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Stendhal enterré par lui-même. Henri Beyle rédige sa propre notice nécrologique - Histoire de France et Patrimoine


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Anecdotes insolites

Petite Histoire de France et anecdotes, brèves et faits divers insolites, événements remarquables et curieux, événements anecdotiques


Stendhal enterré par lui-même ou quand
Henri Beyle rédige sa propre
notice nécrologique
(D’après « Le Figaro : supplément littéraire du dimanche », paru en 1908)
Publié / Mis à jour le mercredi 30 décembre 2015, par LA RÉDACTION



 
 
 
Stendhal eut, parmi beaucoup de génie, bien des singularités. C’est ainsi qu’il se complut, à deux reprises, à écrire lui-même sa Notice nécrologique, la seconde étant particulièrement singulière, où Beyle-Stendhal énumère ses maîtresses et oublie son plus beau livre, le Rouge et le Noir, paru l’année précédente.

La première fois, ce fut en 1822 ; il traversait une crise de spleen et songeait au suicide. Avant de disparaître, il prit la plume et écrivit : « Henri Beyle, né à Grenoble en 1783, vient de mourir à ... le ... octobre 1822. » Suit une notice presque entièrement consacrée à sa carrière militaire. La seconde, datée de 1837, est la plus longue, et la plus curieuse. La voici telle que nous la trouvons dans le volume des Plus belles pages de Stendhal :

Il pleut à verse. Je me souviens que Jules Janin me disait : « Ah ! quel bel article nous ferions sur vous si vous étiez mort ! » Afin d’échapper aux phrases, j’ai la fantaisie de faire moi-même cet article.

Ne lisez ceci qu’après la mort de Beyle (Henri), né à Grenoble le 23 janvier 1783, mort à Paris le ... Ses parents avaient de l’aisance et appartenaient à la haute bourgeoisie. Son père, avocat au parlement du Dauphiné, prenait le titre de noble dans les actes. Son grand-père était un médecin, homme d’esprit, ami ou du moins adorateur de Voltaire. M. Gagnon, c’était son nom, était le plus galant homme du monde, fort considéré à Grenoble, et à la tête de tous les projets d’amélioration.

Henri Beyle dit Stendhal
Henri Beyle dit Stendhal

Le jeune Beyle vit couler le premier sang versé dans la Révolution, lors de la fameuse journée des Tuiles. Le peuple se révoltait contre le gouvernement, et du haut des toits lançait des tuiles sur les soldats. Les parents du jeune B. étaient dévots et devinrent d’ardents aristocrates, et lui patriote exagéré. Sa mère, femme d’esprit qui lisait le Dante, mourut fort jeune. Les Gagnon, inconsolables de la perte de cette fille chérie, se chargèrent de l’éducation de son seul fils. La famille avait des sentiments d’honneur et de fierté exagérés, elle communiqua cette façon de sentir au jeune homme. Parler d’argent, nommer même ce métal passait pour une bassesse, chez M. Gagnon, qui pouvait avoir 8 à mille livres de rente, ce qui constituait un homme riche à Grenoble en 1789.

Le jeune Beyle prit cette ville dans une horreur qui dura jusqu’à sa mort ; c’est là qu’il apprit à connaître les hommes et leurs bassesses. Il désirait passionnément aller à Paris et à vivre en faisant des livres et des comédies. Son père lui déclara qu’il ne voulait pas la perte de ses mœurs et qu’il ne verrait Paris qu’à 30 ans. De 1796 à 1799, le jeune Beyle ne s’occupa que de mathématiques ; il espérait entrer à l’Ecole polytechnique, et voir Paris. En 1799 il remporta le premier prix de mathématiques à l’Ecole centrale (M. Dupuy, professeur) ; les 8 élèves qui remportèrent le second prix furent admis à l’Ecole polytechnique deux mois après. Le parti aristocrate attendait les Russes à Grenoble, ils s’écriaient : O Rus, quando ego te aspiciam !

