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Légendes, croyances, superstitions. Cruel seigneur Huruge devenu vassal de la Vierge - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Cruel seigneur Huruge : comment
il devint le vassal de la Vierge
(D’après « Bulletin de la Société d’études des Hautes-Alpes », paru en 1910)
Publié / Mis à jour le jeudi 26 mai 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Au coeur du Valgaudemar et sous le règne de Louis VIII le Lion, le cruel seigneur Huruge, depuis longtemps affranchi de ses serments féodaux envers le roi et n’inspirant que terreur aux populations environnantes tout en s’enorgueillissant de massacres et autres pillages par lui impunément perpétrés, rencontre fortuitement un jour de chasse aux abords d’un monastère jadis dévasté par des gens à sa solde, Glenna, jeune fille prodiguant à son père aveugle mille soins et y ayant trouvé refuge...

C’était du temps où la reine Blanche de Castille — qui régna de 1223 à 1226 —, de grande et sainte mémoire voulait faire « bouter » le feu à tous les bois des vallées du Drac et de la Séveraisse, à seule fin de faire périr les seigneurs qui étaient maîtres de ce pays. Ces seigneurs, si on peut les nommer ainsi, au lieu de les appeler brigands, étaient en effet au dire d’un chacun, un danger pour le royaume aussi bien qu’une honte pour la chrétienté.

Vallée de la Séveraisse
Vallée de la Séveraisse
Depuis longtemps affranchis par leur seul mauvais vouloir des liens et serments féodaux, ils vivaient indépendants et solitaires en d’effrayantes demeures, où il était impossible de les atteindre, tant le pays était couvert de forêts inextricables, empli de défilés étroits, de gorges profondes, sans aucun chemin praticable, même aux gens de pied.

Aussi bien, comme nul ne s’était venu mettre en travers de leurs caprices pour les contraindre à obéir aux lois, les rares manants de ce pauvre pays étaient livrés sans recours à leurs instincts cruels et sanguinaires et, si l’écho des plaintes de ces malheureux avait dépassé les montagnes pour venir jusqu’aux oreilles du suzerain suprême, jamais celui-ci, malgré son bon vouloir, n’avait pu leur envoyer un secours efficace, en quoi la vaillante reine, voyait, non sans raison, une tache au blason de France.

Le plus terrible et le plus redouté de ces seigneurs avait nom « Huruge ». Son castel s’élevait sur une roche abrupte, non loin du confluent du Drac et de la Séveraisse. Cette roche, dominant les deux vallées, montrait au loin sa couronne faite d’un donjon massif et d’une tour crénelée, enclos par une muraille percée de meurtrières. Le castel, attaché au rocher comme le serait un nid d’aigle penché sur le vide, n’avait nulle autre défense. Elles eussent été inutiles, tant la nature semblait avoir pris soin de le rendre inaccessible.

La roche elle-même était entourée de marécages formés par la Séveraisse qui traînait ses eaux en de multiples bras à travers des brotteaux de buissons et d’oseraies, à travers des bois d’aulnes et des nappes couvertes d’ajoncs bruissants. On n’accédait au castel qu’en tournant la roche du côté de la montagne par des sentes impossibles à trouver à qui ne les connaissait pas. II était bien gardé contre les hommes le seigneur Huruge ; quant à Dieu, il semblait n’en avoir cure !

Au physique, cet homme était bien digne de son manoir. Haut de taille, les cheveux hérissés, la barbe épaisse et inculte, vous l’eussiez pris pour un « écorcheur » sorti de l’enfer. Derrière ses sourcils arqués, ses yeux brillaient en de profondes orbites, ardents comme des flammes ; sa voix était cassante comme un coup de foudre, son geste irrésistible comme un vent d’orage. Nulle prière n’arrêtait l’élan de sa passion, et le remords semblait n’avoir jamais trouvé le chemin de son cœur. Rebelle à son roi, il avait refusé l’hommage lige ; rebelle à son Dieu il avait détruit ses églises, fondu ses vases sacrés et s’était fait ciseler dans le métal saint la poignée d’un glaive qu’il trempait dans le sang de l’innocent, défiant tout à la fois les puissances de la terre et celles du ciel.

