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Lieux d'histoire. Jardin des Plantes à Paris, ouvert au public en 1634 - Histoire de France et Patrimoine


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Lieux d’Histoire

Origine, histoire de nos villes, villages, bourgs, régions, châteaux, chapelles, moulins, abbayes, églises. Richesses historiques de France


Jardin des Plantes (Le) à Paris :
lieu de tout temps à la mode
(D’après « Promenades dans Paris », paru en 1906)
Publié / Mis à jour le lundi 28 décembre 2015, par LA RÉDACTION



 
 
 
C’est à un émouvant voyage au coeur du Jardin des Plantes, ouvert au public en 1634, que le peintre, illustrateur et écrivain Georges Cain, conservateur du musée Carnavalet pendant quelque vingt ans, nous convie en 1906, évoquant quelques souvenirs de son enfance qui s’y rattachent et retraçant l’histoire de ce lieu unique niché au sein de la capitale

Le meilleur de la vie est peut-être fait de souvenirs, écrit en 1906 Georges Cain, fils du sculpteur animalier Auguste Cain : aussi ne saurais-je franchir sans être délicieusement impressionné les grilles du vieux Jardin des Plantes où, tout enfant, un livre à images sous le bras, j’accompagnais mon père qui, comme Delacroix, comme Barye, comme mon grand-père P.-J. Mène, comme Gérôme, comme Frémiet, comme Rosa Bonheur, y installa si souvent sa petite selle à modeler à quelques centimètres des tigres et des lions qu’il copiait.

Nous y arrivions de bon matin, vers huit heures, avant l’invasion des visiteurs ; le gardien, qui s’appelait Bocquet, un grand diable, maigre, avec des yeux de flamme, caressait ses fauves, les interpellait, leur jetait de menus morceaux de viande pour leur faire donner le mouvement voulu, et mon père, familier par habitude avec ces belles bêtes, aux yeux parfois si doux et si profonds, leur tapotait la tête qu’elles venaient, câlines, frotter contre les barreaux.

Le Jardin des Plantes, à Paris
Le Jardin des Plantes, à Paris

L’odeur alcaline était violente, la chaleur lourde ; on entendait le sifflement des mangoustes et des fouines installées dans les rotondes de sortie ; parfois un rugissement de colère faisait trembler les vitres. Qu’elles étaient amusantes ces heures de travail devant les cages des fauves, dans l’arrière-couloir de la ménagerie, tout près d’une petite cour où hurlaient des chiens à l’attache !

Souvent aussi c’était dans le jardin même, sur l’herbe, devant les cerfs, les biches, les échassiers ou les vautours que ces grands travailleurs dressaient leurs petits ateliers portatifs, leurs chevalets et leurs sellettes, ou parfois à la ménagerie des reptiles, un antique bâtiment croulant de vétusté. Les crocodiles y reposaient, enserrés dans des caisses étroites comme en des cercueils ; on y voyait encore des pythons, des aspics de Cléopâtre, de hideuses araignées velues, des salamandres, des caméléons, et une couverture de laine avalée puis... rendue à peu près intacte par un serpent boa ; le directeur nous donnait des lézards verts et d’inoffensifs orvets qui causaient de folles terreurs en passant leurs fines têtes hors des poches de nos tuniques de collégiens ! Et ces courses échevelées autour du labyrinthe et du cèdre que M. de Jussieu — assure une légende dont il serait criminel de douter — rapporta « du Liban dans son chapeau », en 1735... Que c’est loin tout cela, et que de jeunes souvenirs évoque ce vieux Jardin des Plantes !

Au milieu des transformations qui chaque jour modifient Paris, c’est un des rares coins qui aient heureusement gardé leur caractère ancien et charmeur ; M. de Buffon pourrait encore s’y croire chez lui ; il retrouverait même sa table de travail, reléguée dans un vague cabinet d’étude, non loin d’un groupe de marbre merveilleux, Chèvre et Enfants, dont la place devrait être au musée du Louvre et non dans un corridor. Peu de planches, d’ailleurs, seraient « à moderniser » dans le bel ouvrage que publia Curmer en 1842 : les « Huttes aux chèvres d’Abyssinie », les « Cabanes des hérons », la « Ménagerie des féroces », sont telles que les dessinaient alors Daubigny et Ch. Jacque.

