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HISTOIRE de la VIENNE (86)
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En 1241, Louis IX constitua le Poitou en apanage en faveur de son frère Alphonse, qui fit régner dans cette province une excellente administration établie sur le modèle de saint Louis. Ce prince étant mort sans héritier, le comté fit retour à la Couronne. En 1304, Philippe le Bel donna le Poitou à son second fils, Philippe le Long, qui monta sur le trône en 1316 et réunit de nouveau la province au domaine royal. Durant la fatale guerre de Cent Ans, qui jeta si souvent les Anglais sur les côtes occidentales de la France, le Poitou souffrit plus que tous les autres pays de l'invasion étrangère.


En 1356, le prince de Galles ayant saccagé le Rouergue, l'Auvergne, le Limousin et le Berry, Jean le Bon, roi de France, à la tête d'une brillante armée, l'atteignit à Poitiers et lui coupa la retraite sur Bordeaux. Le prince de Galles établit sa petite armée au sommet d'un coteau planté de vignes, appelé le champ de Maupertuis, situé à deux lieues environ de Poitiers. Le roi Jean aurait pu les entourer et les affamer, mais il aima mieux céder à la fougue de son courage et attaquer le coteau avec de la cavalerie. En quelques minutes cavaliers et chevaux furent criblés de traits et la déroute commença dans l'armée du roi de France.

Abandonné de presque tous les siens, l'imprudent monarque fut fait prisonnier après d'inutiles prodiges de valeur. Sur ses quatre fils qui étaient avec lui, les trois aînés s'enfuirent lâchement ; seul le plus jeune, Philippe le Hardi, resta à ses côtés et lui criait lorsqu'un coup le menaçait : « Père, gardez-vous à droite ; père, gardez-vous à gauche ! » La captivité du roi Jean se termina par le désastreux traité de Brétigny (1360), qui donna l'Aquitaine à Edouard III, et ainsi le Poitou fut une nouvelle fois séparé de la France.


« Père, gardez-vous à droite ; père, gardez-vous à gauche ! »

En 1372, Du Guesclin avec 300 lances entra dans Poitiers et fut tellement bien secondé dans son entreprise par les principaux habitants, que Charles V accorda des titres de noblesse à tous ceux qui, à l'avenir, exerceraient les fonctions de maire ou d'échevin dans la ville de Poitiers. Le Poitou fut alors donné en apanage au duc de Berry, qui avait déjà le Berry et l'Auvergne.

Lorsque le honteux traité de Troyes (1420) eut démembré la France au profit de Henri V d'Angleterre, l'héritier légitime du trône, Charles VII, fils de l'infortuné Charles VI, dont la folie fut si funeste à la France, transporta à Poitiers son conseil, son parlement et son université. C'est là qu'il fut proclamé roi par la partie de ses sujets qui lui restait encore, tandis que le roi d'armes de France, après que le corps de Charles VI fut descendu dans les caveaux de Saint-Denis, criait sur la tombe encore ouverte : « Dieu accorde bonne vie à Henri, par la grâce de Dieu, roi de France et d'Angleterre, notre souverain seigneur ! »

Cependant la cause de Charles VII empirait de jour en jour. Les Anglais, maîtres d'une grande partie de l'Orléanais, mettaient le siège devant Orléans. Mais Jeanne d'Arc, la vierge inspirée par le patriotisme, avait paru, tenant d'une main un étendard et de l'autre une épée. Orléans fut délivré et le roi légitime sacré à Reims. En vain la sainte fille fut prise, jugée, et condamnée à un supplice inique, en vain le roi introduit par l'invasion étrangère fut sacré à Paris ; le mouvement imprimé par Jeanne d'Arc s'était propagé et avait électrisé les masses. De braves soldats tels que Richemont, Dunois, La Hire, continuèrent son oeuvre de délivrance, et le traité d'Arras conclu en 1435 rendit Paris à Charles VII. La bataille de Castillon (1453) chasse définitivement les Anglais de la Guyenne ; il ne leur restait plus en France que Calais et quelques places sans importance.

Le Poitou jouit alors d'une grande tranquillité jusqu'à l'époque des guerres de religion. Calvin, ayant adopté et quelque peu modifié les idées de Luther, les répandit lui-même à Poitiers et les défendit par écrit dans son fameux livre de l'Institution chrétienne. Le nombre des huguenots alla en augmentant dans la ville. A la nouvelle du massacre de leurs coreligionnaires à Vassy en Champagne, exécuté par le duc de Guise, le 1er mars 1562, les huguenots prirent les armes et s'emparèrent de plusieurs villes, parmi lesquelles Rouen, Lyon, Tours, Poitiers, Grenoble, Orléans, Blois, etc.

Reprise par les catholiques, la ville de Poitiers fut investie par Coligny en 1569. Le siège durait depuis six semaines, lorsque le duc d'Anjou, qui fut plus tard Henri III, à la tête des troupes que lui avaient fournies le pape Pie V et le duc d'Albe, attaqua les protestants entre la Dive et le Thouet, près de Moncontour, et remporta sur eux une victoire complète (3 octobre). Après le massacre de la Saint-Barthélemy, le Poitou ne fut plus agité par ces dissensions funestes, et le règne de Henri IV, en pacifiant la France, assura la paix et la tranquillité dans cette province.

En 1633-1634, l'histoire de la possession des religieuses de Loudun et le procès d'Urbain Grandier ont donné à cette petite ville une triste célébrité. En 1793, tandis que la Vendée était livrée à toutes les horreurs de la guerre civile, le Poitou, qui ne prit aucune part à la révolte de ses voisins, jouit d'une tranquillité parfaite. En 1822, le général Berton, un des héros de la guerre d'Espagne et de Waterloo, ayant dirigé une conspiration tramée à Saumur contre la Restauration, fut arrêté pour trahison et conduit à Poitiers, où il fut jugé par la cour, qui le condamna à mort avec cinq de ses complices.

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