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18 mai 1610 : les entrailles du roi Henri IV sont déposées à Saint-Denis

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18 mai 1610 : les entrailles du roi Henri IV
sont déposées à Saint-Denis
(D’après « Henri IV » par Jean-Pierre Babelon, édition de 2009)
Publié / Mis à jour le vendredi 18 mai 2018, par LA RÉDACTION
 

« Le quatorzième du mois de mai, le roi Henri le Grand fut misérablement tué en la rue de la Ferronnerie par un méchant et détestable vilain, nommé Ravaillac, qui fut depuis exécuté en Grève. Dieu veuille avoir l’âme de notre bon roi et maître. » On lit cette mention sur les minutes d’un notaire parisien, ému par l’événement soudain.

Tous les contemporains signalent l’épouvante qui se répandit immédiatement par la ville. Selon le mémorialiste Pierre de l’Estoile, le visage de la capitale, qui se préparait pour l’entrée de la reine, changea en un instant. « Les boutiques se ferment, chacun crie, pleure et se lamente, grands et petits, jeunes et vieux, les femmes et les filles s’en prennent aux cheveux. » L’Estoile n’avait pas été tendre ces dernières années pour Henri IV, et son témoignage n’est pas suspect.

Sitôt les coups portés par Ravaillac, on cria à la foule qui commençait à s’attrouper que le roi n’était que blessé, on fit baisser les mantelets des portières et on rentra au Louvre en hâte. Dès que le carrosse fut dans la cour carrée, « on cria au vin et au chirurgien — écrit Pierre Matthieu — mais on n’avait besoin ni de l’un ni de l’autre ». Le bruit de la blessure du roi y avait déjà été annoncé. On tira le corps du roi de la voiture et on l’emporta par le petit degré qu’il avait quitté une demi-heure avant, sur les bras de Montbazon, de Curson, de Vitry et de Noirmoutier. Il fut alors étendu sur un lit dans le petit cabinet de la reine. Le médecin Petit adresse quelques exhortations au moribond qui ouvre trois fois les yeux et les referme. C’est fini.

Le corps d'Henri IV exposé au Louvre, d'après François Quesnel l'Ancien (1543-1619)
Le corps d’Henri IV exposé au Louvre, d’après François Quesnel l’Ancien (1543-1619)

Le chancelier, qui était au Conseil, a été averti et monte aussitôt. La reine, dans son appartement, a entendu des bruits insolites, elle envoie Mme de Montpensier voir ce que c’est, et comprend aussitôt à sa réaction qu’il y a un malheur. « Mon fils », crie-t-elle d’abord, et elle se précipite dans le petit cabinet où Praslin se lamente de n’avoir point défendu le roi : « Madame, nous sommes perdus. » Elle s’effondre au pied du lit. Le dauphin est allé visiter, comme son père, les préparatifs de l’entrée royale ; il a à peine quitté la barrière du Louvre que Vitry le rejoint et fait faire demi-tour à son carrosse. Mené au pied du lit, l’enfant s’écrie : « Ha, si j’y eusse été avec mon épée, je l’aurais tué. » Mais le soir, à son souper, il fut pris de frayeur et déclara avec franchise : « Je voudrais n’être point roi, et que mon frère le fût plutôt ; car j’ai peur qu’on me tue, comme on a fait le roi mon père. »

Vers minuit, le corps fut dépouillé de ses vêtements. La tête était cireuse, la poitrine gorgée de sang, mais les traits étaient sereins. On l’habilla d’un pourpoint de satin blanc et on l’étendit sur son lit, dans la petite chambre du roi. Le lendemain, médecins et chirurgiens pratiquèrent l’autopsie, ils reconnurent la nature des coups dont le deuxième avait entraîné la mort, et remarquèrent la belle santé du défunt : « Toutes les autres parties du corps se sont trouvées fort entières et saines comme tout le corps était de bonne température et de très belle structure. »

Les entrailles furent mises dans un vase que l’on porta le 18 à Saint-Denis, et le cœur dans une urne de plomb enfermée dans un reliquaire d’argent en forme de cœur. Montbazon et 400 cavaliers l’emportèrent au collège de La Flèche, selon la promesse faite autrefois aux jésuites. Une fois le corps embaumé, il fut mis en bière, et celle-ci exposée « en la chambre qui va du cabinet à la galerie », la grande chambre de parade, sur un lit couvert de drap d’or frisé placé entre les deux croisées regardant la Seine, sous un poêle. On l’y laissa dix-huit jours, dans cette chapelle ardente où l’on célébrait quotidiennement 100 messes basses et 6 grand-messes.

Le 10 juin, la bière fut transportée dans la salle des Cariatides qu’on avait drapée de tapisseries. On la disposa sous un grand « lit d’honneur » sur lequel on plaça la représentation du roi, mannequin d’osier revêtu des habits du sacre ; les mains jointes et la tête, couronnée, étaient de cire. Des moulages faits sur le roi mort avaient été confiés aux trois meilleurs sculpteurs, Dupré, Jacquet et Bourdin, qui en tirèrent trois bustes. C’est celui de Mathieu Jacquet qui avait été choisi pour le mannequin. Selon l’antique coutume monarchique, le roi fut servi plusieurs jours aux deux repas par les serviteurs de sa maison, comme s’il était vivant. Puis Louis XIII vint le 25 juin lui donner l’eau bénite.

Le 29 juin seulement commencèrent les véritables funérailles de ce corps dont on avait jusque-là prolongé symboliquement l’existence terrestre pour prouver qu’en France le roi ne meurt pas. La bière fut portée le 29 à Notre-Dame pour une première cérémonie qui donna lieu à une immense procession des corps constitués et des différentes catégories de la population. Le 30, ce fut le départ pour Saint-Denis où l’inhumation eut lieu le 1er juillet. En hâte, on avait ramené de Compiègne le corps de son prédécesseur Henri III pour le placer dans le caveau avant l’arrivée de son successeur.

Henri IV, par Jean-Pierre Babelon
Pour en savoir plus

Henri IV, par Jean-Pierre Babelon. Éditions Fayard
1120 pages. Format 14 x 22 cm. 34,50 euros
ISBN : 978-2-213644028. Paru en 2009

Dans la mémoire des Français, Henri IV est le seul roi à n’avoir connu aucune disgrâce. Sa mort l’a auréolé d’une indestructible popularité et son règne est vite devenu l’auberge espagnole de notre histoire

 
 
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