Le public ne semble pas modifié : ce sont les mêmes badauds de Paris qui, penchés sur les mêmes fosses aux ours, continuent à engager l’éternel « Martin » à refaire l’ascension de l’arbre ébranché qui se dresse au milieu de la fosse. Les fleurs d’eau s’épanouissent dans les mêmes serres étouffantes et basses, près des orchidées aux formes étranges, et c’est dans le vieil amphithéâtre où professèrent tant d’illustres savants que Mme Madeleine Lemaire — qui parle des roses, des pavots et des pensées aussi merveilleusement qu’elle sait les faire revivre sur ses toiles — initie un auditoire attentif et charmé à la divine beauté des fleurs.

Dans les volumes de Curmer, de beaux messieurs vêtus comme Musset échangent avec de jolies dames drapées dans des « schalls Ternaux » de cérémonieux saluts devant « l’Entrée des grandes serres » : le décor est intact, les enfants jouent aux mêmes places, et sur les mêmes chaises de bois les mêmes grisettes, avec des costumes presque identiques, lisent les mêmes romans-feuilletons. En 1842, c’étaient les Mystères de Paris, d’Eugène Sue ; en 1906, c’est la Môme aux beaux yeux, de Pierre Decourcelle.

De tout temps, ce superbe jardin fut à la mode : Fondé en 1633 par Louis XIII sur un terrain abandonné qui servait de voirie, et dirigé par Gui de la Brosse, le Jardin des Plantes médicinales — ce fut son premier nom — eut des commencements difficiles ; mais Fagon, Tournefort, Vaillant, puis Antoine et Bernard de Jussieu, et enfin Buffon — qui mourut au Jardin des Plantes, dans le bâtiment faisant face à la rue Geoffroy-Saint-Hilaire —, coordonnent, augmentent et embellissent le « Jardin du Roi ».

L'intérieur de la serre du Jardin des Plantes en 1865
L’intérieur de la serre du Jardin des Plantes en 1865

Arrive la Révolution : la Nation met la main sur le « Muséum d’histoire naturelle » auquel on adjoint une ménagerie constituée avec les débris des collections royales installées par Louis XIV au bord du Grand Canal, à Versailles. Bernardin de Saint-Pierre plaida en 1792 la cause des pauvres animaux qui mouraient de faim. « Les tuerons-nous, s’était-il écrié, pour exposer leurs squelettes ? Ce serait leur faire injure ! » et le 4 septembre 1793 la collection augmente subitement ; Geoffroy Saint-Hilaire, travaillant dans son cabinet, apprend que deux ours blancs, une panthère, deux mandrilles, un chat-tigre et quelques aigles sont en bas, à sa porte, réclamant l’hospitalité.

Ces animaux, en effet, se trouvaient en état de vagabondage : à la suite d’une ordonnance de police, trois ménageries foraines avaient été saisies et expédiées au Muséum sous la conduite de leurs propriétaires indemnisés. Geoffroy Saint-Hilaire fait remiser les cages sous ses fenêtres, nourrit de ses deniers les malheureuses bêtes affamées et élève les saltimbanques à la dignité de gardiens !

Napoléon adresse à la Ménagerie les éléphants du stathouder de Hollande et les ours de Berne. Chaque année apporte sa contribution d’animaux rares et de minéraux précieux. Le Jardin des Plantes est fêté, agrandi, embelli. Le 9 juillet 1827, la girafe est présentée au Roi, et c’est un événement parisien : tout est à la girafe, on a des peignes, des broches, des manches et des ombrelles « à la girafe », son nom sert d’enseigne à un magasin de modes du passage du Saumon ; on chante même une complainte qui commence par ce vers, si j’ose dire : « C’est de l’acacia qu’elle aime à se nourrir », et se termine ainsi :

Enfin dans tout Paris on aime sa présence
Et son séjour promet la paix et l’abondance.

Sur tous les points du monde, d’intrépides et modestes savants français s’expatrient pour enrichir le Jardin des Plantes ; Duvaucel, Chapelier, Jacquemont, combien d’autres encore, sont morts sous les flèches des sauvages, les morsures des serpents, les coups de soleil de l’Inde ou les fièvres des tropiques pour doter leur pays de bêtes inconnues, de plantes mystérieuses, de papillons féeriques, d’oiseaux rares, de brins d’herbes manquant à des herbiers. Un peu de leur âme héroïque, simple et charmante, flotte sur ce beau jardin dont quelqu’un disait : « C’est un paradis terrestre un peu vieilli : fleurs, bêtes et gens ; il y a même le serpent, et l’on y cueille des pommes inoffensives ».

