quelques années auparavant, il avait remplacé Fauriel dans la commission chargée par l’Académie des inscriptions et belles-lettres de continuer l’Histoire littéraire de la France ; il apporta, dans les travaux de cette commission, un zèle tout particulier et fut l’un des auteurs des tomes XXI, XXII et XXIII. En 1854, il devint l’un des rédacteurs du Journal des Savants, auquel il ne cessa pas d’appartenir jusqu’à sa mort.

Mais l’œuvre capitale d’Émile Littré est son Dictionnaire de la langue française, monument d’érudition qui surpasse tout ce qui avait été tenté jusqu’ici. Il y travailla trente ans, de 1841 à 1872. En 1863, Littré se porta candidat à l’Académie française. Mgr Dupanloup fit contre lui une campagne mémorable et publia à cette occasion un virulent pamphlet dans lequel il déclarait qu’il sortirait de l’Académie si Littré y entrait. Ce qui n’empêcha pas le fougueux évêque d’Orléans de rester à l’Académie quand Littré en fut élu membre en 1871.

Il est vrai qu’alors Mgr Dupanloup aurait été obligé, pour être logique, de donner également sa démission de membre de l’Assemblée nationale, où Émile Littré représentait le département de la Seine et que depuis il eût été forcé de donner sa démission de sénateur. La grande colère de l’évêque provenait de ce que Littré avait traduit la Vie de Jésus, de Strauss.

C’est alors qu’on l’accusa de faire descendre l’homme du singe, bien qu’il n’avait jamais accepté la théorie du transformisme. C’est alors qu’on fit des allusions plus ou moins spirituelles à sa laideur et qu’on prétendit qu’il était la preuve vivante de notre origine simiesque. Petit, sec, d’abord froid, Littré n’était pas beau mais sa laideur respirait l’intelligence.

L'homme descend du singe. Caricature d'André Gill parue dans La Lune du 18 août 1878 : Sous les traits d'un singe, Émile Littré encourage Charles Darwin à sauter à travers les cerceaux de l'ignorance et des superstitions
L’homme descend du singe. Caricature d’André Gill parue dans La Lune du 18 août 1878.
Sous les traits d’un singe, Émile Littré encourage Charles Darwin à sauter
à travers les cerceaux de l’ignorance et des superstitions

La vie d’un pareil homme est racontée par l’énumération de ses œuvres. Aussi la carrière politique de Littré mérite-t-elle seulement une courte mention. En 1848, il fut conseiller municipal. En 1871, il fut élu représentant de la Seine par 87 780 voix. Il était le trente-septième de la liste. À deux reprises, en 1848 et en 1876, il refusa la croix de la Légion d’honneur. Enfin, il fut élu en 1875 sénateur inamovible.

C’était un homme simple et bon. En 1848, il avait acheté au Mesnil, près de Maisons-Laffite, pour le prix de 7 600 francs, une petite maison avec un petit jardin ; il y passait la belle saison avec sa famille ; charitable et dévoué, il soignait les paysans ses voisins, quand ils tombaient malades. La plus tendre affection ne cessa jusqu’au dernier moment d’unir l’illustre savant à sa femme et à sa fille.

Très libéral, Littré trouvait juste que son épouse conservât ses croyances. Jamais il ne combattit sa foi religieuse, jamais une ironie, jamais un sarcasme ne vint blesser les convictions si profondes de sa compagne. Madame Littré respectait, elle aussi, les doutes de son mari. Un jour, au milieu de l’une de ces crises si fréquentes et si dangereuses pour le malade, Littré s’évanouit. Son épouse, doucement, avait détaché de sa poitrine une petite médaille bénite et l’avait passée au cou de son mari. Le savant, reprenant connaissance, détacha la médaille et la remit à Madame Littré. Et penchant sa tête sur les mains de sa femme, il y déposa un long baiser sans murmurer un seul mot.

Chaque semaine, le vendredi, Littré faisait servir sur sa table un menu maigre. L’année de son décès, il dut se priver de l’une des plus douces distractions de sa vie un peu monotone : il ne put se rendre à Mesnil-le-Roi, où il trouvait plus de calme encore pour se livrer à ses recherches savantes. Sa santé, plus ébranlée, ne lui permit en effet pas ce déplacement. Le 25 mai 1881, un premier étouffement se produisit. Émile Littré devint tout à coup pâle, haletant. La mort lui donnait son premier avertissement. Homme de science consommé, il ne s’y trompa point.

Cependant il voulut continuer sa vie active. Il travailla encore. Une semaine avant sa mort, il dut s’aliter. Les crises plus fréquentes devenaient plus douloureuses et plus redoutables. Deux religieuses furent appelées au chevet du malade. Malgré ses souffrances, Littré conservait la plénitude de son intelligence. La veille de sa disparition, vers onze heures, se tournant vers sa femme et sa fille qui ne l’abandonnèrent pas un seul instant, il leur dit : « Ah ! je sens que je suis perdu ».

Des larmes s’échappèrent de ses yeux. La nuit fut agitée, douloureuse. Les étouffements suffoquaient le patient. Le jeudi 2 juin, à dix heures et demie, une nouvelle crise, qui devait être la dernière, survint. « J’étouffe, soulevez-moi ! » dit le savant. Son épouse et sa fille s’empressèrent autour de lui, et, le prenant dans leurs bras, cherchèrent à le soulever un peu. Mais le corps resta inerte. Émile Littré venait de rendre le dernier soupir.

« Aimer, connaître, savoir, a dit Littré, et, à mesure que nous avançons dans la vie, cultiver le souvenir de ceux que nous avons perdus, tel est le fondement de notre existence morale et de notre fidélité permanente. » Tel est en trois lignes, le résumé de sa longue carrière de quatre-vingts ans.




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