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Jean Bart (1650-1702). Portrait, biographie, vie et oeuvre du marin et corsaire - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Bart (Jean), corsaire s’illustrant
durant les guerres de Louis XIV
(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1848)
Publié / Mis à jour le mercredi 17 septembre 2014, par LA RÉDACTION

 
 
 
Le 7 septembre 1845, Dunkerque inaugurait avec des honneurs extraordinaires la statue de l’illustre marin. Ce jour avait été choisi comme anniversaire, en commémoration du fameux triomphe remporté par Jean Bart, le 7 septembre 1676, sur une frégate hollandaise dont les forces étaient au moins triples des siennes...

Lille, Turcoing, Bergues, Saint-Omer, Calais, Gravelines et plusieurs autres villes voisines avaient envoyé des députations pour prendre part à cette fête vraiment nationale ; une foule immense se pressait au pied de la statue encore voilée, attendant avec impatience qu’on la découvrît. Le marbre enfin apparut à tous les regards : de longues acclamations saluèrent l’œuvre de l’artiste, où semble revivre ce hardi capitaine, une des gloires de la marine française.

Le statuaire a représenté Jean Bart au plus fort du combat, à l’instant de l’abordage : l’épée d’une main, le pistolet, de l’autre, déjà l’intrépide corsaire enjambe un des canons du bord ennemi ; il avance sans peur, la poitrine offerte à tous les coups, et, dédaignant le danger, il tourne la tête du côté des siens pour les animer du geste et du regard. C’est une noble image, digne de celui qu’elle représente, digne aussi de la cité patriotique qui l’avait commandée au ciseau de l’artiste. La vie entière de Jean Bart, tout son courage, tous ses hauts faits sont réunis en quelque sorte dans cette attitude héroïque de la statue, et ce marbre, animé par l’inspiration du talent, parle au coeur, en même temps qu’aux yeux.

Statue de Jean Bart, à Dunkerque
Statue de Jean Bart

« C’est ainsi, disait le comte Roger, alors député de Dunkerque, et qui fut l’orateur naturel de cette inauguration, c’est ainsi que les hommes illustres doivent être honorés et produits au peuple. Sous la gloire populaire il se cache toujours une leçon profonde et un grand enseignement. Vous tous qui m’écoutez, vous vous assemblez ici pour saluer cette image, pour couronner cette puissante personnification du génie maritime ; gardez la mémoire des émotions de ce jour ; et si la paix dont vous jouissez était jamais troublée, si les heures de danger revenaient pour la France, on vous verrait, j’en atteste les souvenirs du passé, fidèles à vous-mêmes, montrer ce courage qui pousse aux grandes actions, ce dévouement qui les inspire, cette énergie qui les accomplit !... »

Personne n’en doute ; à l’heure du danger, la France n’aura pas besoin de faire appel au courage de ses marins. Dunkerque, Cherbourg, Saint-Malo, se vantent justement de n’avoir pas été les moins utiles à la défense nationale, et il faut interroger les Anglais pour savoir quelle terrible guerre nos corsaires ont faite depuis deux siècles aux ennemis de la France. Le corsaire, comme on sait, reçoit une lettre de marque signée du ministre ; il arme lui-même son vaisseau pour la course, il combat en volontaire, à ses risques et périls ; mais il n’en est pas moins au service de l’État et soumis au code maritime.

Aussi ne peut-il être confondu avec le pirate. De toutes les nations qui ont une marine, nulle plus que la nôtre ne fut redevable à ses corsaires. Raynal a consigné dans son Histoire philosophique, les services immenses que la course a rendus à la France pendant toutes les guerres de Louis XIV, et Vauban, qui personnifie en quelque sorte le génie de la défense, a écrit tout un mémoire pour démontrer la nécessité et l’avantage des armements de corsaire : « Il faut, dit-il, de toute manière faciliter la course tant que durera la guerre. »

