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25 décembre 496 : baptême du roi Clovis - Histoire de France et Patrimoine


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25 décembre 496 : baptême du roi Clovis
(D’après « Histoire générale de France depuis les temps les
plus reculés jusqu’à nos jours » par Abel Hugo (Tome 2), paru en 1837)
Publié / Mis à jour le mercredi 14 décembre 2016, par LA RÉDACTION


 
 
 
Clovis fut le premier roi catholique de la chrétienté, et sa conversion, peu après la bataille de Tolbiac qu’il remporta en invoquant l’aide de Dieu, le servit puissamment, non seulement par l’influence directe qu’elle lui assura sur le peuple gaulois, mais encore parce qu’elle lui gagna le clergé dont le pouvoir était alors immense

Le succès que les Francs, les Wisigoths et les Burgondes avaient obtenu dans leurs tentatives contre l’empire romain, les établissements qu’ils avaient formés dans la Gaule, excitaient l’envie des peuples de la Germanie, où fermentait toujours le désir d’aller chercher au midi un climat plus doux et des terres plus fertiles. Les Suèves et les Alamans formèrent une confédération dans le but de passer le Rhin pour venir prendre leur part des conquêtes des Francs. Ils se dirigèrent vers Cologne, traversèrent le fleuve et envahirent le territoire des Francs Ripuaires.

Sigebert, allié de Clovis, demanda du secours aux Francs Saliens. Clovis se hâta d’accourir. Le combat eut lieu à Tolbiac — à quelque distance au sud-ouest de Cologne —, en 496. Sigebert engagea l’action en attaquant les Alamans avec ses leudes. Clovis appuya vivement son allié ; mais, après une lutte longue et opiniâtre, marquée par des succès divers, le roi de Cologne fut blessé et tomba dans la mêlée ; son fils ne parvint qu’après de longs efforts à le retirer du milieu des combattants. Sa blessure et sa retraite consternèrent les Francs Ripuaires, qui commencèrent à reculer : bientôt le découragement s’étendit jusqu’aux Francs Saliens. Les Alamans, au contraire, animés par ce premier succès, redoublèrent d’efforts pour décider la victoire.

Voeu de Clovis à la bataille de Tolbiac. Illustration de Job parue dans Petite histoire de France de Jacques Bainville (1935)
Voeu de Clovis à la bataille de Tolbiac. Illustration de Job parue
dans Petite histoire de France de Jacques Bainville (1935)

Clovis, environné de toutes parts, voyait ses plus braves guerriers tomber autour de lui, et le reste de son armée prendre la fuite. Aurélien, ce leude gallo-romain qui lui avait montré tant de dévouement dans la négociation de son mariage avec Clotilde, s’approcha et lui dit : « O roi ! te fieras-tu toujours à tes dieux ? » Clovis alors éleva les mains vers le ciel, et s’écria, aux dires de Grégoire de Tours : « Jésus-Christ, toi que Clotilde affirme être le fils du Dieu vivant ; toi qui donnes du secours à ceux qui sont en péril et la victoire à ceux qui t’appellent, je t’invoque, et si tu m’accordes d’être victorieux de mes ennemis, si tu me fais ainsi reconnaître cette puissance dont le peuple consacré à ton nom dit avoir reçu tant de preuves, je croirai en toi et me ferai baptiser ; car j’ai invoqué mes dieux et je les ai trouvés sourds et impuissants. Viens donc à mon aide, ô Christ ! je me voue à toi. »

Et disant ces paroles, il se précipita de nouveau au milieu des ennemis. Cet élan audacieux et énergique, l’invocation solennelle qui l’avait précédé, et dont les Francs avaient été témoins, ranimèrent le courage des soldats de Clovis. Imitant l’exemple de leur roi, ils s’élancèrent avec une ardeur nouvelle sur les Alamans. Ceux-ci, étonnés d’avoir à se défendre au moment ou ils se croyaient vainqueurs, hésitèrent et n’opposèrent qu’une faible résistance. Bientôt ils reculèrent à leur tour. En voulant les rallier, leur roi fut tué : dès lors leur déroute fut complète.

