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21 février 1673 : inhumation nocturne et quasi-clandestine de Molière

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21 février 1673 : inhumation nocturne
et quasi-clandestine de Molière
(D’après « Histoire de la vie et des ouvrages de Molière »
(par Jules-Antoine Taschereau) paru en 1825)
Publié / Mis à jour le samedi 20 février 2016, par LA RÉDACTION
 

N’ayant pas signé la renonciation à sa profession de comédien, Molière était mort sans les secours de la religion. Or le rituel du diocèse de Paris subordonnait l’administration des sacrements à cette renonciation. Aussi son épouse, Armande Béjart, argua-t-elle qu’elle avait demandé à trois prêtres de la paroisse de Saint-Sulpice de venir lui apporter l’extrême-onction, mais que les deux premiers avaient refusé, tandis que le troisième était arrivé trop tard.

Cependant, l’archevêque de Paris, François Harlay de Champvallon, refusait la sépulture religieuse à Molière. Cette persécution posthume arracha ces vers à l’indignation de Chapelle :

Puisqu’à Paris on dénie
La terre après le trépas,
A ceux qui, pendant leur vie,
Ont joué la comédie,
Pourquoi ne jette-t-on pas
Les bigots à la voirie ?
Ils sont dans le même cas.

Mademoiselle Molière — nom de scène d’Armande Béjart — garda un maintien qui, s’il n’était pas celui d’une douleur sincère et profonde, témoignait du moins qu’elle était fière encore de porter un tel nom. « Quoi ! s’écria-t-elle ; on refusera la sépulture à celui qui, dans la Grèce, eût mérité des autels ? » Elle alla à Versailles, se jeter aux pieds du roi, et se plaindre de l’injure qu’on faisait à la mémoire de son mari.

Molière
Molière

Mais, emportée par une sincérité irréfléchie, elle indisposa un peu Louis XIV, en lui disant que « si son mari était criminel, ses crimes avaient été autorisés par Sa Majesté même ». L’argument était trop sans réplique pour ne pas paraître inconvenant à une oreille habituée aux flatteries des courtisans. Pour surcroît de malheur, elle s’était fait accompagner par le curé d’Auteuil, afin qu’il témoignât des bonnes mœurs du défunt ; et ce pasteur, au lieu de s’en tenir à cette mission, entreprit mal à propos de se justifier d’une accusation de jansénisme dont il croyait qu’on l’avait chargé auprès du roi. Ce contretemps acheva de tout gâter. Le prince les congédia assez brusquement l’un et l’autre, en disant à mademoiselle Molière, que l’affaire dont elle lui parlait dépendait de l’archevêque de Paris.

Toutefois, comme la désobligeante maladresse de la femme ne diminuait en rien l’estime que Louis XIV avait pour la mémoire de Molière, il ordonna secrètement à Harlay de Champvallon de lever sa défense contre l’inhumation de Molière. Celui-ci ne s’exécuta qu’à moitié ; car il prescrivit au curé de Saint-Eustache, paroisse du défunt, de refuser son ministère à cette cérémonie funèbre. Il fut convenu que le corps, accompagné de deux ecclésiastiques, serait conduit directement au cimetière, sans être présenté à l’église.

Le jour désigné pour les funérailles, une foule de gens du peuple se réunit devant la maison de Molière, en manifestant des intentions hostiles. Il est plus que probable que les tartuffes et les ennemis de ce grand homme n’étaient pas étrangers à ce rassemblement. Sa veuve en fut épouvantée. On lui donna le conseil de jeter de l’argent à cette populace ; elle n’hésita pas, et une somme de mille francs environ, semée par les fenêtres, changea ses dispositions tumultueuses. Ces mêmes individus qui étaient venus pour troubler l’enterrement du grand homme, accompagnèrent silencieusement ses restes.

Le corps fut conduit, le 21 février au soir, au cimetière de Saint-Joseph, rue Montmartre, par deux prêtres et un cortège de cent personnes, composé de tous les amis de Molière, et de tous ceux qui l’avaient particulièrement connu, portant chacun un flambeau. Contre l’usage du temps, on ne fit entendre aucun chant funèbre.

Si l’on put craindre que notre premier comique n’obtînt pas un tombeau, on ne fut en revanche pas exposé à avoir les mêmes inquiétudes pour une épitaphe ; car à peine fut-il mort, qu’on en fit courir avec profusion dans Paris. La plus remarquable de toutes est celle que les regrets de l’amitié inspirèrent à La Fontaine :

Sous ce tombeau gisent Plaute et Térence,
Et cependant le seul Molière y gît.
Leurs trois talents ne formaient qu’un esprit
Dont le bel art réjouissait la France.
Ils sont partis, et j’ai peu d’espérance
De les revoir. Malgré tous nos efforts
Pour un long temps, selon toute apparence,
Terence, et Plaute, et Molière sont morts.

L’Académie française lui rendit après sa mort des honneurs qu’il avait mérités de son vivant : on assure que lorsqu’il mourut, il était sur le point de quitter le théâtre pour se faire recevoir. L’Académie regrettant que ce rare esprit ne lui eût point été associé, voulut du moins faire siéger sa mémoire dans l’enceinte où se réunissait sa société. Cette belle inscription fut placée sous son buste : « Rien ne manque à sa gloire ; il manquait à la nôtre ».

 
 
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