LA FRANCE PITTORESQUE
Tel qui rit vendredi
dimanche pleurera
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Publié le vendredi 14 avril 2017, par LA RÉDACTION
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Il ne faut pas compter sur un bonheur constant. Ainsi se passe la vie : le bon et le mauvais se succèdent continuellement, la tristesse succède à la joie, le dégoût au plaisir, le malheur au bonheur.
 

Certaines gens croient au préjugé qui fait regarder le vendredi comme un jour néfaste. Celte opinion ridicule est encore de mode en France et la raison n’a pas pu, jusqu’à présent, en faire justice. Les Anciens donnaient une durée moins longue au plaisir qu’à la peine.

Personne n’ignore que les Romains avaient leurs jours fastes et néfastes, mais ils ne pouvaient regarder comme de mauvais augure le vendredi, jour consacré à Vénus. C’est une idée religieuse des peuples-modernes encore existante qui croient ne devoir rien entreprendre ce jour-là de crainte de malheur.

On peut citer à ce sujet un vers du poète grec Hésiode qu’Erasme a traduit de cette façon : Ipsa dies quandoque parens, quandoque noverca est, ce qui signifie : Un jour est pour nous une bonne mère et dans un autre jour nous trouvons une marâtre. Cette expression s’entend mieux en grec et en latin, parce que, dans ces deux langues, le mot jour est du féminin.

On trouve dans un très vieux fabliau d’Estula ces quatre vers :

En petit d’eure Diex labeure
Tel rit au main qui le soir pleure ;
Et tels est au soir courouciez,
Qui au main et joians et liez.

En peu d’heures Dieu travaille :
Tel rit au matin qui le soir pleure ;
Et tel est courroucé le soir,
Qui au matin est joyeux et gai.

Ce proverbe se trouve encore répété dans l’ouvrage de Guillaume de Michault, intitulé le Temps pasteur, ainsi que dans la traduction des distiques par Adam Duseuil (XIIIe siècle). Au XVIIe siècle, on disait : Tel qui rit le vendredy pleure le dimanche. Dans la comédie des Plaideurs de Racine, Petit-Jean débute son monologue par ces deux vers :

Ma foi, sur l’avenir, bien fou qui se fiera :
Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.

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Tous droits réservés. Reproduction interdite. N° ISSN 1768-3270.

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