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HISTOIRE de la CORSE
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La Corse, appelée Cyrnos par les anciens Grecs et Corsica par les Romains, fut probablement habitée à l'origine par des peuplades celtes. Colonisée d'abord par les Phéniciens et les Phocéens, elle fut occupée au Ve siècle avant Jésus-Christ par les Carthaginois, auxquels les Romains l'enlevèrent après la première guerre punique. Sous la domination de ces derniers, 162 ans seulement avant notre ère, la Corse fut très florissante et compta, dit-on, un million d'âmes. Mais elle fut cruellement éprouvée par les diverses invasions des Barbares, notamment par le terrible Genséric, roi des Vandales, qui en persécuta les habitants parce qu'ils avaient embrassé la religion catholique. Entre tous les martyres, celui de sainte Julie est resté le plus célèbre ; elle partage la popularité de sainte Lurine et de sainte Dévote, martyrisées au siècle précédent, époque à laquelle probablement le christianisme s'introduisit en Corse.

Certains affirment que sainte Julie serait née à Carthage, en Afrique. Lors de la prise de cette ville longtemps rivale de Rome par Genséric, le 19 octobre 439, Julie, qui appartenait à une famille patricienne, aurait été capturée avat de devenir esclave d'un païen nommé Eusèbe, natif de Syrie, mais fixé en Afrique. Julie s'acquittait si bien de son devoir, que son maître n'avait point sujet de s'en plaindre : elle mortifiait son corps par des jeûnes et des veilles continuelles, et Eusèbe l'exhortait à se ménager un peu. Ce dernier, dont l'emploi était de négocier en divers pays, s'embarquant pour porter des marchandises dans les Gaules, mena avec lui son esclave.


Lorsque son vaisseau fut près de la Corse, il le fit approcher de la pointe septentrionale, appelée par la suite Cap Corse, et débarqua. Il se joignit aux habitants du pays, qui célébraient une fête en l'honneur de leurs dieux, et qui allaient leur sacrifier un taureau. Julie se tint à l'écart pour ne point participer à cette cérémonie, et ne put s'empêcher de déplorer hautement l'impiété et l'extravagance des païens. Félix, gouverneur de l'île, instruit de la liberté avec laquelle Julie s'était exprimée, demanda au marchand quelle était cette femme qui osait ainsi parler contre les dieux. Eusèbe, tout en lui répondant que c'était une chrétienne, soutint son esclave.

Proposant à Eusèbe de la lui livrer, Félix aurait offert en échange quatre de ses meilleurs esclaves, mais le marchand déclina la proposition. Invitant alors Eusèbe à une collation au cours de laquelle il l'enivra pour l'endormir, le gouverneur envoya chercher Julie, lui offrant la liberté contre un sacrifice aux dieux.


Sainte Julie

Mais la sainte rejetant l'offre, le gouverneur lui frappa les joues de plusieurs soufflets qui lui ensanglantèrent la bouche et tout le visage. Puis il la fit tirer inhumainement par les cheveux, et fouetter avec tant de barbarie, que son corps en fut tout déchiré. La faisant attacher à une croix, on raconte qu'alors son âme sortit de son corps sous la figure d'une colombe : marquant ainsi qu'au milieu des tentations du monde et des dangers d'une condition servile, elle avait conservé une chasteté inviolable.

Eusèbe à son réveil ayant appris ce qui s'était passé, n'osa demander vengeance : il avait besoin de l'appui du gouverneur pour son commerce ! La légende prétend qu'après son illustre martyre, des anges avertirent des religieux qui demeuraient en l'île Gorgone ou Marguerite, de se transporter en Corse, pour en enlever son précieux corps. Ils montèrent aussitôt en mer, arrivèrent à l'île qui leur avait été marquée ; et, ayant encore trouvé ce corps pendu à la croix, ils le détachèrent et l'apportèrent à leur monastère, avant que ses ossements soient transférés dans l'église de Brescia (Italie) bâtie par Arize ou Arse, femme de Didier, roi des Lombards.

