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PROCESSION DES FLAMBARTS à Dreux (Eure-et-Loir)
(D'après un article paru en 1860)
La procession des flambarts, dont l'origine très ancienne est inconnue, s'est constituée à Dreux jusqu'en 1790, malgré les efforts des intendants généraux pour abolir cette coutume où ils voyaient un danger incessant pour la sécurité de la ville. Dès 1723, après l'incendie si effroyable de la presque totalité de Châteaudun, un arrêté avait été rendu interdisant les flambarts et portant défense à toute personne d'en porter à l'avenir, sous peine d'amende et d'emprisonnement. L'autorité ecclésiastique fit cause commune avec l'autorité civile, et du haut des chaires des églises furent lancés plusieurs fois des blâmes sévères contre les sectateurs de cet ancien usage. Mais rien ne put vaincre l'obstination des habitants ; ils furent insensibles aux amendes de l'intendant aussi bien qu'aux sermons de leurs curés ; chaque année vit croître le nombre des délinquants : bientôt les magistrats de la ville eux-mêmes se mirent à la tête des contrevenants, et force fut de laisser tomber en désuétude l'arrêté sévère de 1723.
On faisait trois fois le tour de la halle en chantant : Noël ! Noël ! Noël ! De là on se rendait à l'église Saint-Pierre dont on faisait le tour une seule fois ; après quoi tous les flambarts étaient disposés en un monceau devant le grand portail de l'église, où l'on chantait l'hymne de Noël : « Veni, redemptor gentium » ; et, lorsque la dernière flamme était éteinte, chacun retournait tranquillement dans sa demeure. Quelle était l'origine de cette étrange cérémonie ? Un souvenir des premiers temps du christianisme, s'il faut en croire les habitants de Dreux. Voici, en effet, ce qu'ils disent dans une requête adressée par eux le 15 février 1756 à l'intendant général de la province, pour qu'il lui plût rétablir la procession des flambarts, supprimée, comme nous l'avons vu, de droit sinon de fait, depuis l'année 1723. « Il est certain que les druides, nos ancêtres, avaient dressé dans un antre, longtemps avant la naissance de Jésus-Christ, un autel dédié à la Vierge qui devait enfanter. Cet antre subsiste encore : c'est la chapelle Notre-Dame Sous-Terre dans la cathédrale de Chartres. Cet autel fut donc l'effet de l'inspiration divine. Dans le premier siècle, Saint-Potentien et ses compagnons vinrent à Chartres et à Dreux pour y prêcher la foi. Ils prirent occasion de l'inscription de cet autel dédié à la Vierge, de prêcher l'Évangile, comme saint Paul à Athènes le prêcha à l'occasion de l'autel qu'il trouvait érigé à un dieu inconnu. Les druides, charmés d'apprendre l'accomplissement de leur prophétie, écoutèrent avec plaisir les vérités qu'on leur annonçait. Ils étaient alors rassemblés à Dreux pour y faire leurs sacrifices ; mais au lieu d'aller dans la forêt couper le gui de chêne avec la serpe d'or, ce qui était chez eux une grande cérémonie, ils reçurent l'Évangile, renoncèrent à leurs anciennes superstitions, firent des fêtes pour honorer la naissance de l'enfant divin, et, brûlant ce qu'ils avaient adoré, portèrent des flambarts de ce bois de chêne qu'ils vénéraient autrefois... Voilà, Monseigneur, d'où nous sont venus les flambarts. » Quoi qu'il en soit de cette origine merveilleuse, la procession des flambarts de Dreux avait une grande réputation avant 1789. En 1740, le Mercure consacra un long article à en faire la description. Le 24 décembre 1785, le duc de Penthièvre, qui résidait en ce moment à Anet, se rendit exprès à Dreux pour jouir du coup d'oeil de la cérémonie. Une représentation fidèle de cette procession était autrefois gravée sur le pourtour de la cloche de l'hôtel de ville de Dreux, fondue en 1561 ; on y voyait soixante-quatorze personnages, prêtres, magistrats, échevins, femmes et enfants, portant des flambarts allumés sur leurs épaules ou les allumant en marchant. Cette cloche a été cassée en 1838. |
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