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Coutumes et traditions. Les animaux traités au Moyen Age comme des êtres conscients - Histoire de France et Patrimoine


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Coutumes, Traditions

Origine, histoire des coutumes, traditions populaires et régionales, fêtes locales, jeux d’antan, moeurs, art de vivre de nos ancêtres


Animaux (Les) traités au Moyen Age
comme des êtres conscients
et responsables de leurs actes
(D’après « Musée universel », paru en 1873)
Publié / Mis à jour le mercredi 22 février 2017, par LA RÉDACTION



 
 
 
Au Moyen Age et jusqu’à une époque assez rapprochée de la nôtre, les animaux furent considérés et traités comme des êtres conscients et responsables, influencés par les saints, faisant l’objet de procès civils et criminels lorsqu’ils se rendaient coupables de la destruction de cultures ou avaient attenté à la vie d’êtres humains

Les animaux n’ont pas toujours passé pour des bêtes, même aux yeux des savants et des penseurs. On objectera que les savants et les penseurs d’autrefois étaient des ignorants et des rêveurs auprès des savants et des philosophes de nos jours. Ce jugement semble un peu sévère et ceux qui le portent seraient peut-être fort déconcertés s’ils savaient quels respectables personnages ils condamnent ainsi sans s’en douter.

Nous ne parlerons pas des naturalistes de l’antiquité, de Pline, par exemple, qui attribuait au lion « de la clémence envers les suppliants » et à l’éléphant « l’amour de la gloire, l’honnêteté, la justice, la prudence et le sentiment religieux. » Mais nous pourrions citer des Pères de l’Église et des saints qui n’avaient pas moins d’estime pour les animaux, qui ne dédaignaient pas d’entrer en communication avec eux, de les prendre pour compagnons ou pour auxiliaires, qui leur parlaient et savaient s’en faire obéir. Ce n’est que bien plus tard que des philosophes et des théologiens orgueilleux se sont avisés de développer leur belle théorie des animaux-machines.

Tertullien, dans son traité de l’Oraison dominicale, dit expressément que toutes les créatures prient et rendent hommage au Créateur. Au Moyen Age, les animaux jouent un grand rôle dans les croyances religieuses, dans les superstitions et dans les pratiques de la magie et de la sorcellerie. Un théologien du XVe siècle, Félix Hemmerlein, connu sous le nom de Malleolus, rapporte que, de son temps, beaucoup de gens de la campagne vouaient leurs cochons à saint Antoine et s’en trouvaient bien. Saint Blaise était, disait-on, le patron des cerfs, des daims et des chevreuils, et ces animaux accouraient du fond des bois sur son passage pour recevoir sa bénédiction qui était pour eux un sûr préservatif contre les attaques des loups et des autres carnassiers.

Les vieux auteurs citent plusieurs exemples du pouvoir miraculeux que les saints avaient le don d’exercer sur les animaux et particulièrement sur les animaux nuisibles. Nous en reproduirons seulement quelques-uns. Saint Hugues, évêque de Grenoble au XIe siècle, étant à Aix-les-Bains, les habitants vinrent implorer son secours contre les serpents qui infestaient le pays. Saint Hugues excommunia ces reptiles qui ne périrent pas, mais devinrent dès lors inoffensifs.

Les serpents s’étaient aussi multipliés d’une façon gênante dans la vallée de Briançon, Les moines du pays ne savaient comment lutter contre ce fléau, lorsque leur bonne étoile amena vers eux saint Eldrad. Ils lui exposèrent leur cas. « Ne vous inquiétez pas, mes bons Pères, leur dit le saint, je me charge de vos serpents. » Il se mit aussitôt en prière, puis il somma les serpents de comparaître devant lui, et en quelques instants il fut entouré d’une multitude innombrable de vipères. Il prit son bâton et leur fit signe de le suivre. Les vipères obéirent. Il les conduisit jusqu’à une profonde caverne qui se trouvait à quelque distance et leur enjoignit d’y entrer. Les vipères obéirent encore et disparurent pour toujours.

Ailleurs, ce sont des rats qu’un saint évêque emmène ainsi jusqu’au sommet d’un promontoire d’où il leur ordonne de se jeter à la mer. Les rats se mettent bravement à la nage et traversent le bras de mer qui sépare la terre ferme d’une petite île déserte, où ils restent confinés.

Ce sont là, sans doute, des faits miraculeux ou légendaires. Mais lorsqu’ils causaient aux hommes un dommage quelconque ou : qu’ils se trouvaient associés à des actes coupables commis par des personnes, on ne se faisait faute de les traduire devant les juridictions compétentes, de les juger et de les condamner conformément aux lois et édits en vigueur. De là, de nombreux procès civils et criminels intentés aux animaux depuis le onzième jusqu’au XVIIIe.

