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Légendes, croyances, superstitions. Pierre de Saint-Martin à Aron (Mayenne). Cavités, rainures, empreintes, sabot du cheval. Concours entre Martin et le diable - Histoire de France et Patrimoine


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Légendes, Superstitions

Légendes, superstitions, croyances populaires, rites singuliers, faits insolites et mystérieux, récits légendaires émaillant l’Histoire de France


Pierre de Saint-Martin (Mayenne) :
témoin d’une lutte avec le diable
ou preuve d’un culte préhistorique ?
(D’après « Bulletin de la Commission historique
et archéologie de la Mayenne », paru en 1923)
Publié / Mis à jour le lundi 4 janvier 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Située dans la commune d’Aron, qui se trouve à l’est de la ville de Mayenne et au sud de la route de Brest à Paris, la Pierre de Saint-Martin, rocher à sculptures néolithiques, présente des cavités et rainures si particulières qu’au début du XXe siècle certains savants y voient une représentation de la Grande-Ourse par la main de l’Homme vers 15 000 avant J.-C. et des témoins avérés du culte stello-solaire préhistorique, cependant que la légende affirme qu’il s’agit de traces de lutte entre un célèbre saint et le diable...

Ce qui fait son intérêt exceptionnel, c’est d’abord la concomitance de cupules, représentant la constellation de la Grande-Ourse, et de cavités en forme de sabots d’équidés, affirme en 1923 le Dr Marcel Baudouin, archéologue et ethnographe : ce qui la transforme en une pierre à inscription bilingue (écriture cupulaire et écriture hiéroglyphique, à caractères d’ordre animal — équidé) ; et c’est ensuite, celle de rainures, avec plages de polissage, et des précédentes sculptures, ce qui prouve que certaines rainures de ce genre ne sont que des sculptures cultuelles, comme celles citées ci-dessus. Aux yeux du savant Baudouin, cette pierre est donc très probante pour deux hypothèses :

— le cheval a été la Grande-Ourse et les Sabots d’Équidés représentent cette constellation, c’est-à-dire le Pôle ;
— nombre de polissoirs ne sont pas des pierres à polir les haches, mais de véritables sculptures cultuelles, à orientation voulue, comparables aux autres gravures sur rochers (bassins, cupules, etc.).

Pierre à cupules
Pierre à cupules

Cette Pierre de Saint-Martin, chose curieuse, n’apparaît dans l’histoire qu’en 1900, avec le récit légendaire de Grosse-Duperon dans ses Souvenirs du Vieux Mayenne, au demeurant fort intéressant. Cet auteur se borne à la situer, sans la décrire d’ailleurs, en disant : « La Pierre de Saint-Martin se trouve à environ six kilomètres de Mayenne, au milieu d’un fourré d’ajoncs, à trois cents mètres de la route nationale de Brest à Paris, sur le côté droit de cette route, en face le champ de tir de la garnison de Mayenne », champ dit de Guélaintin ou de Glaintain. Il est évident qu’il s’agit ici de saint Martin de Tours, du saint guerrier, à cause de son épée et de sa monture dans la légende, les « Saint Martin » (de Vertou, etc.) non guerriers n’ayant pas d’épée.

C’est le Dr Paul Delaunay, dans le Bulletin de la Commission historique et archéologique de la Mayenne (4e trimestre 1900) qui a décrit, le premier, avec le plus de soin, la Pierre Saint-Martin. Mais la légende qu’il rapporte diffère un peu de celle qu’a publiée Grosse-Duperon ; aussi devrons-nous rapporter plus loin son texte personnel. Voici d’ailleurs la description très circonstanciée qu’il en donne :

« La Pierre-Martin, ou Pierre Saint-Martin existe encore. Dépendant de la ferme de Bas-Vilette, appartenant à Mlle Hédou-Lalande, elle est située commune d’Aron, dans une pièce de terre portant le n° 17 de la première feuille de la section F du plan cadastral (Aron). Elle se trouve à 400 mètres environ de la grande route de Brest à Paris, du côté droit, à l’opposition du champ de tir de Guélaintain ; le chemin qui y mène part de cette route, à 5 km, 5 de Mayenne. Elle se cache dans un fourré d’ajoncs, contre un maigre nerprun ; à quelques mètres d’elle gît un autre bloc beaucoup plus petit, insignifiant. » Cette dernière pierre est, en réalité, assez importante. Il doit s’agir d’un petit menhir tombé, en relation avec la Pierre Saint-Martin.