Clovis poursuivit les fuyards jusqu’au Rhin. Là ceux-ci lui envoyèrent des députés qui lui dirent : « Nous te supplions de ne pas faire périr notre peuple, car nous sommes à toi. » Clovis ordonna de cesser le carnage, et reçut ainsi la soumission des Suèves et des Alamans ; puis il leur imposa un tribut et les renvoya dans leur pays natal, entre le Danube, le Rhin et le Mein. Sigebert rentra dans Cologne. « Clovis vainqueur revint en paix dans son royaume, où il raconta à Clotilde comment il avait obtenu la victoire en invoquant le nom du Christ. »

Voici comment Grégoire de Tours raconte la conversion de Clovis qui s’ensuivit : « Alors la reine manda en secret saint Remi, évêque de Reims, le priant de faire pénétrer dans le cœur du roi la parole du salut. Le pontife ayant fait venir Clovis, commença à l’engager secrètement à croire au vrai Dieu, créateur du ciel et de la terre, et à abandonner ses idoles, qui n’étaient d’aucun secours ni pour elles-mêmes ni pour les autres.

« Clovis lui dit : très saint père, je t’écouterai volontiers ; mais il reste une chose, c’est que les Francs qui m’obéissent ne veulent pas abandonner leurs dieux ; j’irai à eux et je leur parlerai d’après tes paroles. Le roi assembla donc ses sujets ; mais, avant qu’il eut parlé, et par l’intervention de la puissance de Dieu, tout le peuple s’écria unanimement : Pieux roi, nous rejetons les dieux mortels, et nous sommes prêts à obéir au dieu immortel que prêche saint Remi. On apporta cette nouvelle à l’évêque, qui, transporté d’une grande joie, ordonna de préparer les fonts sacrés. »

Le chroniqueur Flodoard, écrivant au Xe siècle, ajoute au simple récit de l’évêque de Tours quelques circonstances, empruntées sans doute aux traditions populaires répandues et conservées par le clergé de l’église de Reims. « Le jour de la passion de Notre-Seigneur, c’est-à-dire la veille du jour où ils devaient être baptisés, après avoir chanté nocturnes, l’évêque Remi alla trouver le roi Clovis dès le matin dans sa chambre à coucher, afin que, le prenant dégagé de tous les soins du siècle, il pût lui communiquer plus librement les mystères de la parole sainte. Les gens de la chambre du roi le reçurent avec grand respect, et le roi lui-même accourut au-devant de lui. Ensuite ils passèrent ensemble dans un oratoire consacré au bienheureux saint Pierre, prince des apôtres, et attenant à l’appartement du roi.

« Lorsque l’évêque, le roi et la reine eurent pris place sur les sièges qu’on leur avait préparés, et quand on eut admis quelques clercs, ainsi que plusieurs amis et domestiques du roi, le vénérable évêque commença ses salutaires instructions. Pendant qu’il prêchait la parole de vie, le Seigneur, pour fortifier et confirmer les saints enseignements de son fidèle serviteur, daigna manifester d’une manière visible que, selon sa promesse, quand ses fidèles sont rassemblés en son nom, il est toujours avec eux ; la chapelle fut tout à coup remplie d’une lumière si brillante qu’elle effaçait l’éclat du soleil, et du milieu de cette lumière sortit une voix qui disait : La paix soit avec vous ; c’est moi, ne craignez point, et demeurez en mon amour. Après ces paroles, la lumière disparut, mais il resta dans la chapelle une odeur d’une suavité ineffable, afin qu’il pût être évident à tous que l’auteur de toute lumière, de toute paix et de toute piété était descendu en ce lieu.

« Le visage du saint prélat avait aussi été illuminé de cette merveilleuse lumière. Prosternés à ses pieds, le roi et la reine demandaient avec grande crainte d’entendre de lui des paroles de consolation, prêts à accomplir tout ce que leur saint protecteur leur commanderait, et en même temps ils étaient charmés de ce qu’ils avaient entendu, et éclairés à l’intérieur, quoique effrayés, de l’éclat extérieur de la lumière qui leur était apparue.

« Le saint évêque, inspiré de la sagesse divine, les instruisit des ordinaires effets des visions célestes ; comment, à leur apparition, elles effraient le cœur des mortels, mais bientôt le remplissent d’une douce consolation ; comment aussi les Pères qui en avaient été visités avaient toujours à l’abord été frappés de terreur, mais ensuite pénétrés des douceurs d’une sainte joie par les merveilles de la grâce.

