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10 mai 1696 : mort du moraliste Jean de La Bruyère - Histoire de France et Patrimoine


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10 mai 1696 : mort du moraliste
Jean de La Bruyère
Publié / Mis à jour le lundi 9 mai 2016, par LA RÉDACTION



 

Jean de La Bruyère naquit près de Dourdan (Essonne), le 17 août 1645. C’est à cet écrivain surtout qu’il faut appliquer cette pensée d’un moderne, que la vie d’un homme de lettres est tout entière dans ses ouvrages.

Il nous reste peu de détails sur l’auteur des Caractères. On sait seulement qu’il fut trésorier de France à Caen, et chargé ensuite d’enseigner l’histoire au duc de Bourgogne, sous la direction de Bossuet ; qu’il passa le reste de ses jours auprès de ce prince, en qualité d’homme de lettres, avec une pension de mille écus ; qu’il fut élu à l’Académie française le 14 mai 1693, y fut reçu le 15 juin suivant, et qu’il mourut d’apoplexie à Versailles, le 10 mai 1696.

L’abbé d’Olivet nous représente La Bruyère comme un philosophe qui ne cherchait qu’à vivre tranquillement avec des amis et des livres ; faisant un bon choix des uns et des autres, ne cherchant ni ne fuyant les plaisirs ; toujours disposé à une joie modeste, et ingénieux à la faire naître ; poli dans ses manières et sage dans ses discours ; craignant toute sorte d’ambition, même celle de montrer de l’esprit.

Jean de La Bruyère. Peinture de Marie-Victoire Jaquotot, d'après Hyacinthe Rigaud
Jean de La Bruyère. Peinture de Marie-Victoire Jaquotot, d’après Hyacinthe Rigaud

Le talent d’observation, que La Bruyère possédait au plus haut degré, lui fit préférer, parmi les écrits des anciens, les Caractères de Théophraste. Il étudia longtemps cet ouvrage, le traduisit en français, et résolut de peindre son propre siècle, comme le philosophe grec avait peint le sien. S’il est vrai, comme on l’a dit, que Théophraste ait, pour ainsi dire, créé La Bruyère, il faut convenir que c’est là sa plus belle gloire et son plus bel ouvrage.

Lorsque La Bruyère eut composé son livre des Caractères, il le montra à l’homme de lettres, helléniste et mathématicien Nicolas de Malézieux, qui lui dit : « Voilà de quoi vous attirer beaucoup de lecteurs et beaucoup d’ennemis. » Quand le livre parut (1687), il fut lu avec avidité, non seulement parce qu’il était excellent, mais parce qu’on supposa à l’auteur des intentions qu’il n’avait point eues : on voulut connaître dans la société les personnages qui sortaient du pinceau de La Bruyère ; on plaça des noms au bas de ses caractères et de ses portraits.

Ainsi, la malignité contribua d’abord au succès de l’ouvrage, autant peut-être que le mérite réel qu’on y retrouvera toujours, et qui le fera rechercher dans tous les temps. Les Caractères de La Bruyère durent attirer des ennemis à leur auteur ; mais il ne paraît pas que la haine ait été jusqu’à la persécution. La Bruyère se défendit de l’injustice de quelques critiques par son caractère qu’on estimait autant qu’on admirait son livre. Il paraît aussi qu’il s’éloigna d’un monde qu’il avait peint avec trop de vérité, ce qui explique le silence qu’on a gardé sur sa vie.

Tandis que la malignité de ses lecteurs reconnaissait dans ses portraits satiriques plusieurs personnages de la cour et de la ville, on se plaisait à le retrouver lui-même dans le portrait qu’il trace du vrai philosophe : « Entrez, dit-il, chez ce philosophe, vous le trouverez sur les livres de Platon qui traitent de la spiritualité de l’âme, ou la plume à la main pour calculer les distances de Saturne et de Jupiter. Vous lui apportez quelque chose de plus précieux que l’argent et l’or, si c’est une occasion de vous obliger. Le manieur d’argent, l’homme d’affaires est un ours qu’on ne saurait apprivoiser ; on ne le voit dans sa loge qu’avec peine : l’homme de lettres, au contraire, est vu de tous et à toutes les heures ; il ne peut être important, et il ne le veut point être. »

La Bruyère eut en mourant la consolation de voir la réputation de son livre parfaitement établie, et cette réputation n’a fait que s’accroître. Chaque jour, la vérité de ses caractères a été mieux connue, et sa manière plus appréciée. Pour le peindre, il faudrait avoir son génie, et ce talent inimitable qui renferme tant de sens dans une phrase, tant d’idées dans un mot, exprime d’une manière si neuve ce qu’on avait dit avant lui, d’une manière si piquante ce qu’on n’avait pas encore dit. Son ouvrage est, de tous les livres de morale, celui qui donne le mieux à la jeunesse la connaissance anticipée de ce monde, où les mêmes passions, les mêmes vices, les mêmes ridicules, malgré quelques changements passagers de costumes, de modes et de mœurs, donnent à la génération présente une grande ressemblance avec celles qui la précèdent ou celles qui la suivent.