L’examinateur Louis Monge ne vint pas cette année. Tout allait à la diable à Paris. Tous ces jeunes gens partirent pour Paris afin de subir leur examen à l’Ecole même ; Beyle arriva à Paris le 10 novembre 1799, le lendemain du 18 Brumaire. Napoléon venait de s’emparer du pouvoir. Beyle était recommandé à M. Daru, ancien secrétaire général de l’Intendance du Languedoc, homme grave et très ferme. Beyle lui déclara, avec une force de caractère singulière pour son âge, qu’il ne voulait pas entrer à l’Ecole polytechnique.

On fit l’expédition de Marengo, Beyle y fut, et M. Daru (depuis ministre de l’empereur) le fit nommer sous-lieutenant au 6e régiment de dragons, en mai 1800. Il servit quelque temps comme simple dragon. Il devint amoureux de Mme A. (Angela Pietragrua).

Il passait son temps à Milan. Ce fut le plus beau temps de sa vie ; il adorait la musique, la gloire littéraire, et estimait fort l’art de donner un bon coup de sabre. Il fut blessé au pied d’un coup de pointe dans un duel. Il fut aide de camp du lieutenant-général Michaud ; il se distingua, il a un beau certificat de ce général (entre les mains de M. Colomb, ami intime dudit). Il était le plus heureux et probablement le plus fou des hommes, lorsque, à la paix, le ministre de la guerre ordonna que tous les aides de camp sous-lieutenants rentreraient à leur corps.

Beyle rejoignit le 6e régiment à Savigliano en Piémont. Il fut malade d’ennui, puis blessé, obtint un congé, vint à Grenoble, fut amoureux, et, sans rien dire au ministre, suivit à Paris Mlle V., qu’il aimait. Le ministre se fâcha ; B. donna sa démission, ce qui le brouilla avec M.nbsp ;Daru. Son père voulut le prendre par la famine.

B., plus fou que jamais, se mit à étudier pour devenir un grand homme. Il voyait une fois tous les quinze jours Mme A. ; le reste du temps, il vivait seul. Sa vie se passa ainsi de 1803 à 1806, ne faisant confidence à personne de ses projets, et détestant la tyrannie de l’empereur qui volait la liberté à la France. M. Mante, ancien élève de l’Ecole polytechnique, ami de Beyle, l’engagea dans une sorte de conspiration en faveur de Moreau (1804).

Beyle travaillait douze heures par jour, il lisait Montaigne, Shakespeare, Montesquieu, et écrivait le jugement qu’il en portait. Je ne sais pourquoi il détestait et méprisait les littérateurs célèbres en 1804, qu’il entrevoyait chez M. Daru. Beyle fut présenté à M. l’abbé Delille. Beyle méprisait Voltaire qu’il trouvait puéril, Mme de Staël qui lui semblait emphatique, Bossuet qui lui semblait de la blague sérieuse ; il adorait les fables de La Fontaine, Corneille et Montesquieu.

Angela Pietragrua
Angela Pietragrua
En 1804, Beyle devint amoureux de Mlle Mélanie Guilbert (Mme de Baskoff) et la suivit à Marseille, après s’être brouillé avec ... qu’il a tant aimée depuis. Ce fut une vraie passion. Mlle M. G. ayant quitté le théâtre de Marseille, Beyle revint à Paris, son père commençait à se ruiner et lui envoyait fort peu d’argent. Martial Daru, sous-inspecteur aux Revues, engagea Beyle à le suivre à l’armée ; Beyle fut extrêmement contrarié et quitta les études.

Le 14 ou 15 octobre 1806, Beyle vit la bataille d’Iéna ; le 26 il vit Napoléon entrer à Berlin. Beyle alla à Brunswick, en qualité d’élève commissaire des guerres. En 1808 il commença au petit palais de Richemont (à 10 minutes de Brunswick), qu’il habitait en sa qualité d’intendant, une histoire de la Guerre de la succession d’Espagne. En 1809, il fit la campagne de Vienne, toujours comme élève commissaire des guerres. Il y eut une maladie et il devint amoureux d’une femme aimable et bonne, ou plutôt excellente, avec laquelle il avait eu des relations autrefois.