Les serfs fuyaient comme un irrémissible malheur la vue de ce maître, ils cachaient avec soin leur pécule à son avarice et leurs filles à sa débauche. Sa rencontre était d’un sinistre présage, car sa bouche n’avait jamais proféré que des paroles de menace et son bras les avait aussitôt accomplies. Huruge était craint comme un fléau de l’enfer ; il était haï de toute la haine que l’injustice peut mettre au cœur de l’opprimé. Mais que lui importait ! Gardé par des séides sanguinaires, il passait... semant à sa fantaisie la ruine et la honte, riant des larmes et du désespoir qu’il laissait derrière ses pas sanglants.

Au pied de la montagne du Grun, dans une solitude fertile et boisée, abritée des vents du Nord, s’élevait le monastère de Saint-Firmin. Ce monastère, bâti par un disciple du saint évêque, était habité par de pieux et savants moines. Huruge l’avait brûlé et ceux des clercs qui n’avaient point péri dans les flammes avaient été honteusement massacrés par les gens de l’incendiaire.

Cinq hivers avaient passé depuis... Les murs branlants, les voûtes démolies, les colonnes du cloître gisant sur le sol, toutes ces ruines, noires encore de l’âpre caresse des flammes, déjà couvertes de ronces, criaient bien haut l’implacable férocité du « vainqueur de moines ». A l’heure de notre récit, ces ruines avaient deux habitants que n’effrayaient ni les échos sonores du cloître dévasté, ni le cri lugubre des oiseaux de nuit établis dans ces solitudes. C’étaient un vieillard aveugle du nom d’Eyglach — en langage du pays, le mot signifie aigle de grande taille — et sa fille Glenna — poignée d’épis de blé.

Saint-Firmin
Saint-Firmin

Chassé de sa demeure après avoir eu les yeux crevés, le pauvre homme était venu, conduit par son enfant, vers cet abri inespéré. Tous deux étaient gardés par la superstition populaire qui faisait de ces ruines un lieu maudit, où les âmes des moines assassinés venaient en longues files de cagoules blanches, psalmodier à l’heure de minuit sous les pâles rayons de la lune. Ils vivaient cachés, silencieux, oubliés... Une chèvre blanche, animal obéissant et timide, avait suivi la jeune fille ; elle broutait les pousses saillies d’entre les pierres et le moment venu, apportait à ses maîtres les éléments d’un pauvre repas que Glenna complétait avec quelques racines sauvages.

La jeune fille partageait son temps entre les soins qu’elle donnait à son père infirme et les prières qu’elle adressait à la mère des désespérés. Sous un arceau écroulé de la chapelle du monastère, Glenna avait relevé une statue de la Vierge en bois sculpté, miraculeusement épargnée par la flamme. Cette vierge était la « Mère admirable ». Elle représentait Marie assise, un fuseau dans ses doigts, filant les vêtements de l’Enfant Dieu. Glenna l’avait dressée dévotieusement dans une niche enguirlandée de lierre. Devant cet oratoire tout rempli de la poésie de la nature et de la tristesse des ruines, elle épanchait sa souffrance dans le cœur de cette Mère de souffrances, lui demandant le courage et la résignation.

Quand elle priait, la pauvrette, ses yeux bleus noyés de larmes levés vers le ciel, ou son front de neige incliné vers la terre, radieuse d’une auréole que lui faisait la brise en caressant ses cheveux d’or, la Vierge bénie souriait dans sa grossière image, heureuse du parfum de cette prière, la prière de l’innocence et du dévouement qui s’ignorent.

Quel démon jaloux prit ombrage de cette tranquille existence qui s’écoulait loin du monde, sous l’œil protecteur de la Madone ? Acharné à la poursuite d’un sanglier, dont sa meute en défaut avait perdu la trace, Huruge par une matinée de printemps se trouva seul au milieu des ruines du monastère. Harassé de fatigue, il s’assit sur le fût d’une colonne brisée, sans que le spectacle de cette désolation qui était son oeuvre, lui chantât autre chose au cœur que le plaisir d’une vengeance assouvie. Non loin de lui il entendit une voix cristalline, douce à l’oreille comme un chant du Ciel qui disait : « Gaudemar, réjouis-toi ; Marie, réjouis-toi, pour ce que le divin Jésus ton fils et notre bénin seigneur est en ce jour ressuscité ! »

Huruge se leva et, comme un fauve, entre les broussailles silencieusement se glissa vers les ruines de la chapelle d’où semblait venir la voix. Là, il vit à genoux sur le sol, devant la statue de la Vierge, Glenna dont la confiante prière, en ce beau jour de Pâques, montait vers Marie avec l’enivrant parfum des fleurs nouvelles-nées, dans le recueillement mystérieux de la nature en éveil.

