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15 juin 1785 : mort de Pilâtre de Rozier, première victime de l’art aérostatique - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, Calendrier

Les événements du 15 juin. Pour un jour donné, découvrez un événement ayant marqué notre Histoire. Calendrier historique


15 juin 1785 : mort de Pilâtre de Rozier,
première victime de l’art aérostatique
(D’après « Éphémérides universelles ou Tableau religieux, politique,
littéraire, scientifique et anecdotique » (Tome 6), édition de 1834
et « Les merveilles de la science ou Description populaire
des inventions modernes », paru de 1867 à 1891)
Publié / Mis à jour le mardi 14 juin 2016, par LA RÉDACTION



 

Jean-François Pilâtre de Rozier naquit à Metz, le 30 mars 1754 ; d’abord élève en chirurgie, il passa de l’hôpital de Metz chez un apothicaire, où il apprit les premiers éléments de la chimie, un peu de botanique et de minéralogie.

Au bout de quelques années, il vint à Paris, entra comme manipulateur dans une pharmacie, suivit des cours publics, cultiva la chimie, les mathématiques, la physique, l’histoire naturelle, et ouvrit lui-même un petit cours de physique.

Pilâtre n’était pas un savant remarquable par la profondeur de ses connaissances, mais il savait beaucoup de choses, et se faisait une grande réputation parmi les gens du monde. Nommé professeur de chimie à Reims, il ne conserva pas longtemps cette place ; il revint à Paris, où il établit, en 1781, un musée qui avait le double avantage d’offrir aux savants des laboratoires propres à essayer leurs découvertes, et d’enseigner aux étudiants en pharmacie l’usage des machines et leur application.

Carte postale commémorative de la mort de Pilâtre de Rozier et de Pierre Romain
Carte postale commémorative de la mort
de Pilâtre de Rozier et de Pierre Romain

Bientôt cet établissement devint un centre de réunion et d’instruction ; on y trouvait tous les journaux, et l’on y faisait des cours sur les sciences et sur la littérature. Pendant plusieurs années, Pilâtre de Rozier y professa la physique. Lorsque la découverte des ballons vint étonner l’Europe, il fut un de ses admirateurs les plus passionnés. Il conçut aussitôt le projet de voyager dans les airs, à l’aide de la nouvelle machine.

Le 21 novembre1783 , il fit sa première ascension. Ce voyage réussit, mais il ne parut pas assez brillant à Pilâtre ; deux autres ascensions lui succédèrent bientôt. Encouragé par ses succès, le jeune aéronaute conçoit le projet d’aller en Angleterre, en traversant les airs ; une somme de 40 000 francs est mise à sa disposition, par le gouvernement, pour construire un aérostat : malheureusement il le composa de deux ballons, l’un enflé par le feu, l’autre par le gaz hydrogène.

Le 15 juin 1785, à 7 heures du matin, Pilâtre de Rozier et Romain se rendirent sur la côte de Boulogne, pour effectuer leur départ dans l’aéro-montgolfière. Trois ballons d’essai ayant fait connaître la direction du vent, un coup de canon annonça à la ville le moment de leur départ.

Le marquis de Maisonfort, officier supérieur, voulait absolument être du voyage. Il jeta dans le chapeau de Pilâtre, un rouleau de 200 louis et mit le pied dans la nacelle. Mais l’aéronaute le repoussa, en disant : « Je ne puis vous emmener, car nous ne sommes sûrs, ni du vent, ni de la machine ; et nous ne voulons exposer que nous-mêmes. » M. de Maisonfort demeura donc, heureusement pour sa personne, simple spectateur du départ, et c’est à lui que l’on doit la relation la plus exacte du drame qui s’accomplit sous ses yeux.

Les causes de la catastrophe qui coûta la vie aux deux aéronautes, sont encore enveloppées d’un certain mystère. M. de Maisonfort en a donné l’explication suivante. La double machine, c’est-à-dire la montgolfière, surmontée de l’aérostat à gaz hydrogène, s’éleva avec une assez grande rapidité, jusqu’à quatre cents mètres environ. Mais, à cette hauteur, on vit tout d’un coup l’aérostat à gaz hydrogène se dégonfler, et retomber presque aussitôt sur la montgolfière, Celle-ci tourna trois fois sur elle-même ; puis entraînée par ce poids, elle s’abattit, avec une vitesse effrayante.

Voici, selon M. de Maisonfort, ce qui était arrivé. Peu de minutes après leur départ, les voyageurs furent assaillis par un vent contraire, qui les rejetait vers la terre. Il est probable alors que, pour descendre et chercher un courant d’air plus favorable qui les ramenât à la mer, Pilâtre de Rozier tira la soupape de l’aérostat à gaz hydrogène. Mais la corde attachée à cette soupape était très longue : elle n’avait pas moins de cent pieds, car elle allait de la nacelle placée au-dessous de la montgolfière jusqu’au sommet de l’aérostat. Aussi jouait-elle difficilement, et le frottement très rude qu’elle occasionna déchira la soupape. L’étoffe du ballon était fatiguée par le grand nombre d’essais préliminaires que l’on avait faits à Boulogne et par plusieurs tentatives de départ, elle se déchira, après la soupape, sur une étendue de plusieurs mètres ; la soupape retomba dans l’intérieur du ballon, et celui-ci se trouva vide en quelques instants.

