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Boutique du pâtissier Piton à Paris. Café parisien apprécié de Guichardet - Histoire de France et Patrimoine


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Lieux d’Histoire

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Boutique du pâtissier Piton à Paris :
lieu de rendez-vous des noctambules
fermé vers 1860
(D’après « Histoire anecdotique des cafés et cabarets de Paris », paru en 1862)
Publié / Mis à jour le vendredi 16 janvier 2015, par LA RÉDACTION

 
 
 
Les pâtissiers de jadis avaient, à ce qu’il paraît, une réputation moins bonne que leurs brioches, puisque la sagesse populaire a dicté cette phrase proverbiale, en parlant des femmes : « Elle a honte bue, elle a passé par-devant l’huis du pâtissier. » Tout cela, parce que jadis ces estimables industriels avaient des boutiques à double fond, des boîtes à malice dans lesquelles les femmes entraient seules pour rester deux pendant plus ou moins de temps... Ainsi était encore, au milieu du XIXe siècle, la boutique du pâtissier Piton, lequel se retirera des affaires vers 1860, et dont la figure la plus emblématique fut un certain Guichardet.

Elle était grande comme la main, cette boutique dont s’empara le café de la Porte-Montmartre pour s’agrandir en 1860, mais elle ne désemplissait jamais. Dans le jour, c’étaient les passants et les passantes, des inconnus et des inconnues qui se promenaient sur le boulevard et qui, entre leurs repas, venaient là croquer quelques puddings ou quelques madeleines. Mais à partir de onze heures du soir, ce n’étaient plus des mangeurs de babas ou des mangeuses de savarins qui entraient chez Piton ; ce n’étaient plus des inconnus : c’étaient des gens de lettres ou des artistes, seuls ou en féminine compagnie.

Ceux-là et celles-là ne s’arrêtaient pas aux bagatelles du comptoir : ils et elles passaient dans le double fond de la boîte, dans l’arrière-boutique du pâtissier, pour « boire la honte » — et quelques fioles de bordeaux avec. Ils et elles sortaient des cafés voisins, de chez Wolff ou de la brasserie des Martyrs — où ils étaient restés jusqu’à l’heure de la fermeture — et ils s’attablaient joyeusement au piano.

Ce piano mérite une description spéciale, car il ne s’agit ici, comme on pourrait le croire, ni d’un Pleyel, ni d’un Érard, ni d’un Scholtus, ni d’un Herz. Ce piano était une table en fer à cheval — ou plutôt à équerre, ce qui n’est pas la même chose — qui faisait le tour d’une petite salle très-basse de plafond, où les paroles des soupeurs rebondissaient, comme volants de raquette, dans les oreilles et dans les assiettes. Il n’y avait place que pour une demi-douzaine de joueurs — de mandibules —, mais on trouvait toujours moyen de s’y « caser » une quinzaine, en se serrant un peu, comme au cabaret de Dinochau, et pour les mêmes raisons.

Ces petits soupers improvisés sur le pouce — ou plutôt sur le genou — ne duraient qu’un instant ; mais cet instant était bien rempli par les éclats de rire et par les plaisanteries effrontées qui s’entrecroisaient avec les verres. Le pâtissier Piton vous servait une soupe au fromage, quelques tranches de pâté, quelques charcuteries variées, beaucoup de bouteilles, une victuaille complète, et il se retirait pour revenir aussitôt vous annoncer qu’il fallait partir, « ces messieurs étant à la porte ».

« Ces messieurs » étaient les sergents de ville qui savaient que le pâtissier avait la permission de « une heure et demie, » et qui apparaissaient toujours, au moment précis, comme l’ombre de Banquo au banquet de Macbeth. Les soupeurs étaient terrifiés : « Déjà ! s’écriaient-ils, nous n’avons pas encore eu le temps de manger notre soupe et de boire un coup de vin ! » C’était vrai, parce que soupeurs et soupeuses — très peu affamés pour la plupart — avaient plus songé à causer à l’oreille, à se demander et à se promettre un tas de choses, qu’à entamer le contenu de leurs assiettes et de leurs verres. Pourquoi aussi dialoguer du pied quand on doit monologuer de la fourchette ? Piton savait tout cela, et il s’en réjouissait : c’était double bénéfice pour lui.

Parmi les noms illustres qui allaient dépenser une heure joyeuse dans cet affreux petit trou, et exécuter les variations les plus brillantes autour du piano du pâtissier Piton, dominait la figure de Guichardet, le dernier des noctambules. Théodore de Banville l’a chanté. Rappelons-nous les Triolets rythmiques :

Là, Guichardet, pareil aux Dieux
Montre son nez vermeil et digne.
Ici d’affreux petits Mayeux,
Là, Guichardet, pareil aux Dieux.
Murger prodigue aux curieux
De l’esprit à cent sous la ligne.
Là, Guichardet, pareil aux Dieux.
Montre son nez vermeil et digne.

un nez qui reluisait à la lueur du gaz comme un louis d’or amoureux, un nez frère de celui du marquis Gumpelino, de Henri Heine. Il allait, il venait, en habit noir, pede titubante, distribuant ses poignées de main aux hommes et ses sourires aux femmes, parlant de ceci, de cela, et de bien d’autres choses encore. Quand le tapage devenait trop violent dans un coin de la salle habitée par quelques-uns de ses amis, il s’écriait alors dans son épaisse moustache : « Allons ! allons ! Il y a trop de petits verres à la clef... Il faut baisser le ton ! » Et il se dirigeait vers le groupe turbulent, auquel il jetait le mot de Fontenelle : « Mes enfants, si nous ne parlions que quatre à la fois, hein ?... »

Guichardet n’était pas un des misérables forçats de l’amour, de la gloire ou de la fortune. Il n’était pas ficelé dans les bandelettes d’argent du préjugé. Il marchait libre et fier dans la vie, comme Socrate dans l’Agora. Il s’était conquis et s’appartenait. Guichardet était l’impavidus d’Horace. Il avait assisté à bien des naufrages, et avait failli se noyer plusieurs fois dans les flots noirs de cette mer toujours houleuse qui s’appelle la vie parisienne. Mais était est bon nageur, il avait regagné le port, d’où il voyait arriver et partir toutes les naufs, grandes ou petites. Quand l’une d’elles sombrait, il saluait et disait simplement : « Encore une ! » Puis il remettait son chapeau.