Un mauvais sourire passa sur les lèvres du seigneur. Quelle qu’elle fût, d’où qu’elle vînt, cette jeune vierge sans défense lui appartenait ; ce serait une agréable diversion au mécompte de sa poursuite, une compensation au sanglier éventé par sa meute et perdu maintenant. Comme Huruge s’avançait encore, son couteau de chasse heurta l’angle d’une pierre et le bruit fit retourner la jeune fille qui poussa à son aspect un cri d’épouvante.

Mais Huruge n’avançait plus... son regard tout à l’heure brûlant d’une horrible convoitise s’était détourné et se perdait maintenant dans le vague et l’effroi, sur la statue de bois. Il avait semblé à ses yeux émerveillés que la Vierge s’agitait et que ses doigts ténus s’étaient mis à filer très vite. Elle filait en effet, la Vierge ; en moins d’un instant Huruge fut enveloppé d’un réseau de fils légers, impalpables, mais si prodigieusement nombreux et résistants que tous ses efforts pour se dégager demeurèrent vains. Le traître et félon était cloué au sol et réduit à l’impuissance.

Glenna s’était levée non moins émerveillée. Son cœur battit plus vite et le sang empourpra ses joues ; mais Dieu ne voulut point qu’elle perdît contenance devant le seigneur redouté. « Beau sire, lui dit-elle de sa voix claire qui tremblait, point il ne se faut approcher de la Vierge Marie, si l’on n’a au cœur bons et loyaux pensers. Mais icelle est la royne des miséricordes et, si tant elle a fait sur votre corps si beau miracle, point elle ne voudra laisser votre âme en perdition ».

Montagne du Grun
Montagne du Grun
Puis tout d’un coup, sa frayeur reprenant le dessus, la pauvrette se mit à fuir légère comme une sylphide et disparut bientôt derrière les ruines, laissant en tête-à-tête le chevalier parjure et la Mère admirable.

Le soir était venu. Derrière le Ferrand — le grand Ferrand, montagne située en face du Valgaudemar — frangé d’un liseré de pourpre, le soleil avait disparu. Le chevalier regagnait son manoir à pas lents. Ses yeux étaient rouges, car il avait pleuré... lui... Huruge !

Une semaine plus tard il était à Aigues-Mortes, aux pieds du roi Louis qui armait sa flotte pour aller guerroyer en terre sainte. « Beau sire », lui dit-il, « je ne viens pas te faire hommage de mon fief, parce que j’ai prêté mon serment de vassalité entre mains de la Vierge Marie, et suis son homme lige et féal jusqu’à mon trépas qui n’est point éloigné, mais mon épée t’appartient, car ma suzeraine m’a ordonné de la venir mettre à ton service pour combattre les ennemis de son fils ».

Le roi sourit et lui répliqua : « Je n’ai rancune, gentil sire, ni uncque jalousie de la royne du ciel ; conduis-toi comme son chevalier et feras merveille ». Puis il releva Huruge qui brandit son glaive en criant : Gaudemar ! Gaudemar !

Sur la brèche ouverte aux murs de Jérusalem la Sainte, un chevalier se bat comme un lion : Gaudemar ! Gaudemar ! Sa tête est découverte, car son casque est brisé, mais qu’importe, son épée flamboie rouge de sang et les Maures tombent autour, comme des blés moissonnés : Gaudemar ! Gaudemar ! Un trait fend l’air et blesse le guerrier à la tête, le sang dégoutte de sa chevelure en minces filets rouges, n’importe, il se bat toujours. Gaudemar ! Gaudemar !... Une flèche siffle et cette fois pénètre dans son cou, profonde et meurtrière. Un flot de sang a jailli de sa bouche. Huruge tombe centre la muraille et ses yeux seuls maintenant, ses yeux mourants suivent la marche des croisés vainqueurs.

Pour lui son pèlerinage est fini. Ses yeux deviennent vitreux. « Dieu le veult » murmure-t-il, « Vive Dieu ! » « Pour ce qui est de moi, Vierge Marie, j’ai tenu mon serment si bien que j’ai pu ! »... et son dernier souffle s’exhale en un dernier cri : « Gaudemar ! Gaudemar !... » Le roi fit faire pompeuses funérailles à ce preux dont la valeur avait contribué à la victoire ; son fief, donné sur sa demande à l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, resta le fief de la Vierge et s’appela le « Val Gaudemar ».




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