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HISTOIRE de l'AISNE (02)
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P épin le Bref, ainsi nommé à cause de sa petite taille, fils et héritier de Charles Martel, voulut avec le pouvoir royal posséder le titre de roi. Il se fit proclamer roi dans une assemblée de leudes et d'évêques réunie à Soissons. Le légat du pape le sacra immédiatement (752). Un peu plus tard à Saint-Denis, près de Paris, le pape confirma lui-même ce sacre provisoire par une consécration solennelle.

Louis le Débonnaire, le trop faible successeur de l'empereur Charlemagne, fut emprisonné deux fois (829-833) à Soissons : une première fois par ses fils révoltés contre lui ; la seconde fois, en exécution de la sentence d'un tribunal d'évêques qui, trompés ou abusés par ce prince qui s'accusait de crimes imaginaires, le condamnèrent à la prison.

Sous le règne de Charles le Chauve, commencèrent les attaques des Normands. Ils apparaissent pendant le règne de Louis III et Carloman sous les murs de Saint-Quentin, qu'ils pillent et qu'ils brûlent (883). Château-Thierry éprouve le même sort (884). Soissons attaquée par eux put leur résister (886), non sans avoir vu toutefois brûler ses faubourgs. Un village (Manicamp) s'est élevé sur l'emplacement du camp qu'ils occupaient, lorsqu'ils firent le siège du château de Kierzi ou Quierzy, résidence favorite des rois francs, et où Charles le Chauve avait signé, en 877, le fameux capitulaire dit de Kierzi, qui consacra légalement le régime féodal.

En 925, Charles IV, dit le Simple, perdit, sous les murs de Soissons, une bataille contre son compétiteur Robert (qu'il tua de sa propre main). Après la mort de Louis V, Hugues Capet, s'étant proclamé roi de France (987), vint mettre le siège devant la ville de Laon, dernière possession des Carlovingiens. Cette ville fut prise en 991.

Cependant les idées d'indépendance et de liberté s'étaient répandues peu à peu parmi les populations des villes. Le grand mouvement communal du nord de la France commence et s'accomplit avec des vicissitudes diverses. Saint-Quentin se constitue en commune, en 1103 ; Soissons, en 1131 ; Château-Thierry, en 1231 ; Chauny, en 1167 ; la Fère, en 1207 ; Laon, érigée en commune dès 1110, eut à lutter longtemps pour conserver ou recouvrer ses privilèges, qu'eIIe se vit retirer à plusieurs reprises. En 1239 seulement, plus d'un siècle plus tard, elle put enfin jouir en paix et sans contestation de ses franchises municipales, jusqu'à sa suppression en 1331.

Ces privilèges ne font qu'accroître la puissance de la féodalité. De 1225 à 1230 Enguerrand III, sire de Coucy, fit construire le château dont les ruines attestent encore la splendeur. C'était un baron si puissant qu'une ligue de nobles lui offrit d'être roi à la place de Louis IX encore enfant. Il refusa. Guillaume, un de ses descendants, quoique possesseur de domaines immenses, abandonna tout autre titre pour garder celui de Coucy. Peut-être est-ce à ce seigneur (mort en 1335), qu'il faut rapporter la devise fameuse : « Roi ne suit, - ne prince, ne duc, ne comte aussy, - je suys le sire de Coucy. »


Intérieur des ruines
du château de Coucy

La guerre de Cent ans (1340-1453), qui désola une si grande partie de la France, causa, principalement dans ces contrées qui plus tard devaient faire partie du département de l'Aisne, des désastres, des famines et des douleurs effroyables. La terrible insurrection des Jacques, qui éclata en 1358 fut due princiIpalement à ces malheurs. Les paysans soulevés pillèrent les villes, incendièrent les châteaux, dont ils massacrèrent les habitants. De nombreuses victimes périrent dans le Soissonnais, le Laonnois, le Vermandois, le Valois.

A ces calamités vinrent s'ajouter les guerres civiles dites de religion (1559-1598), où catholiques et protestants s'égorgèrent mutuellement. En 1557, pour se venger de l'appui que le roi de France prêtait aux protestants d'Allemane et des Pays-Bas, Philippe II, roi d'Espagne, mit le siège devant Saint-Quentin, tailla en pièces (10 août 1557) l'armée de secours envoyée par Henri Il, emporta la ville d'assaut (27 août) et la livra au pillage de ses soldats pendant cinq jours. Quinze cents bourgeois trouvèrent la mort dans ce siège héroïque. Mais, par leur courageuse résistance, ils avaient sauvé le royaume, en permettant d'organiser la défense. En 1559, la ville était rendue à la France.

La Ligue, qui ne voulait point d'un roi huguenot sur le trône de France, trouva de nombreux partisans dans toutes les villes de cette contrée. Henri IV fut obligé de les assiéger presque toutes, et elles ne se rendirent pour la plupart qu'après son abjuration (1594). La paix de Vervins (1598) vint enfin rendre un peu de calme et de tranquillité à ce pays si tourmenté par ces calamités sans nombre.

C'est surtout à la fin des guerres de l'empire, que le département de l'Aisne fut le théâtre de grands événements. En 1814, le sort de la France et la fortune de Napoléon Ier se décidèrent sur son territoire. En vain celui-ci usa-t-il de toutes les ressources de son fécond génie, il ne put triompher du nombre de ses ennemis qui l'entouraient et l'accablaient de toutes parts. La lutte était devenue impossible. La victoire de Craonne (6 et 7 mars) fut infructueuse. La bataille de Laon (9 et 10 mars) resta indécise. Soissons fut, pendant cette campagne, prise et reprise plusieurs fois. L'année suivante (1815), après le désastre de Waterloo, elle servit, ainsi que Laon, de centre de ralliement à nos troupes si éprouvées par cette courte et désastreuse campagne de Belgique. Elle capitula alors devant l'armée russe seulement le 14 août.

En 1870-1871, l'armée prussienne occupa toute l'étendue du département de l'Aisne. Elle y leva d'énormes contributions de guerre (8 500 000 francs). Soissons, assiégée, capitula, le 16 octobre 1870, après plusieurs jours de bombardement. Laon s'était rendue dès le 5 septembre ; la prise de possession de la citadelle en avait été signalée par une soudaine et terrible explosion de sa poudrière. Le 8 octobre, Saint-Quentin, ville ouverte, se signala par sa résistance à l'ennemi. Le 19 janvier, le général Faidherbe, commandant en chef de l'armée du Nord, perdait glorieusement la bataille de Saint-Quentin contre un ennemi de beaucoup supérieur en nombre. Le département de l'Aisne a été évacué par l'armée prussienne après la signature de la paix.

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