Il n’y eut donc pas, comme on l’a dit souvent, inflammation du gaz au milieu de l’atmosphère ; on reconnut, après la chute, que le réchaud de la montgolfière n’avait pas été allumé. L’aérostat, dégonflé par la perte du gaz, retomba sur la montgolfière, et le poids de cette masse l’entraîna vers la terre.

« L’infortuné de Rozier, écrit M. de Maisonfort au Journal de Paris, se décida à remplir son ballon dans la nuit du mardi 14, pour partir à la pointe du jour. Les apprêts furent longs. Il se trouva à la machine plusieurs trous qu’il fallut raccommoder ; on fut obligé de replacer la soupape, et l’aérostat ne fut aux deux tiers rempli qu’à 10 heures du matin. Le vent changea, et nous restâmes toute la journée dans la crainte d’avoir fait une perte d’acide inutile et dans l’espoir incertain de recouvrer le vent si désiré.

« Il reparut sur le minuit. Il faisait même vent frais, et les marins experts et nommés pour en décider nous annoncèrent qu’il ne pouvait être plus favorable. Nous nous remîmes à travailler avec ardeur, et, en trois heures de temps, le ballon se trouva plein jusqu’aux cinq sixièmes. L’appareil, de 64 tonneaux, joua avec tout le succès possible. Vers les 4 heures, le vent parut moins bon ; les nuages chassaient nord-est du côté du lever du soleil. On lança alors un petit ballon de baudruche qui marqua d’abord le vent de sud-est, puis, trouvant un courant contraire, vint s’abattre sur la côte.

« Cet échec n’arrêta point les opérations, et bientôt la montgolfière fut placée sous l’aérostat. Vers les 6 heures, on lança un deuxième ballon qui fut en un instant perdu de vue. Il fallut avoir recours à un troisième courrier, qui indiqua la bonne route : alors le départ fut décidé, et deux coups de canon l’annoncèrent à toute la ville. Il est inutile de détailler les raisons qui m’ont empêché de monter dans la machine, puisque depuis quelques jours j’y étais destiné ; c’est au manque de matières et aux mauvaises qualités de quelques-unes que je dois la vie.

« À 7 heures 7 minutes, tout se trouva prêt, la galerie attachée, chargée de combustibles, de provisions et des deux infortunés aéronautes, M. Pilâtre de Rozier et M. Romain. La rupture d’équilibre fut de 30 livres, et l’aéro-montgolfière s’éleva majestueusement, faisant avec la terre un angle de 60 degrés. La joie et la sécurité étaient peintes sur le visage des voyageurs aériens, tandis qu’une inquiétude sombre paraissait agiter les spectateurs : tout le monde était étonné et personne n’était satisfait.

« À deux cents pieds de hauteur, le vent de sud-est parut diriger la machine, et bientôt elle se trouva sur la mer. Différents courants, tels que le vent d’est, l’agitèrent alors pendant trois minutes, ce qui m’effraya beaucoup. Le vent de sud-ouest devint enfin dominant, et le globe, en s’éloignant de nous par une diagonale, regagna la côte de France. Dans ce moment, sans doute, M. Pilâtre de Rozier, ainsi que nous en étions convenus ensemble, voulant descendre et chercher un courant plus favorable, se sera déterminé à tirer la soupape, qui, mal raccommodée et trop dure, aura exigé auparavant et des efforts et peut-être une secousse violente.

« C’est alors que le taffetas a crevé, que la soupape est retombée dans l’intérieur du globe, et que l’air inflammable tendant à s’élever et voulant sortir par l’issue de dix pouces qui venait de se faire, l’enveloppe, pourrie par des essais inutiles et par un laps de temps considérable, a cédé, et s’est seulement déchirée sans éclater ; car un paysan, éloigné de cent pas, n’a entendu, m’a-t-il dit, qu’un bruit très léger, tandis qu’une détonation totale en devait produire un très fort.

« J’ai vu, monsieur, l’enveloppe de l’aérostat retomber sur la montgolfière. La machine entière m’a paru alors éprouver deux ou trois secousses ; et la chute s’est déterminée de la manière la plus violente et la plus rapide. Les deux malheureux voyageurs sont tombés et ont été trouvés fracassés dans la galerie et aux mêmes places qu’ils occupaient à leur départ. Pilâtre de Rozier a été tué sur le coup, mais son infortuné compagnon a encore survécu dix minutes à cette chute affreuse : il n’a pas pu parler et n’a donné que de très légers signes de connaissance.

« J’ai vu, j’ai examiné la montgolfière, qui n’avait rien éprouvé de fâcheux, n’étant ni brûlée ni même déchirée ; le réchaud, encore au centre de la galerie, s’est trouvé fermé au moment de la chute. La machine pouvait être à environ mille sept cents pieds en l’air ; elle est tombée à cinq quarts de lieue de Boulogne et à trois cents pas des bords de la mer, vis-à-vis la tour de Crey. »

M. de Maisonfort courut vers l’endroit où l’aérostat venait de s’abattre. Les malheureux voyageurs n’avaient pas même dépassé le rivage, et étaient tombés près du bourg de Vimille. Par une triste ironie du hasard, ils vinrent expirer à l’endroit même où Blanchard était descendu, non loin de la colonne monumentale élevée à sa gloire.




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