Une autre version affirme que Julie, native de Nonza, aurait été persécutée sous le règne de Dioclétien, au début du IVe siècle. Devant son refus de sacrifier aux dieux, les Romains l'auraient torturée, lui coupant notamment les seins avant de les jeter contre les rochers, en contrebas de la ville de Nonza. Deux fontaines auraient aussitôt jailli de la roche. Ce miracle exaspérant ses bourreaux, ceux-ci l'auraient attachée à un figuier puis l'auraient laissé mourir dans la souffrance. Une colombe se serait échappée de sa bouche tandis qu'elle rendait l'âme.

Les habitants de Nonza rendirent dès lors un culte fervent à sainte Julie, et la Fontaine dite des Mamelles, qui ne s'est jamais tarie, attira vite une foule de pèlerins venus de toute la Corse. Si autrefois les femmes qui invoquaient la sainte contre le tarissement du lait maternel se rendaient en pèlerinage à Nonza pieds nus, la fête de santa Ghjulia, fait aujourd'hui l'objet d'une très belle cérémonie annuelle. Sainte Julie fut proclamée patronne de la Corse, avec sainte Dévote par un décret du 5 août 1809.


Vue de la ville de Bastia en 1779, par Daubigny

Après les Vandales, vinrent les Hérules et les Goths ; puis l'île rentra sous la domination des empereurs d'Orient, qui ne purent empêcher les Sarrasins de la dévaster en 713. En établissant le pouvoir temporel des papes, Pépin le Bref comprit la Corse dans l'acte de donation, et ses successeurs la défendirent à plusieurs reprises contre les pirates jusqu'à l'établissement du régime féodal. Vers le XIe siècle, Sambocuccio combattit la domination seigneuriale et organisa la Terre de Commune, qui s'étendait de Brando, au nord, à Aleria, Corte et Calvi.

Le territoire affranchi, administré par le conseil supérieur des douze nobles, était subdivisé en pièvres, territoire répondant à peu près à un canton actuel, et ayant chacun son podesta (maire et juge), assisté des pères de commune, et son caporali, chargé de veiller à l'exécution des lois. Telle fut l'organisation administrative qui, en principe du moins, resta en vigueur dans l'île jusqu'à la Révolution. Après la mort de Sambocuccio, la Corse fut principalement le théâtre de luttes sanglantes que les Pisans, auxquels le pape Urbain Il l'avait donnée en fief, eurent à soutenir contre les Génois pendant deux siècles.

Ceux-ci en devinrent les maîtres en 1347. Leur domination, justement détestée à cause de leur mauvaise administration, subsista jusqu'en 1769, interrompue toutefois par de nombreuses révoltes.


Telles furent celle de 1553 à 1559, dirigée par le brave Sampiero, avec l'aide de notre roi Henri II ; celle de 1735, qui fit momentanément de la Corse un royaume pour l'aventurier allemand Théodore de Neuhoff ; celle de 1752 à 1768, dirigée par les deux Paoli. Incapable de dominer plus longtemps, Gênes vendit ce territoire à la France, qui l'avait soutenue dans ses dernières luttes, et Louis XV en proclama l'annexion le 15 août 1768, un an, jour pour jour, avant la naissance du plus célèbre Corse, Napoléon Bonaparte.

Vue de la Tour de Sénèque
dans la Communauté de Luri

En vain Pascal Paoli essaya-t-il de résister pour conserver à son pays l'indépendance : ses héroïques défaites à Lente, Canavaggia et Pontenovo décidèrent du sort de l'île. Toutefois Paoli, retiré en Angleterre, offrit la Corse au roi Georges III, qui la posséda de 1794 à 1796. Réunie alors définitivement à la France, l'île fut divisée en deux départements : le Golo, chef-lieu Bastia, et le Liamone, chef-lieu Ajaccio.

Avant 1790, la Corse était divisée au point de vue religieux en cinq diocèses, et au point de vue civil en dix provinces, dont six dans l'En deçà des Monts, c'est-à-dire à l'est, y compris tout le nord jusqu'à Calvi, et quatre dans l'Au delà des Monts, à l'ouest.


 
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