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Louis Feuillée, astronome, botaniste et mathématicien né à Mane près de Forcalquier - Histoire de France et Patrimoine


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Personnages : biographies

Vie, oeuvre, biographies de personnages ayant marqué l’Histoire de France (écrivains, hommes politiques, inventeurs, scientifiques...)


Feuillée (Louis), astronome et botaniste
(D’après « Le Magasin pittoresque », paru en 1856)
Publié / Mis à jour le lundi 25 juin 2012, par LA RÉDACTION



 

Religieux de l’ordre des Minimes, il s’est rendu célèbre comme astronome et botaniste. Il naquit à Mane près de Forcalquier en 1660 et montra de bonne heure des dispositions pour les mathématiques et notamment pour l’astronomie. Il consacrait à l’étude de ces sciences tout le temps qui lui restait après avoir rempli les devoirs de son état, et faisait des progrès qui lui inspirèrent le désir de mettre en pratique les connaissances qu’il avait acquises. Il pensa qu’il n’en pouvait faire un meilleur usage qu’en les employant à perfectionner la géographie et l’hydrographie.

Louis Feuillée
Louis Feuillée
L’occasion qu’il cherchait de mettre ce dessein à exécution se présenta de la manière la plus honorable pour lui. Ses travaux l’ayant mis en relation avec les membres de l’Académie des sciences, il reçut un ordre du roi pour aller au Levant déterminer la position de plusieurs villes et d’un grand nombre de ports. Le succès de ce voyage, commencé en 1699 de concert avec Jacques Cassini, lui inspira le désir de faire des observations du même genre dans les mers des Antilles ; et il partit ainsi de Marseille le 5 février 1703, pour arriver, après une traversée heureuse, à la Martinique le 11 avril. Mais ses travaux furent interrompus par une maladie grave qui le mit à deux doigts de la mort.

Au mois de septembre 1704 il s’embarqua sur un bâtiment monté par des flibustiers qui allaient sur la côte de Caracas : c’était s’exposer à tous les dangers que ces hommes déterminés affrontaient résolument ; mais Feuillée ne redoutait rien quant il s’agissait d’aller examiner des terres nouvelles ; il aborda dans ce voyage à Porto-Cabello, à Sainte-Marthe, à Porto-Belo et à Carthagène, et fit dans chacun de ces lieux des observations astronomiques. Il ne négligea pas non plus de recueillir dans ce voyage les plantes qui méritaient sous quelque rapport de fixer l’attention, et visita dans les environs de Carthagène des tribus de naturels du pays.

Il revint ensuite à la Martinique après avoir vu quelques-unes des îles qui sont au nord et à l’ouest, puis partit pour la France et entra à Brest le 20 juin 1706. A peine eut-il reçu les témoignages les plus flatteurs de la satisfaction du gouvernement pour le zèle dont il venait de donner des preuves, qu’il forma le projet de déterminer la position des côtes du Pérou et du Chili, et compléter par ce moyen celle de l’Amérique australe. Il se munit de lettres de recommandation du ministère français : il eut le titre de mathématicien du roi. Avant de partir, il désigna avec les membres de l’Académie des sciences les choses sur lesquelles il devait fixer son attention, dressant en conséquence pour lui-même une espèce d’instruction qu’il plaça en tête de son Monstre dessiné par Feuillée et qu’il aurait aperçu le 26 août 1708 à Buenos Aires journal et par laquelle on voit que rien de ce qui touche l’astronomie, la physique, l’histoire naturelle et la géographie ne devait échapper à ses remarques. Son ouvrage prouve qu’il remplit avec exactitude la tâche qu’il s’était imposée.


Monstre dessiné par Feuillée et qu’il aurait
aperçu le 26 août 1708 à Buenos Aires
Une fois encore il partit de Marseille : ce fut le 14 décembre 1707 ; les vents contraires retenant le navire dans la Méditerranée, on fut obligé de relâcher dans plusieurs ports : Feuillée mit ces contrariétés à profit en faisant des observations astronomiques dans tous les lieux où l’on était forcé de se réfugier. Enfin on arriva à Ténériffe le 24 mai 1708, le 14 août à Buenos Aires, et le 20 décembre on eut connaissance de la terre des États. On porta très loin dans le sud du cap Horn, et quoique l’on fût alors au milieu de l’été de ce pays, Feuillée souffrit assez fréquemment de la rigueur du froid. Le 20 janvier 1709 il atterrit à la Conception, port du Chili, où un accueil plein de bienveillance le dédommagea de toutes les fatigues de la traversée.

