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Petite histoire du tabac

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Coutumes, Traditions
Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres
Tabac (Petite histoire du)
(D’après « Le Petit monde », paru en 1920)
Publié / Mis à jour le mercredi 8 juin 2016, par LA RÉDACTION
 
 
 
C’est en 1560 que Jean Nicot, nommé l’année précédente ambassadeur de France au Portugal et qui avait planté dans ses jardins quelques graines de tabac reçues du Brésil, fait parvenir à Catherine de Médicis de la poudre de tabac qu’elle employa pour soigner les migraines du jeune monarque François II, son fils

Le 12 octobre 1492, une caravelle battant le pavillon de la reine de Castille Isabelle la Catholique et commandée par le capitaine espagnol Christophe Colomb abordait dans un monde nouveau. Colomb et son équipage, surexcités par les richesses en toutes choses et surtout en or de ce pays inconnu voulurent y établir à leur profit un dur despotisme.

Les révoltes des indigènes, plus nombreux mais moins armés, y furent réprimées avec cruauté. Alors ceux-ci, devant ces hécatombes voulurent du moins donner à leurs armes l’effet le plus puissant. Et pour que leurs moindres blessures fussent mortelles, ils se mirent avant le combat à planter la pointe de leurs flèches ou de leurs lances dans un poison qu’ils portaient toujours à leur ceinture, enfermé dans une petite noix de coco pour pouvoir, s’ils étaient pris, se donner une mort instantanée. Ce poison était la nicotine.

Indien fumant le calumet de la paix
Indien fumant le calumet de la paix

La nicotine était extraite d’une plante appelée par les Indiens pétun (que nous appelons tabac, mot venant de l’espagnol tabaco, lui-même issu du vocable qui désignait une sorte de pipe chez les peuplades amérindiennes des Antilles et d’Amazonie), et à qui ils attribuaient un pouvoir surnaturel. Le Pétun chez eux, était manitou, c’est-à-dire génie du bien. Ils le brûlaient en gros faisceaux et dansaient, dans la fumée, des danses sacrées. Ils en mettaient aussi dans les fragments de roseaux ou d’os, des faibles quantités qu’ils allumaient et dont ils aspiraient la vapeur par la bouche et les narines.

C’est un peu comme si maintenant on bourrait et fumait son porte-cigarettes. Mais ils croyaient ainsi faire passer un peu en eux la puissance du Dieu. Le Pétun n’avait pas seulement une valeur religieuse pour les Indiens, il avait aussi une valeur curative : il guérissait toutes les maladies. Et c’est cette seconde et extraordinaire vertu à laquelle crurent les explorateurs européens.

L’Europe de la fin du Moyen Age, où les charlatans, les sorciers, les astrologues, les magiciens, les augures, étaient en faveur, adopta immédiatement le tabac. Tous ces explorateurs y voyaient une nouvelle source de profit. Un des pays où il s’installa en premier fut le Portugal. Notre ambassadeur en ce pays était alors Jean Nicot qui, ayant en 1560 l’occasion de retourner en France, le présenta à Catherine de Médicis, reine et régente de France.

Catherine de Médicis
Catherine de Médicis

Catherine de Médicis, remarquable à bien des points de vue, était naturellement disposée depuis sa plus tendre enfance aux pratiques de la magie et de la sorcellerie. Avec l’âge, cela ne fit que s’accentuer. Le tabac, avec sa réputation surnaturelle, était fait pour l’enthousiasmer. La première application qu’elle en fit lorsqu’elle en reçut de Nicot fut pour soigner les migraines auxquelles son fils François II était sujet. Le roi avait également le visage plein de plaies que rien ne guérissait : Catherine lui fit appliquer de la nicotine, peut-être la cause de son décès, que certains attribuent à ce traitement . Le prince mourut en effet avec tous les symptômes de l’empoisonnement.

Mais la passion de la reine n’en diminua pas pour autant, Attribuant, malgré tout, sa fortune aux sorcelleries, elle comptait sur elles pour la maintenir. Elle s’enfermait de plus en plus souvent dans une pièce où elle faisait brûler sans arrêt de grandes quantités de tabac, et là, le cerveau bouleversé par l’influence de ses vapeurs, elle prenait pour des conseils de son bon génie toutes les impressions que lui causaient cette ivresse extatique. Catherine introduisait ainsi par son exemple le tabac dans toute la France. Elle fit tout, pendant trente ans, pour répandre sa chère plante. La cour de France avait alors un grand prestige.

Le tabac se répandit, à l’étranger aussi, comme une traînée de poudre. Devant ces progrès, seuls quelques médecins s’insurgèrent. Ils eurent avec leurs confrères des discussions passionnées. Ils basaient l’impossibilité que le tabac avait de posséder des vertus curatives sur le raisonnement suivant : à cette époque, on divisait toutes les maladies en deux espèces, les maladies chaudes et les maladies froides. Contre les maladies chaudes, les remèdes froids, et contre les maladies froides les remèdes chauds, Donc un remède prétendant, comme le tabac, tout guérir, devait être à la fois chaud et froid ce qui était impossible.

Les discussions ardentes eurent ce résultat que chacun voulut encore plus connaître ce fameux tabac qui se répandit terriblement. Il procurait alors à ceux qui le vendaient de tels bénéfices que l’État décida de s’en réserver le monopole et en envoya régulièrement en chercher d’immenses quantités.

Plantation de tabac au XXe siècle dans la partie wallonne de la vallée de la Semois (Belgique)
Plantation de tabac au XXe siècle dans la partie wallonne
de la vallée de la Semois (Belgique)

On finit à la longue par se rendre compte du mal que faisait le tabac. On citait des cas d’empoisonnement. Mais ses partisans tinrent bon et dirent que le malheur venait de ce qu’on le prenait par la bouche : ce serait tout différent si on le prenait par le nez, parce qu’alors on arrêterait les maladies au cerveau qui était leur point de départ, Et le tabac, fumé ou prisé, connut encore de beaux jours.

Sous Louis XIV, commença de se répandre, grâce à un homme illustre, une nouvelle façon de fumer : c’est la pipe introduite par Jean Bart auquel elle servit, dans un fait d’armes que tout le monde connaît. Ce que tout le monde ne connaît pas, c’est que Jean Bart, primitivement robuste, mourut jeune d’une phtisie des poumons.

Après la Révolution et jusqu’en 1813, la nation vécut pour ainsi dire dans les camps. Partout on prit les allures militaires, et, comme les militaires, on fuma. Sous la Restauration, la pipe et l’abus du tabac rappelaient trop le régime militaire, le règne du soldat parvenu, l’Empire renversé. Le tabac devint séditieux. On pouvait savoir les opinions politiques d’un monsieur en le flairant. Et de plus en plus, le tabac (cigarette, pipe, et enfin avec Napoléon III, cigare), se répandit triomphalement partout, couvert du haut patronage que, par besoin d’argent, l’État lui accordait.

 
 
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