Guichardet fut l’ami — et l’ami bienveillant — de toutes les réputations de ce temps, Henri Beyle, Honoré de Balzac, Alfred de Musset, entre autres. Il vit naître et mourir bien des systèmes philosophiques, bien des religions sociales, bien des journaux politiques. Il fut le parrain de bien des doctrines littéraires. Il fut mêlé à bien des écoles artistiques, qui se sont dévorées entre elles. Il eut l’honneur de servir de modèle, pour le portrait de La Palférine, à l’auteur de la Comédie humaine. Il y avait dans toute sa personne un parfum d’exquise politesse et de spirituelle impertinence, qui le rendait le plus aimable compagnon du monde.

On le recherchait beaucoup, et il ne fuyait personne. Toutefois, comme il avait autant de déplaisir à heurter des niais et des importuns, qu’il avait de plaisir à rencontrer des intelligents et des discrets, il avait toujours en réserve, dans les tire-bouchons de sa barbe, à l’endroit des premiers, une série de formules qu’il semait tout le long de sa journée et de sa nuit, avec la parfaite indifférence que met un cadran à semer les heures.

Si l’un de ces importuns le croisait sur l’asphalte du boulevard et lui demandait d’où lui venait l’air soucieux qu’il avait en ce moment, comme ses soucis ne regardaient personne, il répondait invariablement : « Je remue le monde par ma pensée. » Un autre importun — le même ou quelqu’un des siens — l’aperçoit chez Hill, un peu ebriolus, et s’étonne, tout haut, de le voir en cet endroit, lui, un homme sérieux ; et Guichardet lui répond, sans plus s’émouvoir : « C’est précisément parce que je suis un homme sérieux que je suis ici : je moralise les cabarets par ma présence et par ma conversation. »

Ou bien, lorsque, dans cette taverne, ou ailleurs, un gandin le regarde des pieds à la tête d’un air de pitié pour son costume un peu délabré, il lui jette un : « Je vous demande pardon, monsieur, de n’avoir pas trente mille francs de rente. » Ou bien encore, un : « Croyez-vous donc que, comme vous, monsieur, j’aie l’intention d’en imposer à l’humanité par l’étalage d’un faux-col ?... » Quand, assis dans un café, fumant sa cigarette, rêvant à mille choses, au passé, au présent, à l’avenir, au souper de la nuit, au déjeuner du lendemain, il était harcelé par le bourdonnement de ses voisins, jeunes moustiques de lettres qui causaient ab hoc et ab hac, il les faisait taire, du moins il essayait de les faire taire avec un : « Émettons des idées nouvelles, ou taisons-nous ! » Et comme les jeunes moustiques de lettres n’étaient pas assez riches — à eux tous — pour émettre des idées nouvelles, ils se taisaient et laissaient Guichardet dormir, ou plutôt rêver.

On ne peut dormir ou rêver toute la journée : il faut aller souper chez Leblond ou chez Vachette, à cent sous ou à cent francs, selon les amphitryons du moment. Guichardet, que l’on sait aimable convive, est naturellement du souper. Entre la poire et le fromage, un gandin de lettres se croit autorisé, par l’heure avancée de la nuit et de l’addition, à lui raconter ses insuccès auprès de M. de La Rounat ou de M. Montigny, ou de M. Billion, ou de M. Bartholy ; il l’apaise d’un geste noble, en lui disant avec bonté : « Espérez, jeune homme, espérez ! L’avenir couronnera vos talents et vos efforts ! » Ou bien encore : « Continuez, jeune homme, continuez ; vous réussirez malgré les méchants et les pervers ! »

Et comme il y a des chevilles qui vont à tous les trous, et des manches à tous les gigots, le jeune auteur remercie chaudement Guichardet de ses encouragements et se tient pour consolé. Quelquefois, à ce même souper, il se trouve un romancier très à la mode à qui chacun fait ses compliments empressés et intéressés. Vient le tour de Guichardet, qui s’écrie : « Mon cher Trois-Étoiles, je suis désespéré, parce que vous allez si vite que je n’aurai jamais le temps de comprendre votre talent et vos œuvres ! »

Assurément il y avait à boire et à manger dans cette phrase ; le romancier à la mode ne savait pas au juste si c’était une épigramme ou un éloge. Cependant comme, après tout, il y était question de son talent, il se déclarait satisfait et remerciait Guichardet, qui déclarait qu’il n’ y avait pas de quoi.

Il y avait d’autant moins de quoi qu’il avait l’habitude de demander au même romancier, toutes les fois que celui-ci avait l’imprudence de l’arrêter, lorsqu’ils se rencontraient : « Est-ce que vous vous livrez toujours aux intéressants travaux de l’esprit ? » Cette formule est cousine germaine de celle qu’il avait à sa disposition, lorsqu’il était rencontré par un neveu de M. Le Verrier, l’astronome : « Est-ce que monsieur votre oncle s’occupe toujours des petites affaires célestes ? »


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