Feuillée visita successivement, et même à différentes reprises, les ports les plus remarquables de la côte jusqu’au Callao. Il séjourna à Lima depuis le mois d’avril 1709 jusqu’en janvier 1710, remarquant combien cette capitale du Pérou est très peu favorable aux observations astronomiques, parce que l’on y voit rarement le soleil, tandis qu’à la Conception le ciel est très clair et serein durant tout l’été. Après avoir déterminé la position et levé les plans de tous les ports où il était entré, avoir recueilli les plantes et décri les animaux, il quitta la Conception le 8 février 1711. On fit route au sud jusqu’au delà du 59e parallèle, et le 9 avril on alla faire de l’eau à l’île de Fernand de Noronha, dont Feuillée donne la description. Le 15 mai le navire mouilla devant Saint-Pierre de la Martinique, et le 27 août dans la rade de Brest.

On a de lui le Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques, faites sur les côtes orientales de l’Amérique méridionale et dans les Indes occidentales, de 1707 à 1712, paru en 2 volumes en 1714, ainsi que la Suite du Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques, faites sur les routes orientales de l’Amérique méridionale et dans un autre voyage fait à la Nouvelle-Espagne et aux île de l’Amérique, paru en 1725.

Le Journal des observations physiques, mathématiques et botaniques de Feuillée
Le Journal des observations physiques, mathématiques
et botaniques de Feuillée
Ces deux ouvrages, ornés de cartes et d’un grand nombre de planches, ne sont pas écrits avec beaucoup d’agrément ; mais ils contiennent un fond d’instruction solide sur tous les objets qui y sont traités. On y trouve aussi d’autres particularités intéressantes. Il est assez singulier que l’auteur termine son second volume du journal au milieu de son séjour à Ylo, sur la côte du Pérou, et qu’il renvoie la suite de son récit à l’ouvrage qu’il annonce devoir publier plus tard. On voit par le titre que la relation de son premier voyage ne vient qu’après celle du second.

Quoique les astronomes pensent que plusieurs des observations faites par Feuillée eussent pu être plus précises, on peut dire avec vérité que c’est un des voyageurs qui a le plus contribué à l’avancement de l’astronomie, de la géographie et même de différentes parties de l’histoire naturelle. Il avait l’enthousiasme des sciences. Les veilles, les fatigues, les périls de tout genre, les dangers de la navigation, tout cela disparaissait à ses yeux, pourvu que ses travaux pussent contribuer au perfectionnement des sciences auxquelles il avait voué sa vie. C’était un homme d’un caractère doux et simple, tel qu’il convient à un vrai philosophe et à un ecclésiastique ; aussi a-t-on lieu d’être surpris de l’aigreur avec laquelle dans la préface de la suite de son journal il s’exprime sur le compte de Frezier, qui avait comme lui visité la côte de l’Amérique méridionale le long du grand Océan. Il ne se contente pas de le critiquer, il le traite avec un mépris qui annonce un ressentiment profond. Frezier ne se tint pas pour battu et lui répondit vertement.

Planche extraite de l'Histoire des plantes médicinales de Feuillée
Planche extraite de
l’Histoire des plantes médicinales de Feuillée
Le journal de Feuillée et sa suite sont terminés par une sorte d’ouvrage séparé intitulé Histoire des plantes médicinales qui sont le plus d’usage aux royaumes du Pérou et du Chili, composée sur les lieux par l’ordre du roi, en 1709, 1710 et 1711. Ces descriptions des plantes sont faites avec l’exactitude que comportait l’état de la botanique à cette époque, et leurs vertus médicales sont exposées d’après l’usage que l’on en fait dans les cantons où elles croissent. Les figures de ces plantes, dont la plupart étaient nouvelles, sont dessinées avec délicatesse et avec assez d’exactitude, car leur inspection fait aisément reconnaître celles que l’on a aujourd’hui l’habitude de voir dans les jardins et que Feuillée désigne par des noms différents de ceux que les botanistes leur ont ensuite donnés. On distingue entre autres le fuchsia et le datura grandiflora, si remarquables par leurs belles fleurs.

Pour reconnaître les services que Feuillée avait rendus à la botanique, on a donné le nom de Fevillea à un genre de plantes de la famille des cucurbitacées : il renferme des végétaux grimpants qui croissent dans les Antilles et qui sont compris sous la dénomination générale de lianes.




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