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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
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Légendes, croyances, superstitions : Pas de Souci (Lozère), rives du Tarn. Combat entre saint Guillaume et le Diable - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Pas de Souci (Le) sur le Tarn
ou la lutte de saint Guillaume
contre messire Satan
(D’après « Légendes et traditions populaires de la France », paru en 1840)
Publié / Mis à jour le mercredi 27 janvier 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
En remontant les rives pittoresques du Tarn, on arrive, non loin de Sainte-Énimie (Lozère), à un bassin d’un aspect si sauvage, qu’on le dirait bouleversé par une main surnaturelle et malfaisante, théâtre, au VIIIe siècle, affirme la légende, d’une lutte entre saint Guillaume implorant l’aide de Dieu pour bâtir un pont nécessaire aux habitants, et Satan qui entendait bien ruiner ces louables efforts dictés par la bonté d’âme...

Figurez-vous une espèce de cirque fermé presque entièrement par des rochers inaccessibles ; aucune trace de culture, aucune végétation, n’adoucissent aux yeux leur âpre nudité ; le lierre et le buisson ne croissent pas même dans leurs fissures. Seulement, quelques lichens verdâtres, des arbustes rares et rabougris, rampent au pied de ces masses désolées ; et pourtant il y a quelque chose de riche et d’énergique dans ces pics aigus et dépouillés, dans ces roches tantôt à pans larges et lourds, tantôt découpées en dentelures délicates, comme par la fantaisie d’un artiste.

Le soleil fait éclater les chaudes teintes dont elles sont colorées. Ici, des aiguilles d’un ton ardent et rougeâtre s’enlèvent en lumière sur le fond sombre et béant de cavités profondes ; là, une immense pierre, coupée comme une muraille, offre les teintes grises d’une ruine ; plus loin, et par de larges ouvertures, d’autres rochers, disposés en perspective, passent d’un bleu foncé au bleu le plus transparent.

Tous ces jeux de l’ombre et de la lumière à travers ces formes bizarres animent cette nature si âpre, et peuvent fournir à la palette du peintre les plus piquantes oppositions. L’enceinte que forment ces masses abruptes est parfaitement en harmonie avec leur aspect sauvage ; tout y indique un effrayant cataclysme : les rochers y sont entassés dans le plus étrange désordre, et c’est à peine si le voyageur peut se frayer un passage à travers leurs débris.

Le Pas de Souci (Lozère)
Le Pas de Souci (Lozère)

Jadis, deux immenses pyramides se dressaient dans ce lieu à une hauteur prodigieuse : l’une se nomme le roc d’aiguille, et son nom indique sa forme ; celui-là seul est resté debout. L’autre s’appelle le roc de Lourdes ; de celui-ci il ne reste plus que la base, il s’est écroulé dans la vallée. C’est à travers les débris de ce géant terrassé que le Tarn a dû se frayer un passage ; arrêté à chaque pas par mille obstacles, tantôt serré entre deux couches, il s’élance avec fracas de leur extrémité, tantôt faible et inaperçu, il s’est creusé sans bruit un étroit canal. Ce n’est plus une seule rivière, mais une multitude de sources, dont le murmure trouble seul le silence de la vallée.

Le bassin désolé que nous venons de décrire a reçu des habitants des montagnes voisines le nom de Pas de souci. L’imagination naïve et pittoresque du Moyen Age n’a pas manqué de s’exercer sur un lieu qui prêtait si bien à la légende ; aussi, quelle que soit la cause que la science pourrait attribuer au cataclysme dont cette vallée a été le théâtre, voici celle que lui a assignée la pieuse crédulité des anciens temps.

A peu de distance du Pas de souci, il existe un village dont la situation pittoresque est parfaitement en harmonie avec le site qui l’environne ; seulement, le paysage est plus varié que dans le bassin de Souci, et abonde en oppositions charmantes. Ici, la même nature sauvage et grandiose ; là, sur les bords de la Junte, une verdure émaillée de fleurs, des eaux limpides et murmurantes ; puis, derrière, un rideau de peupliers. Au-dessus de rochers moussus, s’élève le village de Sainte-Énimie et le clocher pointu de sa petite église.