En 1900, Grosse-Duperon a publié cette légende pour la première fois : « Saint Martin, dans ses grandes chevauchées, se rendait un jour du Perche en Bretagne, quand son cheval, franchissant fossés et halliers, vint à passer sur une grosse pierre, cachée sous les hautes bruyères des landes d’Aron, et y laissa l’empreinte de ses sabots. A partir de cette époque, il a suffit à tout habitant de la contrée de quêter quelques poignées d’avoine chez ses voisins, et de les déposer dans les cavités faites par les pieds de la monture du saint, pour être guéri de la fièvre.

« A mesure que les oiseaux emportent les grains de votre offrande, le mal disparaît. Comment oserait-on émettre un doute sur l’origine des excavations pratiquées dans la pierre ? Pour lever ceux qui pourraient vous rester, on vous fait remarquer, sur le monolithe, une entaille, étroite et longue, qui a été creusée par la pointe de l’épée du cavalier. Les croyants n’ont point souci de la chronologie ; et saint Martin est surtout resté pour eux un guerrier, chapé et mitré. Afin de compléter cette légende, il faut ajouter que le Diable poursuivait saint Martin et s’était mis en croupe sur son cheval. Désireux de manifester sa puissance, l’esprit infernal voulut également marquer la pierre au passage. Dieu ne lui permit que de la frôler de sa queue. Ce fut assez pour produire l’éraillure qu’on voit aujourd’hui. »

En 1901, le Dr Delaunay, de son côté, a donné la version suivante : « ...Saint Martin, qui chevauchait alors dans le pays du Maine, s’arrêta un jour sur un rocher dans les landes d’Aron. Vint à passer messire Satanas : Holà, saint homme, cria-t-il en ricanant, qui de nous deux entamera cette pierre ? — Je tiens le pari, dit saint Martin, et, tirant son épée, il creusa le bloc d’une belle entaille. Son adversaire, quelque peu dépité, s’arc-bouta sur ses pattes et fouetta le grès d’un formidable coup de queue : mais c’est à peine s’il parvint à le strier d’une légère empreinte. Au tour du saint de rire ; et le diable, tout honteux d’avoir perdu la gageure, s’enfuit. »

Saint Martin de Tours
Saint Martin de Tours
Ce récit est certainement trop écourté et n’est qu’un résumé de la véritable tradition ancienne. Il n’explique que les deux « rainures de polissage », qu’on voit sur le bloc. Pourtant l’auteur indique plus loin que l’on trouve sur ce bloc l’empreinte des quatre pieds du cheval de saint Martin, l’auge dans laquelle il faisait boire son cheval, et son lit. Ce n’est donc qu’un abrégé de la version primitive. En 1923, un journal local, le Réveil de Mayenne, résuma cette légende en ces termes : « ...Sur notre droite, dans les landes, en Aron, nous pourrions nous faire conduire vers un polissoir On le nomme dans le pays la Pierre Saint-Martin. On prétend que ce saint, à cheval. s’y battit avec le Diable, et l’on montre, sur le caillou, l’empreinte des sabots du cheval et de la queue du diable. 1,es anciens y allaient en pèlerinage dans certaines circonstances, et y portaient de l’avoine pour les oiseaux de saisit Martin ».

Observons que la « queue du Diable » devait être assez longue pour produire l’éraillure signalée par Grosse-Duperon et la strie du Dr P. Delaunay. Il faut donc qu’il s’agisse ici d’un homme-animal à longue queue, comme un bovidé. On rencontre, précisément, sur cette roche une sculpture de sabot de Bovidé, mais un seul sabot est représenté. A la même époque, un cultivateur voisin rapporta qu’au moment de la construction de la route, on avait voulu fendre cette pierre pour la débiter. Au cours de ce travail, les ouvriers s’arrêtèrent brusquement, en entendant comme des poussins qui semblaient cloquer sous la pierre.

La légende de ce rocher est fort intéressante. On y voit le lit ou couchasse du saint, ainsi que l’auge dans laquelle il faisait boire sa monture. Les cavités : les cinq sabots d’équidés sont les pieds du cheval de saint Martin. Mais comme il y en a cinq, au lieu de quatre, sinon le dédoublement de l’un d’eux, du moins le sabot supplémentaire a une signification différente et spéciale. Le sabot de bovidé est, sans doute, ce qu’on appelle le Pied du diable, car il est fourchu comme un pied de bouc. Cette empreinte est assez profonde. Le texte dit : « Le diable s’arc-bouta sur ses pattes », ce qui indique qu’il fit un effort et que cet effort a imprimé, tout au moins, un de ses pieds dans le rocher.

