LA FRANCE PITTORESQUE
Un tien vaut mieux
que deux tu l’auras
(Parfois écrit « Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras »)
Publié le vendredi 8 septembre 2017, par LA RÉDACTION
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La possession d’un bien présent vaut mieux que l’espérance de deux biens incertains
 

Autrefois on disait :

Plus vaut ce qui est en vérité
Que ce qui est en cuider (espérance).

Les Italiens disent : Un pigeon vaut mieux dans la main qu’une grive sur la branche. Les Turcs ont ce proverbe : Il vaut mieux avoir l’œuf aujourd’hui que la poule demain. La Fontaine a laissé de nombreux exemples venant à l’appui de ce proverbe. Ainsi, dans sa fable du Berger et la Mer (livre IV, fable 2), il cite l’exemple d’un berger, habitant sur les rivages de la mer et possesseur d’un beau troupeau. En voici quelques vers :

Si sa fortune était petite,
Elle était sûre du moins.
A la fin les trésors, déchargés sur la plage,
Le tentèrent si bien qu’il vendit son troupeau,
Trafiqua de l’argent, le mit entier sur l’eau.
Cet argent périt par naufrage.
Son maître fut réduit à garder les brebis,
Non plus berger en chef comme il était jadis,
Quand ses propres moutons paissaient sur le rivage, etc.

Puis le fabuliste ajoute ces derniers vers :

Qu’un sou quand il est assuré.
Vaut mieux que cinq en espérance,
Qu’il faut se contenter de sa condition.
Qu’aux conseils de la mer et de l’ambition
Nous devons fermer les oreilles.

Passons à la fable intitulée Le petit Poisson et le Pêcheur (livre V, fable 3), dans laquelle le fabuliste met en scène un carpeau des plus petits qui fut pris par un pêcheur au bord d’une rivière :

Le pauvre carpillon lui dit en sa manière :
Que ferez-vous de moi ! je ne saurais fournir
Au plus qu’une demi-bouchée.
Laissez-moi carpe devenir :
Je serai par vous repêchée ;
Quelque gros partisan m’achètera bien cher, etc.
Le petit Poisson et le Pêcheur
Le petit Poisson et le Pêcheur

Le pêcheur lui répond ainsi à son tour :

Poisson, mon bel ami, qui faites le prêcheur,
Vous irez dans ma poêle et vous aurez beau dire
Dès ce soir on vous fera frire.

Puis vient la moralité qui a dû donner naissance au proverbe :

Un tien vaut, ce dit-on, mieux que deux tu l’auras :
L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.

Dans l’édition originale des Fables de La Fontaine, parue en 1668, le mot tien ne prend pas de s. Dans certaines éditions postérieures, on observe l’ajout d’un s final. Nous invitons celles et ceux qui souhaitent approfondir cette épineuse question, à consulter l’excellent article de Pierre Bouillon.

Dans le livre VII, nous trouvons à la fin de la fable 4, ayant pour titre, le Héron, ces trois vers dans la moralité :

On hasarde de perdre en voulant trop gagner,
Gardez-vous de rien dédaigner.
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.

Citons aussi la fable du Loup et du Chien maigre (livre IX, fable 10), où se trouve cette moralité :

Lâcher ce qu’on a dans la main
Sous espoir de grosse aventure,
Est imprudence toute pure.

Ne point agir selon le proverbe, ce serait faire comme le chien de La Fontaine, lâcher la proie pour l’ombre :

Chacun se trompe ici-bas :
On voit courir après l’ombre
Tant de fous qu’on n’en sait pas,
La plupart du temps le nombre.

Au chien dont parle Esope il faut les renvoyer.
Ce chien voyant sa proie en l’eau représentée,
La quitta pour l’image et pensa se noyer ;
La rivière devint tout d’un coup agitée ;
A toute peine il regagna les bords,
Et n’eut ni l’ombre ni le corps.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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