C’est dans ce village que vivait, au VIIIe siècle, un saint homme, nommé Guillaume. Un jour, on l’avait vu arriver, seul et grave, un bâton blanc à la main, vêtu d’un simple habit de bure. D’où venait-il ? On l’ignorait. Avait-il un autre nom ? Personne ne put jamais le savoir. Mais, certainement, il avait été habitué à porter d’autres habits que ceux qui le couvraient ; dans son air noble et fier, et qu’il cherchait à rendre humble et modeste, on lisait l’habitude du commandement.

Il choisit sa demeure dans l’excavation profonde d’un rocher, et sa vie fut bientôt admirée comme le modèle d’une grande perfection. Le village de Sainte-Énimie ne tarda pas à ressentir d’heureux effets du voisinage du saint homme ; il se connaissait merveilleusement en simples, et sa haute sagesse le faisait consulter dans les affaires les plus difficiles. Il fut bientôt vénéré comme l’ange du village, et chaque jour quelque nouveau bienfait, quelque prodige inouï, que l’on racontait à la veillée, venaient augmenter sa réputation.

Le village de Sainte-Énimie était alors le centre qu’avaient choisi les populations voisines pour les ventes et les marchés. Ces réunions ressemblaient assez à nos foires. Ces jours-là, le seul endroit guéable de la Junte qui conduisait à Sainte-Énimie se trouvait encombré, et alors des rixes sanglantes, des blasphèmes et des jurements éclataient à chaque instant. Un de ces jours que le bon Guillaume passait tout auprès de ce lieu aimé de Satan, il fut grandement surpris d’entendre comment le nom de Dieu était peu respecté. Deux paysans, montés chacun sur leur mule, s’interpellaient violemment, et des menaces ils allaient bientôt en venir aux coups. Le saint homme fut obligé d’intervenir, et comme il ne put apaiser leur colère, il se mit à genoux, priant Dieu de les éclairer.

— Mort Dieu ! dit l’un des paysans, messire ermite, mieux vaudrait prier le ciel de nous bâtir ici un pont.

— Mon fils, dit le saint, Dieu est tout puissant ; mais il ne faut pas le tenter.

Puis, à force d’instances, il apaisa la querelle. Mais depuis lors, il passait les jours de marché à pleurer et à jeûner, s’offrant en expiation pour tous les péchés qui se commettaient à ce fatal passage de la Junte. Dieu tenait son serviteur en trop grande estime pour ne pas prendre en considération ses prières et ses vœux ardents. Un soir, Guillaume était en prières ; un ange lui apparut. II portait une blanche tunique ; son front était ceint de la céleste auréole, son visage respirait la douceur et la bonté. « Dieu a ouï ta prière, dit-il au saint ; il en a été touché. Mais, Guillaume, qu’est-ce que la foi qui n’agit point ? A l’œuvre donc ; Dieu t’aidera. »

Le Tarn au Pas de Souci
Le Tarn au Pas de Souci

Il n’en fallut pas davantage pour enflammer le zèle du saint. Il se rend aussitôt à l’église, et après une homélie sublime d’une éloquente simplicité, il entraîne les habitants de Sainte-Énimie sur les bords de la Junte pour y construire un pont. Le secours de Dieu fut visible. En peu de jours, le pont s’éleva comme par enchantement. Les habitants bénissaient Guillaume, qui s’humiliait et renvoyait toutes les louanges à Dieu.

Mais ce succès merveilleux ne faisait pas le compte de Satan qui se voyait ainsi enlever désormais toutes les âmes qui se damnaient au passage de la Junte. Il eut l’audace de s’adresser à Dieu pour se plaindre de celui qu’il regardait comme son ennemi, Guillaume ; il lui renouvela le même discours qu’il lui avait tenu autrefois au sujet du saint homme Job. « Ce n’est pas gratuitement que Guillaume craint votre droite, lui dit-il ; n’avez-vous pas béni l’œuvre de ses mains ? »

Le Seigneur lui répondit : « Va, détruis le pont de Guillaume ; je t’en abandonne jusqu’à la dernière pierre. » Satan ne perdit pas de temps, il se rendit sur les bords de la Junte, et d’un souffle il renversa le pont. La ruine en fut si complète qu’il était impossible que les matériaux qui avaient servi à l’édifier fussent employés une seconde fois.

