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Décors chevaleresques et fantastiques des émaux de Limoges au musée de Cluny

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Décors chevaleresques et fantastiques
des émaux de Limoges
au musée de Cluny
(Source : France Télévisions)
Publié / Mis à jour le samedi 28 mai 2016, par LA RÉDACTION
 
 
 
Les ateliers d’émaux limousins médiévaux n’ont pas produit que des pièces religieuses. Le Musée de Cluny, à Paris, nous le montre jusqu’au 29 août 2016 avec une (toute) petite mais magnifique exposition de pièces profanes, essentiellement des médaillons, autour d’un coffre fabuleux du début du XIIIe siècle qui a appartenu à un cardinal italien.

La production d’émaux limousins médiévaux qui nous est parvenue est essentiellement religieuse. On connaît donc mieux celle-ci. Pourtant, les ateliers de Limoges ont produit aussi une abondance de pièces à motifs et usage profanes, qui se sont moins bien conservés : des coffres, des chandeliers, des gémellions (bassins pour se laver les mains), des boucles de ceinture ou des éléments de harnachement.

Le musée de Cluny dédié au Moyen Age consacre à ces œuvres profanes une petite exposition-dossier d’une quarantaine d’œuvres, dont une trentaine de médaillons, autour du prêt d’un grand coffre somptueux qui a appartenu au cardinal Guala Bicchieri, cardinal italien qui fut au début du XIIIe siècle le représentant du pape et voyageait beaucoup. Amateur d’art, il avait rassemblé une collection d’œuvres d’orfèvrerie et d’ornements liturgiques léguée à l’abbaye Saint-André de Verceil, dans le Piémont.

Animaux fantastiques, créatures hybrides et scènes de chasse
C’est là, en 1823, lors de travaux à l’abbaye, qu’on découvre, encastré dans un mur, un grand coffre en bois orné d’émaux contenant les ossements du cardinal, qui appartient aujourd’hui au Palazzo Madama de Turin. Il a été restauré depuis : le bois a été changé, tout comme celui d’un coffret de dimensions plus modestes exposé à ses côtés, qui provient de la même collection mais est conservé au Museo Leone de Verceil.

A gauche, Médaillon ajouré : sirène-oiseau. Limoges, vers 1200-1210, conservé au musée de Cluny - A droite, Disque d'applique : cavalier au faucon. Limoges, vers 1200-1210
A gauche, médaillon ajouré : sirène-oiseau. Limoges, vers 1200-1210
A droite, disque d’applique : cavalier au faucon. Limoges, vers 1200-1210

Ils sont ornés de médaillons ajourés figurant des animaux fantastiques, entourés de motifs végétaux émaillés, ou de médaillons pleins et émaillés illustrés de scènes de chasse ou de rencontres galantes. Le fermoir du premier est particulièrement sophistiqué, avec plusieurs têtes de bêtes.

Autour sont exposés des médaillons isolés après la disparition des coffres qu’ils décoraient. Ils ont parfois été réutilisés, comme certains du trésor de Guala Bicchieri qui furent réutilisés au XVIe siècle pour décorer une église, avant d’être dispersés. Un certain nombre ont rejoint des musées, le Louvre notamment.

Des émaux sur cuivre gravé
Animaux réels et fantastiques sont des motifs récurrents des émaux à décor profane : taureaux, lions, dragons à queue de lézard ou bien hybrides, mi-humain mi-animal. Un dragon à une tête et deux corps, une sirène-oiseau ou un combat de dragons ailés sont des exemples de ces créatures extraordinaires. Les scènes chevaleresques sont également courantes, comme ces scènes de chasse à cheval et au faucon. Quelques chandeliers émaillés, ainsi qu’un gémellion, bassin subtilement décoré d’une scène courtoise entourée d’armoiries accompagnent les médaillons dans l’exposition.

Les émaux médiévaux de Limoges, dits champlevés, étaient réalisés sur des plaques de cuivre creusées d’alvéoles où on mettait de la poudre de verre mélangée avec différents oxydes pour les différentes couleurs. Un bleu profond, le turquoise, le vert tendre et le jaune sont des coloris caractéristiques de l’époque. Au four, la poudre fondait. L’émail était ensuite poli par ponçage. Les parties de cuivre réservées (celles qui restaient en surface) étaient gravées et ciselées, puis dorées avec un amalgame de poudre d’or et de mercure.

Un art contrefait au XIXe siècle
La redécouverte du Moyen Age au XIXe a entraîné une importante production de contrefaçons dont quelques-unes sont exposées ici. Il est parfois difficile de les distinguer des pièces d’époque. La pureté du cuivre est un moyen de reconnaître les œuvres médiévales, ainsi que la dorure au mercure. A l’inverse, la présence de certaines substances dans les émaux indiquent des œuvres plus récentes.

L’exposition tient dans une pièce. Et c’est une bonne occasion de voir ou revoir la Dame à la Licorne qui se tient juste à côté. La célèbre tapisserie a été toilettée et réinstallée dans une salle rénovée il y a deux ans.

Renseignements pratiques :
Musée de Cluny - Musée national du Moyen Age, 6 place Paul Painlevé, 75005 Paris
Exposition du 13 avril au 29 août 2016
Site Internet : http://www.musee-moyenage.fr/

Valérie Oddos
France Télévisions

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