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Pataud. Origine, étymologie mots de la langue française

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Savoir : Mots, Locutions
L’étymologie de mots et l’origine de locutions de la langue française. Racines, évolution de locutions et mots usuels ou méconnus
Pataud
Publié / Mis à jour le samedi 7 février 2015, par LA RÉDACTION
 
 
 
Personne gauche, lente et maladroite

Au XVIIe siècle, on appelait pataud un chien de cuisine (Le Roux, Dictionnaire comique). Ménage le dérive de patte, parce que ce chien avait de grosses pattes, et ajoute qu’au figuré, on disait pataud d’un gros enfant. Cette interprétation pouvait suffire dans les ruelles où Ménage était consulté sur une étymologie, et où l’on n’y voulait pas trop de détails, ni surtout de métaphysique. Mais pataud est en réalité une corruption de pitaud.

Pitaud signifiait un homme pesant de corps et court d’esprit, un lourdaud au physique comme au moral. On lit dans le Tableau, de La Fontaine :

Ce pitaud doit valoir, pour le point souhaité,
Bachelier et docteur ensemble...
Le coquin, lourd d’ailleurs et très court en esprit...

Ce mot avait son féminin, ainsi qu’on peut l’observer dans la Rome ridicule de Saint-Amant :

En vain l’amoureux tout surpris,
De sa pitaude oyant les cris.
Se rend la trogne furibonde ;
Tout discours y perd son latin ;
La brune, la rousse et la blonde
Passent par un même destin.

On appelle pitauds, dans Froissart et dans Monstrelet, des paysans arrachés de force à la charrue pour être transformés en soldats. Leurs membres, peu assouplis par les rudes travaux des champs, n’avaient pas l’élasticité de ceux des hommes de guerre, et leurs mouvements étaient à la fois lourds et gauches. Ce terme devint dans la suite un terme de mépris, principalement lorsque, par des manières incompatibles avec sa condition, ou par un langage emprunté aux citadins raffines, un paysan donnait prise au ridicule.

Dans ses Recherches de la France, livre VII, chapitre IX, Pasquier écrit :

« Jacques Pelletier, par divers chapitres, a dépeint les quatre saisons de l’année, et en celui de l’hiver a figuré quatre batteurs dedans une grange.

Conséquemment vont le blé battre
Avecque mesure et compas,
Coup après coup, et quatre à quatre,
Sans se devancer d’un seul pas.

« Sauriez-vous mieux voir des pitaux de village battant le blé dans une grange, que vous le voyez par ces vers ? »

Quant à Des Accords, il écrit dans les Touches :

Un pauvre pitaut de village
Tout esbahy me demandoit
Un seigneur quel homme c’estoit,
Car il luy sembloit au visage
Qu’il estoit homme comme nous :
— Amy, dis-je, il est davantage,
Car s’il est fol, il nous perd tous,
Et nous rend heureux, s’il est sage.

Dans ces deux passages, pitaux est dit naturellement. Dans cet autre, de Pasquier, il est dit avec affectation : « Il n’est pas que les pitaux de village, pour couvrir leurs blasphèmes, n’aient autrefois composé des vocables où ce mot de got est tourné en goy ; car quand ils dirent vertugoy, sangoy, mortgoy, ils voulurent sous mots couverts dire autant que ceux qui disent, vertudieu, sangdieu, mortdieu ; encore en firent-ils un plus impie, quand ils dirent jarnigoy, qui est autant comme s’ils eussent dit : Je renie, etc. »

Roquefort voit dans ces pitaux de village, des hypocrites. Ce n’est pas ainsi que Pasquier l’entend. Le premier de ces trois exemples, qui est aussi de Pasquier, aurait dû l’apprendre au lexicographe. Il en est de même de celui-ci, qui est de Saint-Amant, et qu’on peut lire dans le Melon :

La déesse des fours, des moulins et des plaines,
Où l’œil du bon pitaud voit l’espoir de ses peines ;
Celle qui, s’esclairant de deux flambeaux de pin,
A force de trotter usa maint escarpin,
En cherchant nuit et jour sa donzelle ravie,
Cérès au crin doré, etc.

Sigognes donne pétaude, féminin de pétaud, mais dans un sens différent et qui s’entend assez :

Mouffarde, pétaude, vessuë,
Retirez-vous, le nez vous suë,br>Et le lard n’est plus de saison.

On disait aussi, péhons de village, et piétons de village. Ainsi dans le Monologue du Franc Archer de Bagnolet, qu’on retrouve dans les œuvres de Villon :

... Pensez
Qu’on leur eust faict du mal assez,
Si l’en eust eu noble couraige.
Mesmes, ces pehons de villaige,
J’entens pehons de plat pays,
Ne se fussent point esbahis
De leur mal faire.

Ou encore dans le Dialogue de Malepaye et de Baillevant, toujours chez Villon :

Jurons sang bieu, nous serons creuz,
Arrière, piétons de village.

Ces deux versions n’indiquent-elles pas la véritable étymologie de pitaud ou pétaud ? Car pihon, pehon, pion et piéton signifiaient homme de pied. Les paysans ne combattaient qu’à pied ; combattre à cheval était le privilège exclusif des gentilshommes.

Un pitaud, dans la Haute-Marne, est un enfant trouvé, élevé à l’hospice, ou mis en pension à la campagne. Patoul, en picard, en normand et en rouchi, a la même signification que pataud. Il a la terminaison propre à la langue d’oïl, et marque la différence du dialecte des trouvères et celui des troubadours. Pitoux et piteux (en bas latin pietosus, venant de pietas, piété) sont des noms qu’on donnait aux Moralités ou pièces représentant la vie de Jésus.

 
 
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