Guillaume ne fut pas découragé un instant ; il adressa une fervente prière au ciel, et les ouvriers se remirent à l’œuvre. Mais, au moment où le pont allait être fini, le saint se douta bien que Satan allait renouveler ses infernales manœuvres : il passa donc la nuit en prières et en oraisons dans son ermitage. Vains efforts ! le matin le pont était renversé. Cette fois la terreur était à son comble dans la contrée, et Guillaume ne put réunir les ouvriers pour recommencer les constructions. « A quoi bon, disaient-ils, fatiguer nos bras ? Satan est plus fort que nous. »

L’ermite usa d’un dernier moyen ; il se rendit à l’église et prêcha une belle homélie sur les ruses de l’esprit malin, sur la confiance en Dieu et sur la nécessité de la persévérance ; les habitants se laissèrent toucher, et un troisième pont vint bientôt remplacer les deux premiers.

Le Roc d'Aiguille
Le Roc d’Aiguille
Cette fois le saint voulut défendre son œuvre. Dès qu’il fut nuit, il se rendit sur les bords de la Junte, se cacha derrière un rocher d’où il pouvait voir ce qui allait se passer, et attendit en redoublant d’oraisons. Il était à peine minuit, lorsqu’il vit se dresser une grande figure à quelques pas du pont. Ce personnage, à mise suspecte, regarda de tous les côtés, poussa un sauvage éclat de rire et s’avança vers le pont. Il était impossible de ne pas reconnaître Satan à cet air insolent de réprouvé. D’ailleurs, malgré l’obscurité profonde, Guillaume aperçut le pied fourchu de l’esprit de ténèbres. Il n’hésita pas un instant et marcha droit à lui.

Satan, étourdi des nombreux signes de croix dont il était assailli, ne vit de salut que dans la fuite ; mais cette victoire ne parut point assez décisive au saint : il voulut terrasser Satan et le forcer de renoncer à son infernal projet. Il se mit donc à le poursuivre sans se laisser intimider ni par les obstacles, ni par l’obscurité profonde de la nuit. Il était guidé dans sa course par une foi ardente et par un certain rayonnement qui s’échappait du front de l’ange maudit. Cette course dura longtemps. Peut-être l’espace d’une nuit humaine ne lui suffit-elle pas.

Quoi qu’il en soit ils arrivèrent, l’homme de Dieu et Satan, dans les lieux où le Tarn s’étendait en un large et profond bassin au pied des rocs de Lourdes et d’Aiguille. Parvenu au bord de l’eau, Satan se retourne ; se voyant serré de près par son adversaire, il n’hésite pas et s’élance dans le Tarn, ni plus ni moins que si l’eau eût été son élément naturel. A peine y est-il plongé qu’elle s’élève en gros bouillons et sort de son lit. Mais déjà Satan a atteint l’autre bord ; déjà il a posé une main sur la base du roc de Lourdes. C’en est fait, il va échapper. Guillaume ne perd pas courage, il se jette à genoux et implore le ciel.

Au même instant un craquement affreux se fait entendre. Le roc de Lourdes, ébranlé jusque dans ses fondements, se balance un instant sur sa base, et, s’écroulant avec fracas, couvre de ses débris le lit du Tarn et la vallée tout entière. Satan était pris. Cependant le roc d’Aiguille, qui était resté debout, craignit un instant que son frère ne fût point assez fort pour contenir l’esprit infernal.

— Frère, s’écria-t-il, est-il besoin que je descende ?

— Et non, répondit l’autre, je le tiens bien.

Cette victoire préserva non seulement le pont de Guillaume, mais encore le village de Sainte-Énimie des maléfices de Satan. Seulement, comme celui-ci se plaignit à Dieu, le bassin où coulait le Tarn lui fut laissé en propriété. On l’entend souvent la nuit pousser des gémissements lamentables sous les rochers qui le tenaient captif.

Guillaume mourut longtemps après en odeur de sainteté, laissant la contrée parfaitement rassurée. S’il lui était donné de reparaître dans ce monde, peut-être trouverait-il que Lourdes a lâché sa proie.




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