Les noms de Jean Bart et de Du Guay-Trouin, rendus illustres par tant d’exploits audacieux et tant de prises faites sur l’ennemi, disent assez de quel puissant secours les corsaires ont été pour notre marine régulière sous le règne de Louis XIV. Eux seuls suffirent à balancer tous les avantages remportés par les flottes alliées ; après le grand événement de la Hougue, ils surent défendre victorieusement les côtes françaises et faire douter l’ennemi de l’avantage douteux qu’ils venaient d’obtenir contre nous. Jean Bart, pour ne parler que de lui, fils d’un pêcheur ,ne montait encore qu’un petit bâtiment, tandis que, par les soins de Louis XIV, la France comptait 198 vaisseaux de guerre ; mais les défaites arrivèrent, les amiraux se firent battre tandis que le fils du pêcheur se signalait par des courses de plus en plus brillantes.

Un jour il se trouva le premier marin du royaume ; on le mena à Versailles, et quoiqu’on eût dit de lui qu’il n’était bon que sur son navire, Louis XIV ne le nomma pas moins chef d’escadre. On connaît la belle réponse de Jean Bart : « Sire, vous avez bien fait », et il le prouva. Au lieu d’un seul navire, il en eut sept ou huit sous ses ordres ; devenu plus prudent sans rien perdre de son audace ni de son bonheur, il fit toujours la guerre en volontaire, mais avec d’autant plus de succès que ses forces disaient plus augmentées. En 1691, il brûla plus de 80 vaisseaux ennemis et revint avec 1 500 000 francs de prises ; en 1692, il prit seize navires marchands aux Hollandais ; en 1693, il répara la défaite de la Hougue, en détruisant ou capturant 87 navires ou vaisseaux des alliés.

Et jusqu’à la paix de Ryswick, sa fortune ne se démentit pas un instant ; chacune de ses croisières fut signalée par de nouveaux exploits, et c’est par centaines qu’il comptait ses prises de chaque année. Cent ans plus tard, lorsqu’une nouvelle coalition vint menacer la France, le souvenir de Jean Bart et des autres capitaines qui avaient partagé sa gloire de corsaire devait électriser toutes nos populations maritimes. Aussitôt la guerre déclarée, les ports s’empressèrent d’armer pour la course.

L’Assemblée législative, cependant, hésitait à délivrer des lettres de marque ; au nom de l’humanité elle demanda à toutes les nations européennes d’abolir cet usage de la course ; Hambourg et les villes anséatiques accédèrent seules à cette demande ; l’Angleterre, la Russie, l’Espagne, toutes les puissances enfin refusèrent d’y adhérer. Or la France n’était pas la plus intéressée à la suppression de la course, dont elle avait généreusement voulu prendre initiative.

Dès la fin de 1797, la dette de la marine anglaise était déjà de 6 093 414 livres sterling, soit 150 millions de francs. Que l’on calcule, d’après cette proportion ce que durent coûter encore à la marine anglaise les dix-huit autres années de guerre, jusqu’en 1815, et l’on trouvera que nos corsaires ont aussi bien vengé les désastres d’Aboukir et de Trafalgar qu’autrefois Jean Bart celui de la Hougue. Nous donnons ces chiffres afin de donner comparativement ce que la France a pu devoir à ses corsaires sous le règne de Louis XIV, pour lequel les chiffres précis nous manquent.

Il est certain que dès lors les coureurs causaient infiniment plus de mal que nos flottes aux marins ennemis ; et Jean Bart aurait pu conseiller à Louis XIV ce qu’un de ses plus dignes successeurs, Robert Surcouf (voir article sur notre site), le corsaire de Saint-Malo, conseillait un jour à Napoléon : « Sire, à votre place je brûlerais tous mes vaisseaux de ligne, je ne livrerais jamais de combat aux flottes et aux escadres britanniques ; mais je lancerais sur toutes les mers une multitude de frégates et de légers qui auraient bientôt anéanti le commerce de notre rivale et la mettraient ainsi à notre discrétion. »

 
 

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