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Histoire des Français. Bataille de Ravenne : victoire au goût de défaite pour Louis XII - Histoire de France et Patrimoine


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Histoire des Français

L’Histoire des Français : systèmes politiques, contexte social, population, économie, gouvernements à travers les âges, évolution des institutions.


Guerres d’Italie : la bataille de Ravenne,
une victoire au goût de défaite
pour Louis XII en 1512
(D’après « Faits mémorables de l’Histoire de France », paru en 1844)
Publié / Mis à jour le dimanche 17 mai 2015, par LA RÉDACTION

 
 
 
En montant sur le trône en 1498, Louis XII se jeta avec passion dans la grande voie ouverte par Charles VIII vers l’Italie, aspirant à conquérir cette terre privilégiée dont l’Europe se disputait la domination. Mais en 1512, la France est profondément endeuillée lorsque le jeune Gaston de Foix, neveu du roi, trouve la mort après l’éclatante victoire de Ravenne à laquelle, en présence du chevalier Bayard, il vient de brillamment contribuer par son génie militaire, ayant mené nos troupes avec témérité.

Non seulement Louis XII, ainsi que son prédécesseur, revendiqua la couronne de Naples ; mais il réclama encore au nom de son aïeule, Valentine Visconti, la souveraineté du duché de Milan, dont la possession était passée aux Sforza : toutefois le droit du duc d’Orléans était contestable, car l’empereur Venceslas, en conférant ce duché aux Visconti, en avait exclu les femmes ; mais les entraînements de l’ambition, l’éclat de ces guerres, troublaient trop l’imagination du roi de France, pour que son équité naturelle n’en fût pas obscurcie.

Louis XII inaugura son règne par l’heureuse invasion de la Lombardie, et dès lors, dans les plus dures extrémités, il ne put se résoudre à abandonner ses prétentions, à repasser les Alpes. La conquête de l’Italie fut le but de toute sa vie, le mobile de toute sa politique ; elle décida de ses alliances et de ses inimitiés. C’est au delà des monts que se répandit le plus noble sang de la France ; c’est là que se formèrent nos grands généraux du XVI siècle et qu’ils cherchèrent leurs premiers triomphes.

Bataille de Ravenne
Bataille de Ravenne

En Italie, les destinées de Louis XII furent diverses, parfois heureuses, souvent contraires. Maître un instant de Milan et de Naples, il compromit ses succès par l’inhabileté de sa politique, par les brusques changements de ses alliances, et surtout par des exigences qui lui firent perdre le fruit de ses premières expéditions. Ses qualités mêmes tournèrent contre lui : résolu à combattre, il ne voulait pas que ses sujets se ressentissent des charges de la guerre ; et cette économie mal entendue diminua ses avantages. Après avoir conquis la Lombardie avec l’aide de Venise, Louis XII, redoutant l’ambition de la république, l’avait subitement délaissée et avait réuni tous ses ennemis contre elle, dans la ligue de Cambrai, formée en décembre 1508.

Quand le pape Jules II, le plus ardent adversaire du roi de France, qui néanmoins avait adhéré au traité de Cambrai, eut repris sur le Lion de Saint-Marc les villes de la Romagne, il rejeta son apparente amitié, s’unit aux Vénitiens contre le conquérant du Milanais, et, pour le chasser d’Italie, provoqua entre le Saint-Siège, le roi d’Aragon et Venise une union nouvelle qui prit le nom de Sainte-Ligue (octobre 1511), et à laquelle accéda secrètement Henri VIII, roi d’Angleterre.

Par sa faute, Louis XII se trouva dans une dangereuse situation ; il s’était aliéné ses plus chers appuis : Venise, par la dernière guerre dirigée contre elle ; les Suisses, en leur refusant une augmentation de subsides. La France restait seule devant la moitié de l’Europe, la cause de Louis XII semblait perdue de l’autre côté des Alpes, quand Gaston de Foix, ce héros de vingt-deux ans qui devait briller d’un si vif et si rapide éclat, releva notre fortune militaire par son génie et son audace, et vint épouvanter la Sainte-Ligue d’une admirable suite de victoires.

Gaston de Foix s'apprêtant pour la bataille de Ravenne
Gaston de Foix s’apprêtant pour la bataille de Ravenne

Gaston, à qui Louis XII, son oncle, portait une profonde affection, avait été nommé gouverneur du Milanais, et commandait l’armée française en l’absence du roi retenu en France par ses souffrances. La Ligue avait de toutes parts cerné Gaston de ses soldats ; d’un côté s’avançaient les Vénitiens, tandis que d’un autre seize mille Suisses marchaient sur Milan et qu’une armée espagnole assiégeait Bologne. Le jeune prince ne s’effraie pas du nombre de ses ennemis ; il réunit ses troupes et commence une campagne dont l’habile stratégie rappelle celle que Bonaparte déploya sur le même théâtre deux siècles plus tard. Avec treize cents lances et quatorze mille fantassins, Gaston court à ses adversaires, les attaque séparément, triomphe successivement, par d’actives manœuvres et une audacieuse activité, des Suisses, qu’il force à reculer, et des Espagnols, qui abandonnent Bologne à son approche ; il enlève Brescia aux Vénitiens et vient enfin assiéger Ravenne afin d’attirer vers lui les troupes de la Sainte-Ligue et de l’obliger à une affaire générale.

