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« Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du
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17 octobre 1705 : mort de la courtisane et femme de lettres Ninon de Lenclos - Histoire de France et Patrimoine


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Éphéméride, Calendrier

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17 octobre 1705 : mort de la courtisane
et femme de lettres Ninon de Lenclos
(D’après « Éphémérides politiques, littéraires et religieuses présentant,
pour chacun des jours de l’année un tableau
des événements, etc. » (Volume 10), édition de 1812)
Publié / Mis à jour le jeudi 13 octobre 2016, par LA RÉDACTION



 
 
 
Anne, dite Ninon de Lenclos, naquit à Paris le 10 novembre 1620, de parents nobles. Sa mère voulait en faire une dévote ; son père, homme de plaisir, réussit beaucoup mieux à en faire une épicurienne. Ninon perdit l’un et l’autre à quinze ans.

Maîtresse de sa destinée dans une grande jeunesse, elle s’appliqua à perfectionner ses talents et à orner son esprit. Elle savait parfaitement la musique, jouait très bien du clavecin et de plusieurs autres instruments, chantait avec tout le goût possible, et dansait avec beaucoup de grâce. La beauté sans les grâces, était, suivant elle, un hameçon sans appât.

Avec de tels agréments, elle ne dut manquer ni d’amants ni d’époux. Un goût décidé pour la liberté l’empêcha de se prêter à aucun engagement solide. Une femme sensée, disait-elle, ne doit jamais prendre de mari sans le consentement de sa raison, et d’amant sans l’aveu de son cœur. Préférant la licence de l’amour à la gêne de l’hymen, elle mit son bien à fonds perdu, tint elle-même son ménage, et vécut à la fois avec économie et avec noblesse. Elle jouissait de huit à dix mille livres de rente viagère, et avait toujours une année de revenu devant elle, pour secourir ses amis dans le besoin.

Ninon de Lenclos
Ninon de Lenclos

Le plan de vie qu’elle se traça n’avait point eu d’exemple. Elle ne voulut pas faire un trafic honteux de ses charmes ; mais elle résolut d’écouter tous ceux qui lui plairaient, et de leur être fidèle tant que le prestige durerait. Volage dans ses amours, constante en amitié, scrupuleuse en matière de probité, d’une humeur égale, d’un commerce charmant, d’un caractère vrai, propre à former les jeunes gens et à les séduire, spirituelle sans être précieuse, belle jusqu’à la caducité de l’âge, il ne lui manqua que ce qu’on appelle la vertu dans les femmes, et ce qui en mérite si bien le nom ; mais elle agit avec autant de dignité que si elle l’avait eue.

Jamais elle n’accepta de présents de l’amour. Ce qu’il y a de plus étonnant, c’est que cette passion, qu’elle préférait à tout, lui paraissait une sensation plutôt qu’un sentiment, un goût aveugle purement sensuel, une illusion passagère, qui ne suppose aucun mérite dans celui qui le prend ni dans celui qui le donne. Elle pensait comme Epicure, et agissait comme Laïs. Les Coligny, les Villarceaux, les Sévigné, le grand Condé, le duc de la Rochefoucault, le maréchal d’Albret, Gourville, Jean Bannier, la Châtre, furent successivement ses amants, et ses amants heureux ; mais tous reconnurent que Ninon cherchait moins à satisfaire sa vanité, que son goût. Le dernier l’éprouva surtout d’une façon singulière. On connaît le mot piquant devenu proverbe : Ah ! le bon billet qu’a la Châtre.

Le grand-prieur de Vendôme, indigné de ses refus, mit sur sa toilette ce quatrain :

Indigne de mes feux, indigne de mes larmes,
Je renonce sans peine à tes faibles appâts :
Mon amour te prêtait des charmes,
Ingrate, que tu n’avais pas.

Ninon y répondit par celui-ci :

Insensible à tes feux, insensible à tes larmes,
Je te vois renoncer à mes faibles appâts ;
Mais si l’amour prête des charmes,
Pourquoi n’en empruntais-tu pas ?

