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18 septembre 1698 : le Masque de fer à la Bastille. Une énigme historique

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Événements marquants
Evénements ayant marqué le passé et la petite ou la grande Histoire de France. Faits marquants d’autrefois.
18 septembre 1698 :
le Masque de fer à la Bastille
(Source : Le Figaro Histoire)
Publié / Mis à jour le jeudi 18 septembre 2014, par LA RÉDACTION
 
 
 
Comment l’embastillement d’un prisonnier masqué a donné naissance à l’une des énigmes les plus durables de l’histoire de France

A trois heures de l’après-midi, en ce 18 septembre 1698, Bénigne Dauvergne de Saint-Mars pénètre dans l’immense forteresse de la Bastille pour en prendre la tête. Cet ancien mousquetaire, qui servit sous les ordres de d’Artagnan avant d’être promu gouverneur de prison en 1664, n’y entre pas seul : un prisonnier l’accompagne depuis ses précédentes mutations, de la citadelle de Pignerol en 1665 à l’île Sainte-Marguerite en 1687, en passant par le fort d’Exiles en 1681.

« Fort honnête homme » selon Mme de Sévigné, Saint-Mars a déjà eu la garde du surintendant des finances Fouquet, mort à Pignerol en 1680, et du duc de Lauzun, libéré en 1681. Mais le prisonnier qui pénètre à la Bastille ce jour-là est d’un genre particulier. Sur le registre d’écrou, le lieutenant du roi consigne l’arrivée de Saint-Mars et du prisonnier « dont le nom ne se dit pas ».

Particulier, le régime auquel il est soumis l’est encore davantage. Isolé, sommé de taire son identité, il est surtout contraint au port d’un masque lors de ses déplacements : masque de fer au fort d’Exiles, de velours noir à Paris. Après cinq ans d’incarcération, il meurt le 19 novembre 1703 puis est inhumé dans le cimetière de l’église Saint-Paul, sous le nom de Marchioly - sans doute pour Matthioly un prisonnier détenu depuis 1679 à Pignerol, qui serait mort après son transfert à Sainte-Marguerite. Les prisonniers d’Etat étant alors enterrés sous de fausses identités, Saint-Mars aurait choisi celle de Matthioly en raison des rumeurs qui circulaient déjà sur son détenu et l’identifiaient à cet Italien. En entretenant cette allégation, il posait un nouveau masque sur le malheureux.

Le Masque de fer
Le Masque de fer. Version illustrée reprenant la thèse du prisonnier royal

« Un prisonnier languit que les cachots tueront / Dont nul ne sait le nom, dont nul n’a vu le front / Un mystère vivant, ombre, énigme, problème », s’exaltait Victor Hugo à son sujet dans sa pièce Les Jumeaux. Prince de sang, valet, étranger, amant gênant, noble menaçant... qui se cachait derrière le masque ? Depuis trois siècles, sa légende a nourri une cinquantaine de théories plus ou moins fantaisistes. Tour à tour, le duc de Lauzun, le comte de Vermandois — fils de Louis XIV et de Mme de La Vallière —, le duc de Monmouth, le ministre Fouquet... ont été recouverts du fameux masque.

Au terme d’une rigoureuse enquête (Le Masque de fer, Perrin, 2011), l’historien Jean-Christian Petitfils a montré récemment qu’il se serait agi en réalité d’un valet, Eustache Danger, arrêté en août 1669 pour avoir surpris un secret d’Etat : des négociations entre Louis XIV et le roi Charles II d’Angleterre. Le monarque britannique, qui souhaitait alors devenir catholique, y demandait l’appui de la France en échange de son soutien contre les Provinces Unies. Comme en atteste la fameuse affaire des Poisons (1679-1682), les exécutions sommaires restaient rares à l’époque.

Eustache Danger n’aurait donc pas été tout bonnement éliminé. Quant à l’aura de mystère autour de son prisonnier, Saint-Mars l’aurait en partie entretenue par orgueil. Avide de reconnaissance, il aurait fait passer le simple valet pour un prisonnier de haut rang dont il fallait préserver l’identité. C’est à son initiative qu’il aurait été masqué, le prestige du geôlier devenant proportionnel au secret planant sur son détenu.

Cette énigme carcérale n’est pas un cas unique : l’emprisonnement anonyme pour raison d’Etat est une pratique connue. Mais c’est avec Voltaire et son Siècle de Louis XIV que ce secret historique s’est transformé en mythe politique. En s’appuyant sur les allégations du marquis de Barbezieux, le fils de Louvois, furieux de ne pas avoir été admis au Conseil d’Etat par Louis XIV, il fait du captif un frère aîné du roi qui aurait été écarté du trône. Quoique hautement improbable — une naissance royale n’aurait pu passer inaperçue —, cette théorie sert alors les ennemis du régime, l’homme au masque de fer devenant à leurs yeux le symbole des crimes de la monarchie absolue.

Le mythe est ensuite exploité méthodiquement au XIXe siècle par le courant romantique et se perpétue allègrement depuis le XXe siècle lorsque le cinéma (dernier film en date, L’Homme au masque de fer, 1998, avec Leonardo Di Caprio) s’ajoute au roman pour entretenir l’énigme. Car même si le mystérieux prisonnier semble bien avoir tombé le masque, la distance entre la vérité et sa fortune légendaire suffit à lui assurer pour longtemps encore une belle postérité.

Anne-Laure Debaecker
Le Figaro

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