Son projet réussit selon ses désirs. Le 11 avril 1512, le jour de Pâques, s’engageait, sous les murs de Ravenne, la célèbre bataille qui devait être le triomphe du Foudre d’Italie, comme on nommait Gaston. La défaite des armées italienne et espagnole combinées fut complète. Successivement rompus par l’artillerie et chargés par la gendarmerie française, les bataillons ennemis cèdent à l’impétuosité des soldats que commandent Trivulce, La Palice et Gaston de Foix, qui, couvert de sa riche armure, le visage fier et assuré, se porte intrépidement partout où éclate le danger.

Enfin, après huit heures d’une lutte sanglante, la victoire demeure au jeune héros de l’Italie. La cavalerie pontificale s’enfuit en désordre ; le vice-roi de Naples, général des alliés, abandonne le premier le champ de bataille, et bientôt il est suivi de ses principaux officiers : les vieilles bandes espagnoles, ralliées par le vaillant Pierre de Navarre, reculent seules en ordre et en protégeant de leur fermeté la déroute de l’armée italienne. Gaston était vainqueur, il avait conquis dans cette journée une renommée qui le plaçait au premier rang des grands capitaines de son temps ; un glorieux avenir lui paraissait réservé, lorsqu’un mouvement d’imprudente ardeur anéantit tant d’espérances.

Encore au milieu du champ de bataille, tout couvert de sang et de sueur, il abandonnait à regret la poursuite des Espagnols ; Bayard le vit alors : « Monseigneur, lui dit-il, vous avez gagné la bataille et demeurez aujourd’hui le plus honoré prince du monde ; mais ne tirez plus avant et rassemblez votre gendarmerie en ce lieu. Le capitaine Louis d’Ars et moi allons après ces fuyants ; et pour homme vivant, monsieur, ne départez point d’ici que ledit capitaine et moi ne vous venions quérir. »

Le prince se rendait à regret à cet avis, quand il aperçut une troupe d’Espagnols qui se retirait en conservant une ferme contenance ; à cette vue il ne peut résister aux instincts de son courage : « Qui m’aimera si me suive, je ne saurois souffrir cela ! » s’écrie-t-il ; et, s’élançant contre cette terrible infanterie, à laquelle il ne veut même pas laisser le mérite d’une retraite honorable, il s’engage sur une étroite chaussée entre un canal profond et un fossé fangeux, et se jette sur les Espagnols, qui, à son approche, s’étaient retournés et lui présentaient le fer de leurs piques. Le malheureux prince ne sait pas reculer, à peine le peut-il d’ailleurs ; il charge avec fureur et le victorieux de Ravenne tombe percé de blessures au sein même de son triomphe.

Gaston de Foix tué à la bataille de Ravenne
Gaston de Foix tué à la bataille de Ravenne

Dès que la nouvelle de cette mort se répandit dans le camp, nos soldats en furent à ce point troublés, disent les mémoires de cette époque, que, si l’ennemi se fût rallié, l’armée française, déjà maîtresse du champ de bataille, était défaite. La Palice prit le commandement de nos troupes, laissa sept à huit mille hommes dans la Romagne, et ramena le corps du neveu de Louis XII à Milan, où un triomphe funèbre fut décerné à ces restes héroïques.

Dix mille soldats la pique baissée en signe de deuil, le marquis de Pescaire, l’intrépide Pierre de Navarre et avec eux tous les prisonniers faits à Ravenne suivaient le cercueil, devant lequel on portait quarante enseignes et guidons enlevés à l’ennemi. On déposa sous le dôme de la cathédrale de Milan le corps de Gaston, à qui on dressa un glorieux trophée des armes et des drapeaux des vaincus. Cette tombe, que protégeait une si haute renommée, fut lâchement violée quand les revers qui suivirent la mort de Gaston chassèrent les Français de Milan ; le cardinal de Sion fit arracher de son asile sacré le corps du héros, qui fut secrètement transporté dans un couvent. En 1515, François Ier, vainqueur à Marignan, répara cet outrage et consacra à la mémoire du Foudre d’Italie un magnifique monument.

La douleur de la France lorsqu’elle apprit la mort de Gaston de Foix égala celle de l’armée d’Italie : la Sainte-Ligue était vaincue, ses meilleurs généraux demeuraient prisonniers, un immense butin et une formidable artillerie restaient entre nos mains, mais ces avantages étaient encore trop chèrement achetés ; on regretta comme une défaite la victoire de Ravenne, où nos adversaires avaient perdu, avec douze mille hommes de leurs meilleurs troupes, leurs bagages et leurs canons.

Louis XII fut longtemps affligé du revers soudain qui avait attristé la journée de Ravenne : « Dieu nous garde de pareilles victoires ! s’écria-t-il en lisant la lettre de La Palice qui lui annonçait le double résultat de la bataille ; je ne l’ai point gagnée, mais bien perdue. » Il appréciait justement son malheur autant comme roi que comme parent : la mort de Gaston de Foix ramena la fortune du côté de la Sainte-Ligue. Bientôt la défaite de Novare (6 juin 1513) obligea les Français de repasser les Alpes ; le Milanais, tant de fois conquis, tant de fois perdu, échappa à Louis XII, et ce furent les frontières mêmes du royaume qu’il fallut sauver d’une invasion européenne.

 
 

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