On n’entend pas ce qu’a voulu dire Boileau dans les quatre vers qu’il a faits pour le portrait de La Bruyère :

Tout esprit orgueilleux qui s’aime,
Par ses leçons se voit guéri,
Et dans son livre si chéri
Apprend à se haïr lui-même.

L’auteur des Caractères a fait une satire ingénieuse et piquante des vices et des ridicules ; mais il ne doit point être placé parmi ces moralistes austères et fâcheux qui font haïr l’humanité. On n’a qu’à le suivre au milieu de ce monde qu’il a peint avec des couleurs si vives ; on voit un homme qui entre dans la société sans intérêt et sans prévention ; il en sort sans engouement et sans humeur ; il traverse la foule sans la pousser et sans se laisser entraîner par elle ; il passe à côté des préjugés et des opinions reçues sans les heurter, ni les caresser ; mais il accorde aux faiblesses humaines toute la condescendance que lui permettent la raison et la vertu.

Frontispice de l'édition de 1697 des Caractères de Jean de La Bruyère
Frontispice de l’édition de 1697 des Caractères
de Jean de La Bruyère
On a comparé les Caractères de La Bruyère à ceux de Théophraste ; mais la comparaison est tout entière ici à l’avantage du philosophe moderne. Dans les Caractères de Théophraste, le lecteur se trouve souvent en mauvaise compagnie ; l’auteur semble avoir choisi dans les dernières classes de la société les modèles de ses portraits ; la volonté y paraît sans noblesse, le caprice sans esprit, la fantaisie sans grâce ; à chaque page, on trouve des descriptions dégoûtantes des fonctions les plus communes de la vie populaire, des marchés et des repas d’Athènes.

La Bruyère, tantôt dans les sociétés les plus polies, tantôt dans la cour la plus magnifique de l’Europe, entouré de personnes distinguées par de grands noms, de grandes places, ou de grandes qualités, d’extravagances et de sottises titrées, tourne autour du crédit, de la puissance et de la gloire, en observe, en saisit le côté faible, et, sans malveillance comme sans flatterie, écrit la plus noble et la plus intéressante partie de l’histoire du monde, peint la ville et la cour mutuellement influencées, l’une par l’envie de dominer, l’autre par la manie bourgeoise de singer les manières des courtisans, et même leurs travers, saisit les rapports des petits et des grands, et montre tout à coup l’autorité suprême remettant tous les rangs au niveau, et ramenant à soi toutes les illusions de la multitude idolâtre de la grandeur.

Quelle différence entre les sociétés turbulentes de Rome et d’Athènes, et ces sociétés aimables où la France admettait avec plaisir les étrangers les plus recommandables par leurs titres et leurs lumières, et qui, s’ils emportaient quelquefois chez eux des mécontentements chagrins et des préventions jalouses contre les formes ordinaires de nos sociétés, plus souvent partaient surpris et charmés de tout ce que l’amabilité du caractère, la grâce du langage, la finesse du tact, l’observation délicate des bienséances, les concessions mutuelles de la politesse leur avaient paru jeter d’agréments et de charmes dans les rendez-vous délicieux de ces réunions souvent préférées aux fêtes les plus magnifiques !

C’est dans ces cercles polis, où tous les rangs, tous les états, tous les âges contribuaient, ou à l’ennui, ou au plaisir commun, que La Bruyère étudia les hommes, choisit ses caractères, et forma sa morale. S’il l’emporte sur le philosophe grec, ce n’est pas seulement parce qu’il a vécu dans un siècle parvenu au dernier degré de la civilisation ; c’est aussi parce qu’il a mis plus d’art dans son style et dans ses portraits. Jamais peintre ne sut mieux disposer ses couleurs que l’auteur des Caractères. Dans chacun de ses tableaux, le lecteur, ou plutôt le spectateur, est entraîné de surprise en surprise ; chacun des portraits qu’il retrace est comme une petite scène qui a son exposition, son milieu et son dénouement, où l’intérêt croît, pour ainsi dire, à chaque phrase, où tout est disposé pour l’idée principale.

Personne n’a mieux connu l’art de produire de l’effet, de soutenir l’attention par les contrastes, de piquer la curiosité par des suspensions adroitement ménagées, d’attacher le lecteur par la rapidité et la variété des tournures. Boileau félicitait ou plutôt accusait La Bruyère de s’être affranchi de la gêne et du travail des transitions. Son art est de surprendre le lecteur, et de se jouer des règles de l’art. Il n’appartenait qu’à un homme de génie d’intéresser de cette manière ; un homme médiocre aurait pu mettre plus d’ordre et de méthode dans un livre ; mais il aurait fait un ouvrage ennuyeux. Le livre de La Bruyère, qui nous représente le monde tel qu’il est, et tel qu’il sera toujours, est comme ce monde lui-même, où tout change, tout se renouvelle sans cesse, où tout semble jeté au hasard, où chaque jour amène un nouveau sujet d’observation, de surprise et d’intérêt.




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