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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
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26 mai 1755 : supplice du contrebandier Louis Mandrin - Histoire de France et Patrimoine


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26 mai 1755 : supplice du contrebandier
Louis Mandrin
(D’après « La Mosaïque du Midi », paru en 1840)
Publié / Mis à jour le mercredi 25 mai 2016, par LA RÉDACTION



 

Louis Mandrin naquit à Saint-Étienne-de-Saint-Geoirs, petit bourg du Dauphiné, le 11 février 1725. Son père, maréchal-ferrant, ne pouvant suffire aux besoins de sa famille avec les modestes produits de sa profession , s’associa à de faux-monnayeurs. Cet art funeste ne lui réussit pas longtemps ; il fut tué dans une rencontre, et son fils Louis jura, sur le cadavre de son père, haine éternelle à la maréchaussée et aux agents de la gabelle.

Il avait hérité de quelques outils dont il apprit à se servir pour fabriquer et altérer la monnaie. Poussé par son humeur belliqueuse, il se vendit à un racoleur qui recrutait des soldats, et se distingua par sa bravoure. Mais un homme dont les passions étaient si violentes ne pouvait s’astreindre longtemps à la discipline militaire ; il déserta, emmena avec lui deux de ses camarades, et il eut bientôt formé une bande qui le reconnut pour chef ; il chercha un asile dans les rochers de la côte Saint-André. Ses compagnons passaient la nuit à fabriquer la fausse monnaie, et lui-même courait les foires, achetant toute sorte de denrées, s’adressant de préférence aux marchands étrangers.

Portrait de Louis Mandrin, en buste
Portrait de Louis Mandrin, en buste

Trois ans s’écoulèrent au milieu des alarmes ; un assassinat fit découvrir sa retraite. Le capitaine de Mandrin vint dans le pays, et dit à son frère que si son soldat ne rentrait pas au régiment, il le porterait sur la liste des déserteurs. Le faux-monnayeur apprit que le capitaine devait passer près de Saint-André ; il se mit en embuscade et le tua à bout portant : les gens de sa bande enlevèrent le cadavre, et ce crime resta longtemps ignoré. Quelques jours après, Mandrin eut occasion de voir la fille d’un gentilhomme ; il en devint amoureux ; il écrivit lettres sur lettres ; on ne daigna pas lui répondre ; un des gens de sa bande lui conseilla de se faire appeler le baron de Mandrin, persuadé, lui dit-il, que la jeune châtelaine serait sensible aux hommages d’un gentilhomme. Il suivit ce conseil, vit la demoiselle et en fut bien accueilli.

Cependant, les fausses pièces de monnaie mises en circulation dans le pays, avaient donné des soupçons aux habitants ; on était à la recherche des faux-monnayeurs : un des compagnons de Mandrin, qui avait assisté au meurtre de l’officier, trahit le chef de bande et mit la maréchaussée sur ses traces ; ils échouèrent dans leur plan d’attaque et ne trouvèrent que des soufflets, des marteaux et de mauvais outils. Roquairol, le lieutenant de Mandrin, avait sauvé la bande et ses trésors : il reçut de grands éloges de son chef qui chercha une nouvelle retraite ; il fit creuser une caverne sur le penchant d’une montagne inculte.

Le hasard servit admirablement les faux-monnayeurs. Le maître d’un ancien château du voisinage était mort depuis quelques jours ; l’infatigable Roquairol proposa à Mandrin d’en prendre possession pour longtemps. Le chef donna plein pouvoir à son lieutenant qui, suivi de quelques-uns de ses compagnons, pénétra dans le château, et fit un sabbat infernal ; chaque nuit, d’effrayantes apparitions, de redoutables fantômes, portaient la terreur dans le cœur des villageois assez intrépides pour oser braver les revenants. La veuve du procureur abandonna le château, et la frayeur était générale dans le pays ; trois clercs, un capucin et deux abbés, résolurent de passer la nuit dans le manoir et de risquer l’aventure. Roquairol multiplia ses diableries, ses métamorphoses, et finit par rester maître du château dont il fit hommage à Mandrin ; le jour même, il fut proclamé lieutenant de la bande.

On construisit des fourneaux dans les souterrains du château ; et on y transporta pendant la nuit tout ce qu’on avait pu sauver. Mandrin envoya les plus adroits de ses voleurs vers les frontières du royaume pour se défaire de sa fausse monnaie ; tout allait au mieux, et il eut assez de temps, assez de tranquillité d’âme pour penser encore à sa belle châtelaine. Le baron de Mandrin revit l’objet de son amour ; ses visites devinrent plus fréquentes, et on parlait déjà de mariage, lorsqu’un jeune officier ayant entendu parler des apparitions nocturnes qui effrayaient les paysans, pénétra dans le château avec quelques soldats et découvrit le stratagème.

