LA FRANCE PITTORESQUE
Remèdes curieux
des guérisseurs d’autrefois
(D’après « Le Petit Parisien », paru en 1911)
Publié le lundi 11 septembre 2017, par LA RÉDACTION
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En 1911, Jean Frollo du Petit Parisien, se complaît à détailler sur un ton amusé, quelques étranges remèdes utilisés par les anciens, de la fiente de cheval à la ceinture emplie de crapauds vivants, en passant par des vipères débitées en morceaux, recettes issues de l’ingéniosité des guérisseurs de jadis
 

A cent reprises on a raconté comment nos pères se soignaient, et à quels remèdes étranges ils avaient recours, mais le sujet est si amusant, si curieux, qu’on y revient toujours avec plaisir. D’ailleurs, nous ne nous défendons pas d’un peu de gouaillerie à l’égard des malades d’autrefois, que nous estimons crédules et naïfs, sans nous douter que dans deux siècles d’ici nos descendants penseront de même à notre sujet et se moqueront d’une foule de méthodes, réputées excellentes aujourd’hui.

La goutte était le gros souci des gens riches et titrés. Leur genre d’existence en favorisait admirablement l’éclosion. Peu d’exercice, des séances prolongées à table, l’abus des bons vins, l’amoncellement des viandes, tout cela déterminait avec sûreté l’apparition du mal, qui, pour ne s’attaquer qu’aux personnes de distinction, n’en était pas moins désagréable. Alors, les médecins, mandés sur l’heure, se présentaient bientôt, avec des mines méditatives, comme il convient à des hommes possesseurs des plus précieux secrets.

Un guérisseur et son chat noir. Gravure d'imagerie populaire
Un guérisseur et son chat noir. Gravure d’imagerie populaire

Et, en effet, ils avaient des secrets étonnants ! C’est ainsi qu’ils firent avaler au cardinal de Richelieu de la « fiente de cheval », délayée dans du vin blanc. Le terrible ministre s’exécuta sans mot dire, mais non sans grimacer. Son successeur, Mazarin, connut le même remède, à cette différence près qu’il ne l’avala pas. On en confectionna seulement un gros cataplasme, qu’on appliqua sur la jambe atteinte, sans le moindre succès.

En général, ces messieurs de la Faculté saignaient leur client, et plutôt deux fois qu’une. Ceci, au surplus, est une simple façon de parler. « Plus on tire d’eau croupie d’un puits, avait écrit le médecin italien Botol, plus il en revient de bonne. » Le puits, c’était le malade. En conséquence, la lancette ne s’arrêtait pas. Il y eut un certain M. Cousinet, que Guy Patin saigna soixante-quatre fois, sous prétexte de le guérir de ses rhumatismes. Le roi Louis XIII fut victime de ce traitement à quarante-sept reprises le long d’une année, et, durant le même temps, on lui fit prendre deux cent cinquante-neuf purgations.

Dans ses aimables lettres, souvent si gaies, quelquefois si malicieuses et perfides, la belle cousine de Bussy-Rabutin, la spirituelle Sévigné, nous donne des renseignements inouïs sur la médecine de son siècle, qu’elle ne dédaignait pas, bien au contraire. Nous savons qu’elle eut la jaunisse, et qu’elle s’en débarrassa en prenant des pilules contenant de l’urine.

Une autre fois, se sentant faible, elle eut recours aux vipères, et en fit une grande consommation. C’était un remède sans égal pour rendre la vigueur. La marquise, convaincue, écrivait à son fils « M. de Boissy va me faire venir deux douzaines de vipères du Poitou ; prenez-en deux tous les matins, coupez-leur la tête, faites-les écorcher et couper en morceau, et farcissez-en le corps d’un poulet ; c’est aux vipères que je dois la pleine santé dont je jouis ». Elle leur devait également, à certains jours, une influence marquée sur l’usage qu’elle faisait de sa langue.

L’ingéniosité des guérisseurs d’antan valait celle des inventeurs modernes de remèdes infaillibles. A mon avis, elle l’emportait même, sous le rapport du pittoresque et de l’imprévu. Voyez la calvitie, par exemple, cette infirmité contre laquelle nous nous épuisons en vains efforts, mais dont Absalon eût bien voulu être affligé. Nos aïeux en souffraient comme nous. Eh bien, ils se laissaient persuader qu’elle cessait, grâce à l’application de trois cents limaces, bouillies dans une décoction de savon, de miel, de laurier et d’huile d’olive.

A la place de l’ipéca, que les militaires français n’estiment guère, on employait la râpure d’ongle. Pour la jaunisse, citée plus haut, les vers de terre, rincés dans du vin blanc, passaient pour souverains mais, quand ils manquaient leur effet, on mêlait de la fiente d’oie aux boissons ordinaires, et, pour le coup, le mal disparaissait comme par enchantement. L’hydropisie partait aussi vite, lorsque la personne atteinte ne craignait pas de porter une ceinture pleine de crapauds vivants, qui lui grattaient le ventre et les reins. Il est vrai que si cette personne était chatouilleuse, elle risquait de succomber à force de rire.

Tout cela est amusant, j’en conviens, et nous avons le droit de sourire en songeant à la crédulité des hommes d’il y a deux ou trois siècles. Mais, encore une fois, ceux qui viendront après nous en auront peut-être autant à notre service !

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