Taine écrivait en 1849 à Paradol : « J’étais hier au Jardin des Plantes ; je regardais dans un endroit isolé un monticule couvert d’herbes des champs, vertes, jeunes, non cultivées, fleuries ; le soleil brillait au travers et je voyais cette vie intérieure qui circule dans ces minces tissus et dresse les tiges drues et fortes ; le vent soufflait et agitait toute cette moisson de brins serrés d’une transparence et d’une beauté merveilleuses... et j’ai senti mon cœur battre !... »

L’étroitesse des rues de Paris jusqu’au XIXe siècle, la difficulté des voyages, le peu d’élévation des maisons empêchaient les vues d’ensemble, les longues perspectives ; or le Jardin des Plantes possédait un labyrinthe, aussi ce labyrinthe, surmonté d’un belvédère, était-il, dès le XVIIIe siècle, assiégé, les jours de fête : les Parisiens découvraient Paris ! on se signalait Vincennes avec son donjon et ses tours carrées, le Père-Lachaise, les coteaux de Meudon, les ondulations de la Seine, les lointains bleus de Gentilly...

Le labyrinthe existe encore et le spectacle n’a pas varié : la foule échange à la même place les mêmes exclamations qu’aux siècles derniers !... Un public bon enfant, confondu dans le plus amusant pêle-mêle, continue à s’esclaffer aux gambades des singes, aux plongeons des otaries, aux bâillements énormes de l’hippopotame ; l’éléphant persiste à engloutir des kilos de petits pains et le chameau promène ses yeux doux et bridés sur un petit monde admiratif et joyeux ! Devant les sinistres cages, trop sombres, trop étroites, indignes de Paris, où sont prisonniers les grands félins, c’est une stupeur ; et d’odieux imbéciles agacent d’un grotesque parapluie l’animal captif qui se meurt d’étisie derrière des grilles noires.

Le Jardin des Plantes en 1820
Le Jardin des Plantes en 1820

Au muséum d’anthropologie, la foule défile, intimidée, parlant plus bas, devant ces successions de squelettes, ces ostéologies bizarres et compliquées, et ce troupeau d’ignorants nous rappelle une stupéfiante réponse faite il y a vingt ans au peintre Vibert par un vieux modèle :

— Venez travailler demain dimanche, père Sauvage, j’aurai besoin de vous pour achever mon tableau.

— Impossible, monsieur Vibert, demain je vais avec les enfants voir mon grand-père.

— Votre grand-père ? Quel âge avez-vous donc ?

— Soixante-dix-sept ans.

— Et vous avez encore votre grand-père ?

— Mais oui... au Jardin des Plantes... Il est squelette... pas loin de l’assassin de Kléber... Sauvage le Marin... Alors tous les mois je vais le voir avec mes petits-fils. Oh ! les gardiens nous connaissent, ils nous disent : « Vous venez pour le grand-père ; il est toujours-là, dans la pièce à côté ! »

De grands et vastes bâtiments contiennent d’admirables collections, présentées avec un ordre merveilleux par le savant directeur M. E. Périer, des évocations d’un autre âge, des mammouths, des bolides... Mais les amoureux du Passé regretteront toujours les adorables petites pièces Louis XV aux plafonds tapissés de crocodiles empaillés, de poissons volants, d’espadons, où se classaient les anciennes collections du « Jardin du Roi ».

Quelle intimité discrète et charmeuse ! Quel cadre idéal que ces fines boiseries grises si délicatement ouvragées ; on y admirait les plus beaux lépidoptères de tous les pays, depuis les fulgurants papillons aux éclats métalliques des Grandes Indes et des Amériques jusqu’aux phalènes de Fontainebleau qui ressemblent à des feuilles mortes jaunies et desséchées ; on y rencontrait le « grand sphynx à tête de mort » comme le minuscule papillon bleu de nos prairies de France ! Le temps avait comme poudré et légèrement terni l’éclat merveilleux de leurs colorations premières, et cela valait mieux ainsi : trop éclatants, ils auraient détonné dans ce milieu un peu vieillot, et c’était un charme de plus que d’admirer ces joyaux de l’air si légèrement recouverts d’un rien de la poussière du Passé !...

Mais le soir tombe : les rires d’enfants et les chants d’oiseaux s’éteignent ; on perçoit au loin le rugissement plaintif d’un grand félin prisonnier, une tourterelle sauvage regagne hâtivement son nid enfoui dans les branches d’un marronnier rose ; l’air est comme embaumé ; toutes les fleurs de tous les arbres exhalent vers les premières étoiles leurs derniers souffles parfumés, et la nuit bleue descend sur le Jardin qui s’endort...




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