Portrait de Louis Mandrin, en pied
Portrait de Louis Mandrin, en pied

Il ne put cependant dissiper la frayeur des habitants du pays. Heureusement, on découvrit un petit sentier qui conduisait les faux-monnayeurs au château ; toutes les maréchaussées des environs eurent ordre de marcher ; Mandrin fut chassé de ce dernier asile, et pris quelques jours après, au moment où il faisait ses adieux à sa belle châtelaine. La ruse, l’audace le tirèrent du cachot la veille du jour fixé pour le supplice : il eut bientôt retrouvé ses compagnons et réunit une bande de trente-six hommes. Il choisit pour centre de ses opérations un petit ermitage situé sur une riante colline, et y resta longtemps sans que personne se doutât que le saint lieu servait d’asile à de faux-monnayeurs.

Mandrin fut bientôt reçu dans les châteaux voisins ; il se faisait passer pour officier ; les dames se le disputaient, et on ne parlait dans le pays que du beau chevalier de Mont-Joli. Quelquefois, il prenait une robe d’ermite afin d’éprouver, disait-il, sous quel habit il ferait le plus de conquêtes. Neuf mois s’étaient écoulés, et plusieurs mères de famille, dont les filles ne pouvaient plus cacher les marques trop évidentes de leur déshonneur, menacèrent de livrer l’ermitage aux flammes : elles en vinrent à cette extrémité. Mandrin fut assez adroit pour obtenir une lettre du visiteur ou grand-vicaire ; les gens du pays s’empressèrent de rebâtir l’ermitage, et de dédommager le bon père qui distribuait des chapelets et des images.

Dégoûté d’une vie qui commençait à devenir trop uniforme et trop paisible, Mandrin se mit à voyager, et son absence causa la perte de sa bande. Les faux-monnayeurs n’ayant plus à redouter la terrible sévérité de leur chef se répandirent dans les villages voisins. Leurs propos, leurs demi-confidences réveillèrent les soupçons, et leur demeure fut découverte. Tous les cavaliers des maréchaussées de Grenoble, de Valence et des villes des environs marchèrent avec beaucoup de célérité et de secret. Mandrin arriva de son voyage à temps pour rendre le courage à sa troupe et partager le combat. Les faux-monnayeurs déployèrent une féroce intrépidité ; mais le nombre l’emporta ; et Mandrin lui-même fut fait prisonnier ; on se hâta d’instruire son procès ; les juges le condamnèrent à mort.

Pendant qu’on le conduisait au supplice, il demanda la permission d’aller à pied ; elle lui fut accordée : il fut tranquille jusqu’au moment où il aperçut l’échafaud ; la vue du fatal poteau ranima ses forces, il rompit ses liens, culbuta les gardes, se jeta dans la foule, se dirigea vers une des portes de Grenoble et gagna les montagnes. La justice mit tous ses agents à la poursuite du fugitif : Mandrin rencontra par hasard un religieux, s’empara de ses habits, et imitant Cartouche qui avait fait merveille en Normandie avec une prétendue châsse de saint Hubert, il résolut d’employer le même moyen.

Portrait de Louis Mandrin, à cheval
Portrait de Louis Mandrin, à cheval
Il fut trahi ; mais pendant qu’on le conduisait à Grenoble, il échappa à ses gardiens, parcourut les bords du Rhône, et arriva à Lyon où il s’engagea. Le régiment ne garda pas longtemps cet étrange conscrit. Mandrin vola la caisse du capitaine, retrouva quelques-uns de ses compagnons, tous gens proscrits et pleins de courage, et leur fit promettre, avec serment, qu’ils obéiraient aveuglément à ses volontés. Il apprit, quelque temps après, que la brigade de Romans était à la poursuite de sa bande ; il dressa une embuscade, tua tous les grenadiers, et se revêtit du costume de leur chef.