Sa régulation d’inconstance et de galanterie ne l’empêcha pas d’avoir d’illustres amis. Les femmes les plus aimables et les plus respectables de son temps la recherchèrent. On ne citera que mesdames de la Fayette, de la Sablière et de Maintenon. Cette dernière voulut, dit-on, l’engager à se faire dévote, et à venir la consoler à Versailles de l’ennui de la grandeur et de la vieillesse. Ninon préféra son obscurité voluptueuse à l’esclavage brillant de la cour. En vain des directeurs sages voulurent la ramener à la religion ; elle n’en fit que plaisanter. « Vous savez, dit-elle à Fontenelle, le parti que j’aurais pu tirer de mon corps, je pourrais encore mieux vendre mon âme : les jansénistes et les molinistes se la disputent. »

Ninon n’aimait pourtant point que l’on fît parade d’irréligion. Un de ses amis refusant de voir son curé dans une maladie, elle l’introduisit elle-même dans sa chambre, et dit au curé : « Monsieur, faites votre devoir ; je vous assure que, quoiqu’il raisonne, il n’en sait pas plus que vous et moi. »

Sa maison fut le rendez-vous de ce que la cour et la ville avaient de plus poli, et de ce que la république des lettres avait de plus illustre. Scarron la consultait sur ses romans, Saint-Evremont sur ses vers, Molière sur ses comédies, Fontenelle sur ses dialogues.

Elle mourut, suivant les uns, comme elle avait vécu ; suivant d’autres, dans des sentiments plus chrétiens. Les approches de la mort n’altérèrent pas la sérénité de son âme : elle conserva jusqu’au dernier moment les agréments et la liberté de son esprit. « Si l’on pouvait croire, disait-elle quelquefois, comme madame de Chevreuse, qu’en mourant on va causer avec tous ses amis dans l’autre monde, il serait doux de penser à la mort. »

Cette fameuse courtisane laissa des enfants : l’un devint officier de marine. Avant qu’il vînt au monde, un militaire et un ecclésiastique se disputèrent le coupable honneur de la paternité. On s’en remit au sort ; on prit des dés, et l’abbé perdit, quoique les parieurs fussent pour lui. L’autre périt de la manière la plus tragique. Il devint amoureux de sa propre mère, à qui il ne croyait pas appartenir de si près ; mais dès qu’il eut découvert le secret de sa naissance, il se poignarda de désespoir. L’abbé de Châteauneuf fut, dit-on, le dernier amant de Ninon. Cet abbé qui fut le parrain de Voltaire, le présenta à Ninon qui, par son testament, lui laissa deux mille francs pour acheter des livres. Les seuls vers de l’abbé de Châteauneuf qui aient été conservés, sont ceux qu’il fit sur la mort de la plus célèbre des courtisanes modernes :

Il n’est rien que la mort ne dompte ;
Ninon, qui près d’un siècle a servi les amours,
Vient enfin de finir ses jours.
Elle fut de son sexe et l’honneur et la honte.
Inconstante dans ses désirs,
Délicate dans ses plaisirs,
Pour ses amis fidèle et sage,
Pour ses amours tendre et volage,
Elle fit régner dans son cœur
Et l’extrême débauche et l’austère pudeur,
Et montra ce que peut le triomphant mélange
Des charmes de Vénus et de l’esprit d’un ange.

On a beaucoup cité ce quatrain de Saint-Evremont :

L’indulgente et sage nature
A formé l’âme de Ninon,
De la volupté d’Epicure
Et de la vertu de Caton.

Jean-Jacques Rousseau n’a pas jugé Ninon si favorablement : « Dans le mépris des vertus de son sexe, Ninon de Lenclos avait, dit-on, conservé celles du nôtre. On vante sa franchise, sa droiture, la sûreté de son commerce, sa fidélité dans l’amitié ; enfin, pour achever le tableau de sa gloire, on dit qu’elle s’était faite homme ; à la bonne heure : mais avec toute sa réputation, je n’aurais pas plus voulu de cet homme-là pour mon ami, que pour ma maîtresse. »




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