Les pattes du chien de saint Martin ne peuvent être que les cupules ; mais le chien a marché, car il y a une douzaine, au moins, de ces traces... Le coup d’épée de saint Martin est évidemment la belle rainure de polissage. Le coup, frappé par la queue du diable, est certainement la rainure de la deuxième plage de polissage, moins profonde, mais assez longue, puisqu’elle mesure 0m30. Il y a donc eu lutte ici entre saint Martin, monté sur un cheval et accompagné d’un chien, et le diable.

Le jet d’avoine : C’est dans les sabots, dit le Dr P. Delaunay, que les gens des alentours viennent jeter, pour se guérir de la fièvre, des poignées d’avoine. La maladie cède, à mesure que les grains disparaissent, picorés par les oiseaux du ciel. Il est évident que l’avoine était placée là, jadis, pour le cheval de saint Martin. Si la pierre coupe la fièvre, ce n’est point à cause des oiseaux, mais à cause des rainures de polissoir, où le peuple voit depuis longtemps des traces du couteau du ciel [ne pas oublier que le Couteau du Ciel est un symbole de la Grande-Ourse, la constellation guérissante et curatrice, par excellence] qui coupe les maladies comme la vie ».

La situation topographique de la pierre Saint-Martin est importante à souligner. Elle ne se trouve pas, comme les mégalithes (dolmens ou menhirs, rochers à bassins et cupules ordinaires), sur le haut d’un plateau ou sur le flanc d’un coteau. Elle gît, au fond d’un vallon, dans un endroit marécageux, infertile, devenu une sorte de lande couverte d’ajoncs C’est là un fait assez rare, qui ne cadre d’ordinaire qu’avec les rochers sculptés et sacrés, ayant des relations avec une source.

Selon Marcel Baudouin et le membre de la Société préhistorique de France G. Hubert, il devait autrefois y avoir là (comme au Pas de Saint-Roch, à Ménomblet, à Fontaillé d’Avrillé, à Bourgenay, à Réaumur, etc., en Vendée), non loin de la pierre, l’émergence d’un filet d’eau et qu’aujourd’hui cette fontaine qui fut sacrée autrefois, est tarie, de façon à peu près complète.

Pierre à cupules
Pierre à cupules

On a sur la Pierre Saint-Martin toute une série de sculptures, qui se complètent et s’éclairent les unes les autres ; ce qui est, en somme, assez exceptionnel. D’autre part, la situation topographique, au fond d’un vallon, suggère l’idée d’une source, qui devait être à l’origine de tout cet ensemble. De l’association d’idées « source et rocher » est née la conception d’un lieu consacré aux divinités toutes puissantes d’alors : le Pôle, le Soleil et les Pléiades (Équinoxe). Et les prêtres du culte stello-solaire ont consacré alors, matériellement, par les dites sculptures, de façon indélébile, la Pierre, qui devenait ainsi le repère des manifestations rituelles devant s’y dérouler aux époques voulues, c’est-à-dire au moment des grandes fêtes religieuses.

Dans ces conditions, affirment nos deux savants dont les conclusions furent par la suite mises en doute par d’autres scientifiques, tout ce travail humain représente de véritables écritures, de réelles inscriptions au sens propre du mot. Et, en fait, il y a là, à leurs yeux, deux sortes d’écritures :

— Celle dite naturelle, simple dessin représentant la nature du ciel : c’est l’Ecriture cupulaire ;
— Celle qui est symbolique et où la nature du ciel est figurée par des animaux, en l’espèce le Cheval (Jument) et le Bœuf (Vache) mythiques, qui ne sont que des constellations : c’est l’Ecriture zoomorphique.

La première étant déjà déchiffrée, la Pierre Saint-Martin nous a permis, enfin, de lire la seconde. C’est désormais un gros résultat acquis. A l’époque où les cavités furent exécutées, on ne savait faire bien qu’une chose : « Polir » les surfaces rocheuses et tracer de belles rainures. Cela doit correspondre au début même et non à la fin du Robenhausien, donc 16 000 ans avant Jésus-Christ pour la Grande-Ourse (Ligne des Gardes) ; 12 000 à 13 000 ans avant Jésus-Christ pour les Rainures et les Sabots d’Equidés.

Tout concorde donc, pour Baudouin et Hubert : on est là en présence d’un des plus antiques rochers sculptés du Néolithique supérieur, rocher destiné probablement à consacrer une source spéciale, et qui a reçu, si l’on peut dire, les marques de toutes les herbes de la Saint-Jean du Culte stello-solaire préhistorique : le Pôle et le Soleil de l’équinoxe au naturel.




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