L’espoir du gain et l’amour du pillage lui attirèrent quantité de mauvais sujets qui demandèrent à être inscrits. Le Dauphiné, l’Auvergne, le Languedoc, le Lyonnais, le Mâconnais furent inondés de ses marchandises. Au mois de juillet 1754, il se rapprocha de Vienne. Ses exploits effrayèrent toutes les brigades qui n’osaient plus se mettre à la poursuite des brigands. Après avoir pillé les maisons, Mandrin choisit les grands chemins pour théâtres de ses violences. Les négociants de Bourgogne, d’Auvergne, du Bourbonnais ne trouvaient plus aucune sûreté sur les routes du Languedoc et de la Provence. Les assassinats se multiplièrent avec des circonstances si effrayantes que le nom de Mandrin fut en exécration dans les provinces méridionales.

Ce terrible chef de contrebandiers et de faux-monnayeurs mit une adresse infernale à profiter de la terreur que les assassinats commis par sa troupe répandaient parmi les habitants des campagnes : il pilla à main armée, força les paysans à acheter ses marchandises. Le commerce du tabac était la base principale de ses exploitations ; il contraignit les entreposeurs de Rodez et de Mende à lui acheter de nombreux ballots, et ses compagnons pleins de confiance en la destinée de leur chef, à porter en Suisse et en Savoie les denrées prohibées en France.

Il passa les frontières et séjourna quelques mois dans les cantons helvétiques ; en rentrant en France, il livra plusieurs combats aux maréchaussées, et fut longtemps vainqueur. Les débitants de Caprone, les buralistes de Brioude et de Montbrison payèrent son tabac sans hésiter ni se plaindre. Le contrebandier, instruit que les prisons de Montbrison étaient pleines de criminels, commanda qu’on ouvrît les portes et délivra les malfaiteurs. Sa bande était si nombreuse, si aguerrie, qu’on eût dit une petite armée. On faisait des ventes extraordinaires de tabac ; la troupe regorgeait d’or et d’argent ; aussi Mandrin ne manquait pas d’hommes capables de tout, et de bonne volonté.

Son nom parvint jusqu’à la cour, et le roi donna ordre qu’on envoyât des troupes pour le combattre. Cette nouvelle, au lieu d’effrayer l’intrépide contrebandier, augmenta son orgueil et son courage ; sur la route de Bourgogne, il attaqua et vainquit quelques soldats du régiment d’Harcourt, espérant qu’un premier succès dissiperait les craintes de ses compagnons. Beaune et Autun furent pourvus de son tabac qu’il vendait à un prix exorbitant.

Cependant, les troupes envoyées par le roi ne tardèrent pas à arriver sous la conduite de M. de Fitcher qui commandait les troupes légères. Mandrin fut vaincu dans un premier combat, et depuis ce temps ses contrebandiers ne firent plus rien de remarquable. Leur chef en rallia une trentaine, et, quoique poursuivi par les troupes légères, il continua à mettre à contribution les receveurs des villages par où il passait.

Louis Mandrin dans les prisons de Valence, et son exécution le 26 mai 1755
Louis Mandrin dans les prisons de Valence, et son exécution le 26 mai 1755

Il touchait à la fin de ses prospérités, et son dernier crime fut la mort de la femme d’un brigadier des fermes de Noire-Table. Il fut vendu par un de ses compagnons, arrêté pendant la nuit, lié dans toute la longueur du corps, conduit ou plutôt apporté à Valence, le 10 mai 1755. Laverde-Morval, président du tribunal qui le jugea, l’interrogea sans pouvoir en obtenir aucune réponse sur ses relations, sur ses complices. Le bruit de sa détention attira un grand concours de peuple ; on accourut de toutes parts pour voir le redoutable chef des contrebandiers. On dit qu’avant de mourir il se repentit de ses crimes. Il harangua le peuple avant de s’étendre sur la roue ; on lui rompit les bras, les jambes, les cuisses et les reins. Il expira le 26 mai 1755.

« Louis Mandrin, dit Charles du Rozoir, aurait dû naître quelques dizaines d’années plus tard. » Il eût sans doute, après 1789, grossi la liste de ces guerriers qui, partis des derniers rangs de la société, s’élancèrent au premier, et conquirent leur bâton de maréchal, des duchés, des principautés et même des trônes. Le déserteur devenu contrebandier qui sut discipliner une troupe de brigands, qui conquit une petite ville, et qui ne put être réduit que par un corps d’armée de six mille hommes, n’était pas un homme ordinaire. Ses historiens, car il en a eu plusieurs, le représentent avec une physionomie intéressante ; il avait le regard hardi, la répartie vive ; aux passions les plus fougueuses, il joignait un sang-froid imperturbable : en un mot, il possédait les qualités qui distinguent les hommes nés pour commander.




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