« Resplendissant à l’extérieur, comme l’ancien législateur Moise, par l’éclat de son visage, mais plus encore à l’intérieur par l’éclat de la lumière divine, le bienheureux prélat, transporté d’un esprit prophétique, leur prédit ce qui devait arriver à eux et à leur postérité. Vos descendants, leur dit-il, reculeront les limites du royaume, élèveront l’Église de Jésus-Christ, succéderont à l’empire romain et à sa domination et triompheront des nations étrangères, pourvu toutefois que, ne dégénérant pas de la vertu, ils ne s’écartent jamais des voies de salut ; pourvu qu’ils ne s’engagent pas dans la route du péché et ne se laissent pas tomber dans les pièges de ces vices mortels qui renversent les empires et transportent la domination d’une nation à l’autre. »

Clovis est baptisé par l'évêque saint Remi de Reims. Lithographie coloriée de Roland Weibezahl (1832)
Clovis est baptisé par l’évêque saint Remi de Reims.
Lithographie coloriée de Roland Weibezahl (1832)

Nous empruntons encore à Flodoard le récit du baptême de Clovis : « Cependant on prépare le chemin depuis le palais du roi jusqu’au baptistère ; on suspend des voiles, des tapis précieux ; on tend les maisons de chaque côté des rues ; on pare l’église ; on couvre le baptistère de baume et de toutes sortes de parfums. Comblé des grâces du Seigneur, le peuple croit déjà respirer les délices du paradis.

« Le cortège part du palais ; le clergé ouvre la marche avec les saints Évangiles, les croix et les bannières, chantant des hymnes et des cantiques spirituels ; vient ensuite l’évêque, conduisant le roi par la main ; enfin la reine suit avec le peuple. Chemin faisant, on dit que le roi demanda à l’évêque si c’était là le royaume de Dieu qu’il lui avait promis : Non, répondit le prélat, mais c’est l’entrée de la route qui y conduit.

« Quand ils furent parvenus au baptistère, le prêtre qui portait le saint chrême, arrêté par la foule, ne put arriver jusqu’aux saints fonts ; en sorte qu’à la bénédiction des fonts, le chrême manqua par un exprès dessein du Seigneur. Alors le saint pontife lève les yeux vers le ciel, et prie en silence et avec larmes. Aussitôt une colombe blanche comme la neige descend, portant dans son bec une ampoule pleine de chrême envoyé du ciel. Une odeur délicieuse s’en exhale, qui enivre les assistants d’un plaisir bien au-dessus de tout ce qu’ils avaient senti jusque-là. Le saint évêque prend l’ampoule, asperge de chrême l’eau baptismale, et incontinent la colombe disparaît.

« Transporté de joie à la vue d’un si grand miracle de la grâce, le roi renonce à Satan, à ses pompes et à ses œuvres, et demande avec instance le baptême. Au moment où il s’incline sur la fontaine de vie : Baisse la tête avec humilité, Sicambre, s’écrie l’éloquent pontife ; adore ce que tu as brûlé, et brûle ce que tu as adoré. Après avoir confessé le symbole de la foi orthodoxe, le roi est plongé trois fois dans les eaux du baptême, et ensuite, au nom de la sainte et indivisible Trinité, le Père, le Fils et le Saint-Esprit, le bienheureux le reçoit et le consacre par l’onction divine. Alboflède et Lantéchilde, sœurs du roi, reçoivent le baptême, et en même temps trois mille hommes de l’armée des Francs, outre un grand nombre de femmes et d’enfants. »

Flodoard écrivait au Xe siècle, d’après les traditions qui avaient cours de son temps. Grégoire de Tours, qui vivait au VIe siècle, soixante ans après Clovis, ne parle ni de l’ampoule apportée par une colombe, ni du saint chrême. Son récit du baptême de Clovis est, il est vrai, beaucoup plus bref que celui de Flodoard :

« On couvre, dit-il, de tapisseries peintes les portiques intérieurs de l’église, on les orne de voiles blancs ; on dispose les fonts baptismaux ; on répand des parfums ; les cierges brillent de clarté ; tout le peuple est embaumé d’une odeur divine, et Dieu fait descendre sur les assistants une si grande grâce qu’ils se croient transportés au milieu des parfums du paradis. Le roi prie le pontife de la baptiser le premier. Le nouveau Constantin s’avance vers la baptistère, pour s’y faire guérir de la vieille lèpre qui le souillait, et laver dans une eau nouvelle les taches hideuses de sa vie passée. Comme il s’avançait vers le baptême, le saint de Dieu lui dit de sa bouche éloquente : Sicambre, abaisse humblement ton cou ; adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré. Saint Remi était un évêque d’une grande science, et livré surtout à l’étude de la rhétorique. »




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