B. fut nommé auditeur au Conseil d’Etat et inspecteur du mobilier de la couronne par la faveur du comte Daru. Le jour où les Bourbons rentrèrent à Paris, B. eut l’esprit de comprendre qu’il n’y avait plus en France que de l’humiliation pour qui avait été à Moscou. Il alla s’établir à Milan. Il crut entrevoir de la hauteur à son égard dans Mme A... Il serait ridicule de raconter toutes les péripéties, comme disent les Italiens, qu’il dut à cette passion. Il fit imprimer la Vie de Haydn ; Rome, Naples et Florence en 1817 ; enfin l’Histoire de la Peinture (en Italie). En 1817 il revint à Paris, qui lui fit horreur ; il alla voir Londres et revint à Milan.

En 1821, il perdit monsieur son père, qui avait négligé ses affaires (à Claix) pour faire celles des Bourbons (en qualité d’adjoint au maire de Grenoble), et s’était entièrement ruiné. En 1819, M. B. avait fait dire à son fils (par M. Félix Faure) qu’il lui laisserait 10000 francs de rente, il lui laissa 3000 francs de capital. Par bonheur, B. avait 1000 francs de rente, provenant de la dot de sa mère (Mlle Henriette Gagnon, morte à Grenoble vers 1790, et qu’il a beaucoup adorée et regrettée). A Milan, B. avait écrit au crayon l’Amour.

B., malheureux de toutes façons, revint à Paris en juillet 1821, il songea sérieusement à en finir lorsqu’il crut voir que Mme C... avait des yeux pour lui. Il ne voulait pas se rembarquer sur cette mer orageuse, il se jeta à corps perdu dans la querelle des romantiques, fit imprimer Racine et Shakespeare, la Vie de Rossini, les Promenades dans Rome, etc. Il fit deux voyages en Italie, alla un peu en Espagne jusqu’à Barcelone. La campagne d’Espagne ne permettait pas de passer plus loin.

Pendant qu’il était en Angleterre (en septembre 1826) il fut abandonné de cette dernière maîtresse, C... ; elle aimait pendant six mois, elle l’avait aimé pendant deux ans. Il fut fort malheureux et retourna en Italie. En 1829, il aima G... et passa la nuit chez elle, pour la garder, le 29 juillet. Il vit la révolution de 1830 du dehors des colonnes du Théâtre-Français. Les Suisses étaient au-dessous du chapelier Moiran. En septembre 1830, il fut nommé consul à Trieste ; M. de Metternich était en colère à cause de Rome, Naples et Florence, il refusa l’exequatur. B. fut nommé consul à Civita-Vecchia. Il passait la moitié de l’année à Rome, il y perdait son temps, littérairement parlant, il y fit le Chasseur vert et rassembla des nouvelles telles que Vittoria Accoramboni, Beatrix Cenci, etc, 8 ou 10 vol. in-folio.

En mai 1836, il revint à Paris par un congé de M. Thiers qui imite les boutades de Napoléon... B. arrangea la Vie de Napoléon, du 9 novembre 1836 à juin 1837...

(Je n’ai pas relu les pages qui précèdent, écrites de quatre à six le dimanche 30 avril, pluie abominable, à l’hôtel Favart, place des Italiens, à Paris.)

B. a fait son épitaphe en 1821 :

Qui giace
Arrigo Beyle Milanese,
Visse, scrisse, amo.

Il aima Cimarosa, Shakespeare, Mozart, Le Corrège. II aima passionnément V..., M..., A..., Ange, M..., et, quoiqu’il ne fût rien moins que beau, il fut aimé beaucoup de quatre ou cinq de ces lettres initiales. Il respecta un seul homme : Napoléon. Fin de cette notice non relue (afin de ne pas mentir).




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