Les procès criminels nous montrent la justice d’autrefois sous un aspect que nous qualifierions, à notre époque, d’odieux et de grotesque. Les animaux qu’on y voit figurer sont principalement des porcs, des boucs, des chèvres, des mulets, des chevaux, des chats, des chiens, des coqs. Ils sont arrêtés, mis en prison ; ils comparaissent devant le tribunal, on les interroge ; comme ils lie répondent pas, on leur applique bel et bien la question, et leurs cris de douleur sont tenus pour des aveux. Le procès se termine le plus souvent par une sentence de mort, et l’exécution a lieu en cérémonie, après lecture donnée au coupable de l’arrêt qui le condamne.

Berriat-Saint-Prix, l’éminent jurisconsulte, a relevé à peu près tous les procès de ce genre qui ont eu lieu depuis le douzième jusqu’au XVIe siècle inclusivement, et il a donné le texte des sentences prononcées, avec le compte des frais de la procédure et de l’exécution. En voici quelques exemples :

En 1268, un porc est brûlé à Paris par arrêt des officiers de justice du monastère de Sainte-Geneviève, pour avoir tué un enfant. En 1368, une truie est condamnée, par le juge de Falaise, à être mutilée à la jambe et à la tête, puis pendue, pour avoir déchiré au bras et au visage, puis tué un enfant. C’est, on le voit, la peine du talion. La truie fut exécutée en habit d’homme sur la place de la ville. L’exécution coûta dix sols six derniers, plus un gant neuf donné à l’exécuteur.

En 1474, un coq est condamné au bûcher par le magistrat de Baie en Suisse, pour avoir pondu un œuf. L’œuf fut brûlé aussi.

En 1499, c’est un taureau, coupable du meurtre d’un enfant de quatorze à quinze ans, qui est condamné au gibet par le bailliage de l’abbaye de Beaupré, de l’ordre de Cîteaux, près Beauvais. Dans la même année, un jugement rendu par le bailli de l’abbaye de Josaphat, près de Chartres, condamne aussi à la potence un porc âgé de trois mois, qui a mis à mort un enfant de dix-huit.

Au contraire des procès criminels, les procès civils contre les animaux témoignent d’une douceur de mœurs singulière, d’un sentiment profond d’équité et de mansuétude à l’égard de toutes les « créatures de Dieu. » On parle aux bêtes avec la conviction qu’elles entendront raison ; au lieu de les détruire brutalement, et avant même d’instrumenter contre elles, on leur offre des arrangements amiables ; et lorsqu’on les condamne, ce n’est pas sans compensation, car, on le reconnaît : « Il faut que tout le monde vive. »

L’histoire judiciaire nous a conservé le compte rendu exact et détaillé de plusieurs de ces procès, dirigés contre des charançons, des hannetons, des cantharides, des mulots, des taupes. Toutes les formalités y sont scrupuleusement observées ; les défendeurs avaient leur avocat, comme les demandeurs, et de Thou assure que Barthélemy Charrancé, jurisconsulte des XVe et XVIe siècles, dut le commencement de sa fortune à un procès où il avait éloquemment plaidé pour des rats.

Les arrêts portaient, en général, que les délinquants seraient sommés de vider les lieux envahis et dévastés par eux, et qu’en cas de refus ils seraient excommuniés, ce qui signifie sans doute mis hors la loi et voués, par conséquent, à l’extermination. Avant donc d’en venir contre les « insectes des champs » à cette dure extrémité, on leur adressait une mise en demeure, une admonestation ainsi conçue :

« Tu es une créature de Dieu ; je te respecte. La terre t’a été donnée comme à moi ; je dois vouloir que tu vives. Cependant tu me nuis, tu empiètes sur mon héritage, tu détruis ma vigne, tu dévores ma moisson, tu me prives du fruit de mes travaux. Peut-être ai-je mérité ce qui m’arrive, car je ne suis qu’un malheureux pécheur. Quoi qu’il en soit, le droit du fort est un droit inique. Je te montrerai tes torts, j’implorerai la divine miséricorde ; je t’indiquerai un lieu où tu puisses subsister ; il faudra bien alors que tu t’en ailles ; et si tu persistes, je te maudirai. »

Convenons que cette naïveté touche au sublime, et que jamais le respect de la justice universelle ne fut poussé plus loin ni exprimé dans un langage plus noble et plus touchant. Et ce qu’il y a de curieux, c’est que les insectes, les rats ou autres bestioles malfaisantes, tenant parfois à disparaître peu de temps après que la sentence leur avait été signifiée, on ne manquait pas d’attribuer ce fait purement fortuit à leur respect pour la magistrature. Malleolus, Chassanée, Charier, auteurs qui peuvent passer pour sérieux, affirment gravement qu’en mainte occasion les arrêts de la justice contre les « insectes des champs » eurent une pleine efficacité.




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