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L'an 2000 vu par le chimiste Marcellin Berthelot à la fin du XIXe siècle. Vision ou fiction ? - Histoire de France et Patrimoine

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L’actualité au prisme de l’Histoire, ou quand l’Histoire éclaire l’actualité. Regard historique sur les événements faisant l’actu
L’an 2000 vu par le chimiste
Marcellin Berthelot à
la fin du XIXe siècle
(D’après « Les Annales politiques et littéraires », paru en 1909)
Publié / Mis à jour le mercredi 23 mai 2018, par LA RÉDACTION
 
 
 
Le 7 janvier 1909, dans son discours prononcé lors de sa réception officielle à l’Académie française, le publiciste et sénateur Francis Charmes fait l’éloge de son prédécesseur le chimiste, historien des sciences et homme politique Marcellin Berthelot, dont il nous livre la vision qu’il avait dressée de notre planète en l’an 2000... celle d’un nouvel Éden au sein duquel la déesse chimie, palliant tous les besoins de l’Homme, se serait substituée à Dieu

Au milieu des travaux qu’il menait, d’un caractère si pratique, Marcellin Berthelot, quelquefois, rêvait. En avril 1894, il assistait au banquet de la Chambre syndicale des Produits chimiques, et, à l’heure des épanchements et des confidences, il abandonna sa parole au libre caprice de son imagination.

« L’avenir de la chimie, s’écria-t-il, sera plus grand encore que son passé. Laissez-moi vous dire, à cet égard, ce que je pense : il est bon d’aller de l’avant par l’acte quand on le peut, mais toujours par la pensée. »

Et M. Berthelot, allant de l’avant par la pensée, cherchait à prévoir ce que serait le monde en l’an 2000, c’est-à-dire demain, ajoute Francis Charmes. Il jetait un regard sur la terre ; elle était devenue méconnaissable. Plus de troupeaux, ni de pâtres pour les garder ; plus de moissons, de vergers, de vignes ; et, naturellement plus de laboureurs, de vignerons, d’ouvriers agricoles d’aucune sorte.

Le photo-téléphone de l'an 2000
Le photo-téléphone de l’an 2000

La terre entière était un immense bocage disposé pour le plaisir des yeux. Plus de mines en exploitation, plus de mineurs, plus de grèves. Les douanes ayant disparu avec les frontières, plus de protectionnisme, plus de jalousies entre les nations, plus de guerres. Tous les hommes étaient fraternellement réconciliés dans le bonheur commun.

Ai-je besoin de dire quel magicien avait fait ces miracles ? Seul, le chimiste en était capable. Dieu, en chassant l’homme du paradis terrestre, l’a condamné autrefois à gagner sa vie à la sueur de son front ; au siècle prochain, le chimiste l’aura relevé de cette déchéance, et ramené triomphalement dans le paradis perdu et retrouvé : il lui aura suffi, pour cela, de lui donner gratuitement les produits, nécessaires à son alimentation.

Et quoi de plus simple ? Puisque nous sommes faits de quatre éléments qui abondent dans la nature, est-il donc si difficile à la synthèse chimique d’en recomposer, sous forme d’aliments, les quantités que nous perdons ? Alors, chacun emportera le matin, pour se nourrir dans la journée, sa petite tablette azotée, sa petite motte de matières grasses, son petit morceau de fécule ou de sucre, son petit flacon d’épices aromatiques accommodées à son goût particulier, et ce sera le bonheur parfait : la question sociale sera résolue. M. Berthelot en est sûr ; je le suis moins que lui, nuance Francis Charmes.

A quoi les hommes, affranchis de l’obligation du travail, emploieront-ils leurs loisirs ? s’interroge-t-il en effet. C’est une terrible épreuve de n’avoir rien à faire ! Ils s’adonneront, j’y consens, à la recherche désintéressée du bien et du beau, à la pratique des arts, et, sans doute aussi, aux spéculations sans fin de la philosophie. Ils discourront, à la manière des sages antiques, sous de beaux arbres désormais dispensés de porter des fruits.

Mais qui sait si ces discussions mêmes n’enfanteront pas des disputes, des querelles, des guerres même ? Non, affirme résolument M. Berthelot, car les hommes « gagneront en douceur et en moralité, à mesure qu’ils cesseront de vivre par le carnage et par la destruction des créatures vivantes ». Et, pourtant, un doute reste au fond de son âme. Il faudrait aussi, dit-il, découvrir « une chimie spirituelle qui changerait la nature morale de l’homme aussi profondément que notre chimie transforme la nature matérielle ».

 
 
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